samedi 28 mars 2015

L'Âge difficile - Henry James




























Titre original : The awkward Age
Traduction (américain) : Michel Sager
Denoël, 1899/1956/2015, 573 pages


La première phrase :

Sauf quand il venait à pleuvoir, Vanderbank rentrait toujours à pied ; mais, quand il tombait quelques gouttes, il prenait d'habitude un hansomcab et faisait le choix du philosophe quand il pleuvait à verse.


L'histoire :

Londres. La jeune Nanda Brookenham fait son entrée dans le monde, et fréquente le petit cercle de la haute société auquel appartient sa mère. Trouvera-t-elle chaussure à son pied ?


L'opinion de Miss Léo :

Difficile de résumer ce roman, évidemment bien plus subtil que les quelques lignes qui précèdent ne pourraient le laisser présager. C'est après avoir dévoré Les papiers de Jeffrey Aspern il y a quelques semaines que j'ai décidé de renouer avec l'oeuvre prolifique du grand Henry James, dont je n'avais plus rien lu depuis une quinzaine d'années. Il se trouve que les éditions Denoël m'ont alors proposé de recevoir ce titre, réédité ce mois-ci dans la collection Empreintes. J'ai tout de suite accepté, malgré le nombre de pages conséquent et la complexité supposée de ce texte réputé difficile, qui serait paraît-il l'un des moins accessibles de l'auteur de Portrait de femme ou du Tour d'écrou.

L'Âge difficile est effectivement un roman exigeant, ardu, dont la lecture nécessite une grande concentration : impossible de sauter des phrases ou de le lire de façon morcelée. Le texte est pour l'essentiel constitué de dialogues, et les passages narratifs explicatifs sont rares. Au lecteur de combler les manques ! Il faut du temps pour identifier les différents personnages ainsi que les liens qui les unissent, et les nombreuses ellipses temporelles font qu'il est parfois difficile de suivre les principaux rebondissements de l'intrigue, laquelle repose exclusivement sur de subtiles manigances sociales.

Henry James déploie la mécanique bien huilée d'une fascinante comédie humaine, bavarde et relativement statique. L'essentiel de l'action se produit en coulisses, loin du regard du lecteur/témoin, et l'on a parfois l'impression d'assister à une représentation théâtrale, la plupart des conversations se déroulant dans les salons cossus de la haute société. On s'interroge souvent sur la motivation réelle des personnages, dont les actes ne nous parviennent qu'au travers de la version des faits relatée par les autres protagonistes. Je pense que beaucoup de choses m'ont échappé, mais L'Âge difficile demeure toutefois un exercice de style passionnant et ô combien stimulant, dont j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre le déroulement jusqu'à l'ultime dénouement, une fois passé le cap des cent premières pages. La prose de James est délicieuse, drôle et incisive, et transcende un roman par ailleurs très hermétique.

L'Âge difficile traite des relations hommes/femmes, envisagées par le biais de personnages aux caractères variés. Nanda Brookenham est une jeune femme très (trop ?) intelligente, qui se révèle moralement et éthiquement très supérieure aux autres protagonistes. Elle finira par trouver un allié en la personne du vieux Mr Longdon, qui voit en elle une réincarnation de sa grand-mère Julia. Pivot central de l'ouvrage et enjeu de toutes les convoitises, elle est toutefois beaucoup moins présente que sa mère, laquelle s'efforce d'occuper constamment le devant de la scène. Cougar avant l'heure, Mrs Brookenham n'a pas renoncé à séduire les hommes, et s'intéresse de ce fait bien peu à sa progéniture, ce qui explique pourquoi Nanda a toujours bénéficié d'une éducation très libre, au contraire de la petite Aggie, jeune oie blanche insignifiante couvée depuis sa plus tendre enfance par sa ridicule tante Jane. Qui d'Aggie ou de Nanda incarnera au mieux le rôle de l'épouse idéale ? Accepteront-elles de se laisser séduire ?

