lundi 25 janvier 2016

Les guérir - Olivier Charneux




























Robert Laffont, 2016, 198 pages


La première phrase :

A soixante-dix ans, malgré l'ablation d'une bonne partie de son estomac, malgré la solitude dans laquelle il se trouvait, le docteur Carl Vaernet n'avait pas dit son dernier mot.


Le genre :

Biographie romancée.


Le personnage principal :

Carl Værnet, médecin danois attiré par l'idéologie nazie, demeura toute sa vie obsédé par l'idée de trouver un remède au fléau de l'homosexualité, oeuvrant ainsi pour « le bien de l'humanité ». Il tissa des liens étroits avec la SS d'Himmler, et fut notamment autorisé à mener des expériences foireuses dans le camp de Buchenwald, avant de finir sa vie en Argentine


L'opinion de Miss Léo :

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas pu résister à l'illustration du bandeau ornant la couverture de cet ouvrage fraîchement paru aux éditions Robert Laffont (c'est sans doute l'effet "pyjama à rayures" Attention, humour noir !!). J'étais d'autant plus curieuse de découvrir cette biographie que je n'avais jamais entendu parler de Carl Vaernet, et que je ne savais pas grand chose non plus des traitements infligés aux détenus homosexuels des camps de concentration nazis.

Olivier Charneux traite d'un sujet me semble-t-il peu connu, en tout cas rarement abordé dans les ouvrages que j'ai pu lire jusqu'à présent. Les sources bibliographiques sont clairement identifiées, et citées dans les remerciements. Il est donc question d'un médecin danois, dont la vision pour le moins particulière de la médecine s'accorde parfaitement avec l'idéologie délirante des nazis. Carl Vaernet a déjà la cinquantaine lorsqu'il entre au service d'Himmler. Persuadé d'agir pour le bien commun, il s'imagine volontiers en bienfaiteur de l'humanité, et ne pense qu'à son éventuel futur Prix Nobel. Comment pourrait-il ne pas être remercié et honoré pour ses travaux, lui qui a tant oeuvré pour mettre au point le traitement qui changera à n'en pas douter la face du monde ?

L'homosexualité est envisagée comme une maladie devant être soignée, dans l'intérêt de tous, mais aussi (surtout) pour rendre service aux "malades", qui souffrent de leur condition, et ne demandent qu'à être guéris de leurs penchants "contre-nature". Qu'à cela ne tienne : Vaernet a la solution ! Ne lui manque qu'une poignée de cobayes consentants à qui administrer ses traitements hormonaux. Où les trouver, sinon à Buchenwald ? Les compte-rendus "scientifiques" des expériences médicales réalisées par Vaernet à Buchenwald laissent songeurs... Détenus terrorisés, protocoles grotesques et conclusions hasardeuses font de cette entreprise une vaste mascarade, à mille lieues des ambitions du bon docteur (qui reste néanmoins persuadé de sa légitimité).

Je ne sais pas trop quoi penser du livre, si ce n'est que j'ai été déçue par le manque de profondeur de ce texte très court (198 pages très aérées), rédigé dans un style sobre et sans fioritures. Cette simplicité dans la forme aurait pu se révéler payante si le personnage principal de cette biographie romancée avait été mieux exploité. Carl Vaernet semble ici curieusement désincarné, et l'on se désintéresse rapidement du sort de ce pathétique individu, dont les actes se révèlent il est vrai assez anecdotiques (c'est du moins mon ressenti). L'écriture n'est de mon point de vue pas suffisamment travaillée, et le récit manque cruellement de relief et d'enjeu (le sort des homosexuels de Buchenwald aurait peut-être mérité davantage de pages). Les guérir reste néanmoins un témoignage intéressant, bâti à partir d'une solide documentation, mais l'auteur se contente de survoler les faits, et n'approfondit rien, ce qui explique pourquoi je suis restée sur ma faim. Dommage !

(Note à l'intention de l'éditeur : j'ai relevé quelques coquilles, que je n'ai pas pris la peine de noter, mais qui mériteraient d'être corrigées dans l'optique d'une éventuelle réédition)


Une déception... 


4 commentaires:

  1. Dommage pour ce manque d'approfondissement.

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  2. Passons, passons sans nous retourner ;)

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  3. bref, un article de magazine assez fouillé permettrait sans doute d'en apprendre autant sans s'embêter à lire 200 pages?

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  4. bouh ! ça fait froid dans le dos ... Sinon, je me souviens d'un essai ou d'un documentaire sorti il y a quelques années sur le même sujet et qui était encensé sur de nombreux blogs. Mais je n'arrive plus à me souvenir du titre ou de l'auteur ... En tout cas, je passe mon tour pour celui-là !

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