vendredi 20 juillet 2012

Shoulder the Sky (Les frères Reavley, T2) - Anne Perry






Lecture commune 
avec 













Titre français : Le temps des armes
eBook Kindle, 2004, 382 pages


Les premières phrases :

It was shortly after three in the afternoon. Joseph Reavley was half asleep in the April sun, his back to the pale clay wall of the trench, when he heard the angry voices.


L'histoire :

Ypres, avril 1915 - Le révérend Joseph Reavley est désormais capitaine dans les tranchées belges, tandis que sa soeur Judith occupe alternativement les fonctions d'ambulancière et de chauffeur officiel du Général Owen Cullingford. Tandis que Matthew, resté en Angleterre, cherche toujours à démasquer le vil comploteur responsable de la mort de ses parents, Joseph enquête sur la mort suspecte d'un jeune et odieux correspondant de guerre, dont le corps sans vie a été retrouvé dans le no man's land, noyé dans une flaque d'eau boueuse.


L'opinion de Miss Léo :

Souvenez-vous. C'était il y a un peu plus d'un mois, et le premier tome des aventures de la famille Reavley ne m'avait pas spécialement convaincue. J'étais néanmoins curieuse de découvrir la suite de la série, et impatiente de savoir comment Anne Perry aborderait la Première Guerre Mondiale.

Le premier épisode présentait (mollement) les personnages, et décrivait la tension grandissante des semaines précédant la déclaration de guerre d'août 1914. Cette fois, ça y est, nous y sommes ! La guerre de tranchées bat son plein, et les Alliés s'enlisent dans un interminable conflit, chaque journée apportant son lot de morts et de blessés. Les premières scènes décrivent la vie sur le front, et l'évacuation vers l'infirmerie du sapeur Corliss. Celui-ci est grièvement blessé à la main. Mutilation accidentelle ou volontaire ? Acte héroïque ou désertion passible de la peine de mort ? Corliss attend de passer en jugement, tandis que ses petits camarades continuent allègrement à se faire massacrer

On entre donc très vite dans le vif du sujet, avant que la tension ne retombe brusquement pendant une bonne centaine de pages. J'ai failli abandonner ma lecture, tant l'intrigue était longue à se mettre en place. C'est mou, bavard, et le meurtre du jeune correspondant de guerre ne suscite que peut d'intérêt. Joseph Reavley (qui me casse les pieds avec ses leçons de morale à deux balles) confirme ici sa propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Bon, d'accord, il faut bien que quelqu'un mène l'enquête. Il n'empêche que William Monk et Thomas Pitt étaient inspecteurs de police, tandis que Joseph n'est "que" pasteur. Cherchez l'erreur...

"You can't go around murdering people just because you think they deserve it", Joseph replied.

Parallèlement aux aventures de Joseph sur le front est développée l'intrigue fil rouge de la série, à savoir la recherche de l'identité du mystérieux Pacificateur. Le pauvre Matthew Reavley mène une enquête sans intérêt dans son village natal, ce qui nous vaut une succession de scènes ennuyeuses au possible. Tout cela est un peu fumeux... Judith est quant à elle totalement inexistante dans le premier tiers du roman, et ses échanges avec le Général Cullingford sont d'une tragique banalité (il s'expliquent mutuellement à quel point leurs chiens leur manquent, c'est dire le niveau). 

Je me suis néanmoins accrochée, et j'ai bien fait, car j'ai ensuite connu un net regain d'intérêt. Il y a davantage d'action et de mouvement dans la suite du roman. Judith quitte le front et regagne Londres en bateau pour rendre visite à la mère du journaliste assassiné, tandis que Matthew découvre l'existence d'une taupe infiltrée au SIS (Secret Intelligence Service, NDLA). On se croirait presque dans un épisode de la série 24L'intrigue devient alors bien plus palpitante, malgré un nouveau coup de mou dans la toute dernière partie. Le Général Cullingford lui-même vient enquêter à Londres. Quant à Joseph, il suivra la trace du Pacificateur jusqu'au front de Gallipoli, célèbre ville turque du détroit des Dardanelles. 