Le fameux "âge difficile" du titre peut être interprété de plusieurs façons. Nanda est ainsi confrontée au passage délicat à l'âge adulte, et doit trouver sa place dans la société, tandis que sa mère se trouve entre deux âges, et conserve intact son pouvoir de séduction, malgré son statut de mère et d'épouse. On peut également appliquer la formule à Mr Longdon, vieillard ayant déjà vécu plusieurs vies, désormais séduit par la vivacité de Nanda. De tout cela émerge au moins une certitude : les adultes sont médiocres et superficiels, et l'on se prend à espérer que Nanda parvienne à échapper à cette société nuisible, afin de pouvoir enfin rencontrer l'homme qu'elle mérite (pas sûr que celui-ci se trouve parmi les protagonistes du roman, dont la mesquinerie laisse rêveur). Henry James porte un regard sans concession sur ses contemporains. On frôle parfois la caricature, mais l'ensemble demeure toutefois finement observé, et la chronique de moeurs particulièrement réjouissante. Cette lecture ne fut pas de tout repos, mais je ne regrette pas d'avoir consenti à fournir quelque efforts pour atteindre le coeur de ce roman très ambitieux.

Un roman expérimental difficile à lire, mais profondément intelligent.


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Nouveau classique pour mon challenge Mélange des Genres. Pavé de mars chez Bianca.

jeudi 19 mars 2015

Les falsificateurs / Les éclaireurs - Antoine Bello

ebook Folio, Gallimard, 2007/2009, 592 pages/496 pages


Deuxième tome en lecture commune avec Galéa.


La première phrase :

« Félicitations, mon garçon, dit Gunnar Eriksson en me regardant parapher mon contrat de travail. Voilà qui fait de vous l’un des nôtres. »


L'histoire :

Reykjavik, septembre 1991. Il était une fois un jeune diplômé en géographie. Idéaliste et ambitieux, Sliv Dartunghuver cherche un emploi à la hauteur de ses compétences, et échoue d'abord dans le cabinet d'études environnementales dirigé par Gunnar Eriksson, avant de se faire recruter comme agent pour le compte du mystérieux CFR, organisation secrète aux ramifications planétaires. Sliv gravit progressivement les échelons du Consortium de Falsification du Réel, dont il devient l'un des meilleurs agents. Son rêve demeure toutefois de pouvoir accéder un jour au Comité Exécutif, dont les membres sont seuls à connaître la finalité ultime du CFR.


L'opinion de Miss Léo :

Si vous aimez les romans inclassables, ambitieux et inventifs, reposant sur une intrigue bien construite ainsi que sur des personnages attachants et travaillés, alors vous devriez apprécier Les falsificateurs et Les éclaireurs, qui constituent les deux premiers tomes d'une trilogie que je recommande sans modération. Antoine Bello signe une fiction intelligente et captivante, qui se démarque de la majorité de la production littéraire française, davantage portée sur l'auto-célébration ou l'auto-fiction prétentieuse et superficielle, plutôt que sur la création d'histoires et d'univers fictifs dignes de ce nom. Rares sont les auteurs qui osent jouer à fond la carte de l'imagination. Encore plus rares sont ceux qui parviennent à le faire avec autant d'aisance et d'intelligence !

Le scénario repose sur un postulat totalement fantaisiste (?). Et si les vérités que nous tenons pour acquises n'étaient que mensonges ? Et si l'histoire du monde n'était qu'une vaste mystification orchestrée par le CFR, ou Consortium de Falsification du Réel ? J'ai évidemment adhéré à 100% à cette idée génialissime, d'autant plus que Bello ne ménage pas ses efforts pour nous faire croire à la réalité de cette organisation secrète, spécialisée dans la falsification des sources et la conception de vérités alternatives plus vraies que nature.


Les falsificateurs (premier tome)

Sliv Dartunghuver est islandais (déjà, ça partait bien !), et cherche à donner un sens à sa vie, après de brillantes études en géographie. On s'identifie aisément à ce personnage idéaliste et un brin naïf, dont l'ambition se heurte parfois aux incertitudes liées à la pratique de son nouveau métier. Le jeune homme connaît quelques crises de confiance, et se pose des questions d'ordre éthique et moral concernant le bien-fondé de son action au sein du CFR, mais il lui est malgré tout impossible de renoncer aux sensations exaltantes que lui procure son travail (difficile de trouver tâche plus stimulante sur le plan intellectuel). Vous l'aurez compris, j'ai trouvé le personnage particulièrement réussi (c'est souvent le cas avec les héros masculins, alors que je suis souvent déçue ou agacée par les héroïnes de romans).

Très vite reconnu (et célébré) comme étant l'un des agents les plus prometteurs de sa génération, Sliv trouve une rivale redoutable en la personne de Lena Thorsen, personnage glacial et hautain dont l'intelligence et la rigueur souffrent parfois d'un manque évident d'empathie et de sensibilité. Leur relation prend un tour complexe, entre attirance, respect, fascination et jalousie. Autour de ces deux-là gravitent de nombreux falsificateurs débutants ou chevronnés, de tous âges et de toutes origines. Formé par son mentor et ami Gunnar Eriksson, Sliv croise la route de l'indonésienne Magawati Donogurai et du soudanais Youssef Khrafedine, avec lesquels il construit une solide (et très sympathique) amitié cosmopolite. Tous trois s'entendent comme larrons en foire, même s'il leur arrive de se heurter à quelques divergences de vues, dont ils s'accommodent de bonne grâce. Bello fait du CFR une organisation très structurée, avec une hiérarchie clairement établie, regroupant des dizaines de milliers d'agents répartis aux quatre coins du globe. Les falsificateurs voyagent dans le monde entier, et les meilleurs d'entre eux suivent les cours de l'Académie de Krasnoïarsk, avant d'intégrer l'un des trois corps d'élite, ou de rester cantonnés à des tâches inférieures, néanmoins indispensables à la bonne marche de l'organisation. dont la sécurité et la confidentialité semblent quant à elles assurées par quelques barbouzes à la mine patibulaire.

Le plus intéressant demeure sans doute le travail réalisé par Bello autour de la préparation des dossiers, qui constitue l'essentiel du travail des agents du CFR. Ceux-ci oeuvrent sans relâche à la conception d'histoires crédibles et extrêmement imaginatives, décrites avec une rigueur méticuleuse par l'auteur (ce que j'ai considérablement apprécié). Le challenge est de taille : comment truquer la réalité sans que quiconque ne s'en aperçoive, afin que le scénario créé de toutes pièces devienne la seule et unique vérité aux yeux du monde ? Une bonne idée ne suffit pas, et il faut par conséquent falsifier les sources existantes, ou créer de nouveaux documents fiables, qui seront reconnus comme authentiques par les experts les plus tatillons. Cette "révélation" marque l'effondrement de toutes nos certitudes, et nous plonge dans un abîme vertigineux : il nous faut accepter la fragilité de vérités que nous tenions jusque là pour acquises, et remettre en question la fiabilité des sacro-saintes sources, figurant pourtant à la base de tout travail de recherche, sur quelque sujet que ce soit. Cela est d'autant plus troublant que les scénarios produits par le CFR couvrent tous les domaines, du plus anecdotique au plus complexe. Cette réjouissante diversité constitue d'ailleurs l'une des principales réussites du roman, qui saute avec une aisance confondante de l'histoire de Laïka au destin des Bochimans, tribu nomade vivant dans le désert du Kalahari, en passant par les origines et le devenir d'une petite ville d'émigrés grecs dans le Nebraska, la mystérieuse apparition d'un poisson inconnu dans les eaux du Pacifique, ou encore la légende existant autour d'un film allemand expressionniste totalement fictif (puisque tout droit sorti du cerveau de Sliv)... Certains scénarios sont sans conséquence, quand d'autres se révèlent de nature à bousculer l'ordre établi à l'échelle planétaire, et j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé cet aspect du roman. Je suis impressionnée par la polyvalence d'Antoine Bello, qui aborde des thématiques variées, se rattachant à des domaines aussi divers que l'histoire-géographie, l'économie, la biologie, la géopolitique, le cinéma ou la conquête spatiale.

Erudit, et cependant très accessible. Ludique, mais également très dense et profondément littéraire. Les falsificateurs surprend constamment, et se dévore avec fascination et amusement. Difficile de classer ce roman dans un genre particulier : vous y trouverez de l'action, des sentiments, de l'humour, une intrigue très romanesque et parfaitement maîtrisée, rappelant parfois l'ambiance de certains romans d'espionnage, le tout rédigé dans un style très très très prenant. Mélangez, et vous obtiendrez un savoureux cocktail, aux effets secondaires détonnants.