Les mauvaises langues ne manqueront pas de faire remarquer que le Pacificateur semble en vouloir particulièrement à la famille Reavley, qui se trouve toujours pile au bon endroit au bon moment pour contrecarrer ses plans... Les ficelles sont certes un peu grosses, et les rebondissements pas toujours réalistes.  Le plaisir est cependant bien là (c'est l'essentiel).

Il faut dire que le contexte historique me plaît beaucoup. Les enjeux et les conséquences de la guerre sont ici clairement définis, et l'on assiste en direct à la deuxième bataille d'Ypres (22 avril 1915), au cours de laquelle les allemands firent pour la première fois usage de gaz de combat asphyxiants (le fameux gaz moutarde, ou ypérite).

Ypérite (gaz moutarde)

Les conditions de vie dans les tranchées semblent plutôt bien décrites. Le ventre vide, rongés par la peur et la maladie, les soldats font cependant preuve d'un courage et d'une solidarité exemplaires, seuls remparts contre la barbarie. Joseph se charge des interrogations métaphysiques. Tuer de gentils allemands, est-ce bien raisonnable ? Doit-on cesser les combats et sacrifier un idéal pour épargner des vies ?

La place du marché d'Ypres

La dimension mondiale du conflit et les aspects stratégiques sont assez bien rendus par l'auteur. Anne Perry aborde rapidement la question de l'entrée en guerre des américains, accaparés par l'armée mexicaine à leurs propres frontières. Les Alliés comptent par ailleurs sur l'import d'acier en provenance des Etats-Unis, mais il leur faut malheureusement compter avec les redoutables U-Boots allemands, qui prennent un malin plaisir à torpiller les navires britanniques (un massacre dont le naufrage du Lusitania fera figure de symbole). Un scientifique de Cambridge (ami de la famille Reavley, comme par hasard) se voit alors confier une mission cruciale : développer des torpilles à tête chercheuse (la traduction est de moi, donc pas totalement fiable) pour contrer les redoutables sous-marins teutons, et assurer la victoire de l'Angleterre sur le front marin. 

Le retour de Judith en Angleterre permet quant à lui d'évoquer la vie des civils, qui se trouve également bouleversée. Le manque d'hommes et de main d'oeuvre conduit de plus en plus de femmes à travailler et à s'émanciper. La boucherie franco-belge a par ailleurs un impact néfaste sur le recrutement : difficile de trouver des volontaires dans ces conditions (d'où le rôle de la presse et de la propagande) ! J'aurais aimé voir ces aspects davantage développés.

Pour résumer : je suis conquise par la toile de fond, mais je reste déçue par les personnages. Judith et Matthew sont très peu exploités, et je n'ai pas beaucoup de sympathie pour Joseph, bien que ce dernier devienne plus intéressant dans la deuxième moitié du roman.

Détail anecdotique : j'ai bien aimé la retranscription des accents populaires des soldats dans la version anglaise. On croirait entendre parler certains des domestiques de Downton Abbey, ce qui est à mes oreilles particulièrement réjouissant ! 


Des éléments d'Histoire bien intégrés à une intrigue policière par ailleurs assez bancale rendent ce deuxième volume bien plus intéressant que le premier.

Je lirai la suite, mais peut-être pas en lecture commune. N'hésitez pas à consulter l'avis de Syl sur son blog !

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Nouvelle participation au défi Je lis en Anglais de Missbouqinaix et au challenge God Save the Livre d'Antoni.




4 commentaires:

  1. Tu me confirmes que je ne suis pas prête de commencer cette série à moins de tomber en panne de livres à lire (la bonne blague si un jour ça m'arrive!).

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    1. En panne de livres... Elle est bien bonne, celle-là ! Cette série est effectivement loin d'être indispensable (à moins d'être comme moi passionnée par les deux guerres mondiales, mais je ne pense pas que cela soit ton cas).

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  2. Cette série ne vaut pas Pitt quand même! Mais bon moi j'aime bien les Reavley et la fin de ce tome avec la remise en question des convictions de Joseph est quand même assez géniale!

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    1. Joseph n'est pas un personnage que j'affectionne particulièrement, mais il est vrai que son évolution est assez intéressante dans ce deuxième tome.

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