Les éclaireurs (second tome)

Le premier tome soulève davantage de questions qu'il ne donne de réponses, aussi étais-je très impatiente de découvrir la suite. Celle-ci commence par un résumé détaillé des Falsificateurs, ce qui m'a été très utile, dans la mesure où plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la fin de ma lecture.

Ce deuxième opus m'a un peu moins plu que le premier, sans pour autant démériter. On retrouve les personnages tels que nous les avions laissés, avec leur failles, leurs certitudes, leurs doutes et leurs faiblesses. Sliv gravit peu à peu les échelons, et travaille désormais sur des dossiers à fort enjeu géopolitique, suite aux attentats du World Trade Center. Très ancré dans la réalité, le roman m'a semblé trop sérieux, là où Les falsificateurs mettait davantage en valeur l'aspect ludique d'une intrigue purement fantaisiste. Moins de surprises, moins de diversité : Bello perd en créativité ce qu'il gagne en profondeur, et je n'ai pas été totalement emballé par son approche un peu terne de la période post onze septembre, dont le manque d'originalité m'a déçue. Le roman souffre selon moi d'une petite baisse de régime d'une centaine de pages au milieu de l'ouvrage (je n'irais pas jusqu'à dire que je me suis ennuyée, mais ce n'est pas passé loin) : l'auteur multiplie les références à la politique américaine, et je pense avoir fait une overdose de Saddam et de Double You, d'autant plus que cela traîne en longueur. L'attrait de la nouveauté n'est plus là, et le rôle du CFR dans la création d'Al-Qaida ou la préparation de l'intervention militaire américaine en Irak (sous prétexte d'y découvrir d'hypothétiques armes de destruction massive) ne m'a pas convaincue.

Le roman nous réserve toutefois quelques très bons moments, à commencer par les retrouvailles entre Sliv et Lena, contraints de travailler ensemble pour faire admettre à l'ONU le Timor Oriental, un pays dont le CFR espère bien se servir comme couverture. Ce dossier des plus difficiles permet à Sliv de mettre à profit ses qualités de scénariste surdoué, et l'on observe avec ravissement le démiurge à l'oeuvre, emporté par l'ivresse d'un formidable élan créatif (ce qui n'est pas du goût de Lena, dont les talents de falsificatrice, certes moins spectaculaires, ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur). Comme dans Les falsificateurs, ce sont les scènes consacrées à l'invention et à la conception de scénarios fictifs que j'ai préférées dans Les éclaireurs. J'ai également beaucoup aimé le bref épisode consacré au sac de Nankin, qui nous invite à nous interroger sur la transmission de l'Histoire, ce qui me paraît essentiel, à une époque où les théories du complot et le révisionnisme ont le vent en poupe. Signalons enfin l'apparition d'un nouveau personnage féminin, dont je ne vous dirai rien, si ce n'est que j'ai vraiment beaucoup aimé cette Nina Schoeman au caractère bien trempé.

Nous l'avons vu : les agents du CFR sont consciencieux et entièrement dévoués à leur travail de falsification. Reste un problème de taille : pour quoi (et surtout pour qui) oeuvrent-ils ? Ne bénéficient-ils pas d'un pouvoir disproportionné ? Le CFR peut-il influencer la marche du monde ? Est-il en mesure d'orienter la politique d'un état, d'engendrer des guerres, ou au contraire résoudre des conflits ? Peut-on mentir au nom de l'intérêt collectif ? Last but not least : le CFR a-t-il une finalité ? (je suis sûre que vous vous êtes vous-mêmes posé la question !) Sliv n'a de cesse de trouver les réponses à toutes ces interrogations d'ordre moral, qui pourraient bien déboucher un jour sur la dissolution de l'organisation à laquelle il a voué sa vie. En quête de vérité, l'islandais en vient à douter de sa propre légitimité, et doit également affronter les critiques de ses amis, qui remettent en cause les choix effectués par le Comex, instance dirigeante suprême du CFR.

Le deuxième tome est dans l'ensemble moins excitant que le premier, mais la dernière partie est remarquable, et donne du corps et de l'ampleur à un roman par ailleurs assez fade, néanmoins transcendé par les révélations qui émaillent la fin du récit. Les éclaireurs prend alors des allures de conte philosophique vertigineux, dont il se dégage parfois une véritable émotion. Pari gagné pour Antoine Bello, qui parvient une nouvelle fois à nous surprendre, et assume jusqu'au bout l'énormité du dispositif mis en place. Force est de constater que rien n'est cousu de fil blanc dans cette histoire, qui se révèle bien plus riche que ce que l'on pouvait craindre.


Pour résumer...                            

Un style fluide et maîtrisé, au service d'une histoire inventive et bien menée, brassant une impressionnante quantité d'informations sur des sujets divers et variés... Une intrigue foisonnante, dont les multiples rebondissements surprennent, et maintiennent le lecteur dans un état d'excitation permanente... Des personnages très humains, auxquels il est aisé de s'identifier... Pas étonnant que je sois aussi enthousiaste !

Les falsificateurs et sa suite forment un ensemble dense et très cohérent, malgré les faiblesses (relatives) des Eclaireurs, dont on ne saurait toutefois nier la portée philosophique et humaniste. Ces deux ouvrages constituent de mon point de vue le chef d'oeuvre d'un écrivain polyvalent, dont j'ai également apprécié Eloge de la pièce manquante et Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, deux romans policiers atypiques à la construction surprenante. Espérons que le troisième (et dernier) tome sera à la hauteur ! Je serai vite fixée, puisque je me suis frénétiquement jetée sur Les Producteurs quelques jours à peine après sa sortie. Je vous en dis plus très prochainement.


Un début de trilogie enthousiasmant, malgré une baisse de régime dans le deuxième opus. Coup de coeur !


N'hésitez pas à consulter les billets de notre Galéa préférée, qui a adoré le premier tome (je n'ai pas lu son billet, pour ne pas me laisser influencer), et qui publiera en même temps que moi son avis sur le deuxième.

samedi 14 mars 2015

And the winners are...

Mais que me veut-on encore ???























Coucou les amis,

Il est temps de vous donner les résultats du concours organisé à l'occasion du troisième anniversaire du blog. Comme chaque année, j'aurais aimé pouvoir faire gagner tout le monde, mais le hasard a livré son verdict, et seules quatre d'entre vous auront la chance de pouvoir découvrir l'un de mes coups de coeur. J'espère que ces ouvrages vous plairont tout autant qu'à moi ! Sachez que le Slocombe et le Bello ont été moins demandés que les deux Montero, pour lesquels certaines d'entre vous ont émis une préférence, et qui feront donc davantage de déçues. C'est cruel, mais c'est la vie...

J'ai une nouvelle fois pu compter sur l'aide de ma fidèle coéquipière à moustaches, que j'ai extirpée d'un sommeil profond pour réaliser le tirage au sort. J'ai failli perdre une main durant la procédure, mais je suis maintenant en mesure de vous communiquer le nom des gagnantes !













3, 2, 1... C'est parti !


Le Roi transparent est attribué à...





Félicie









La folle du logis est attribuée à...





Philisine Cave

du blog Je me livre








Monsieur le Commandant est attribué à...
(désolée, pas de photo, elle était totalement ratée)


Célia B.

(qui n'a pas de blog, mais qui est une amie de la vraie vie)



Eloge de la pièce manquante est attribué à...




Eva

(qui est fan de Bello)








On récapitule ?




Félicitations aux gagnantes ! Vous recevrez vos livres très prochainement, quand je me serai décidée à me bouger les fesses pour aller jusqu'à la Poste (ce qui me fatigue d'avance). Désolée pour les autres participantes (pour toute réclamation, merci de vous adresser à mon chat). 

Merci à toutes et tous pour vos petits mots gentils, qui sont toujours agréables à lire. C'est en grande partie grâce à vous que l'envie de bloguer demeure.


Rendez-vous le 1er mars 2016 pour le concours des quatre ans (inch'allah) !!



mercredi 11 mars 2015

Le cercle de Farthing - Jo Walton





















Titre original : Farthing (Small Change 1)
Traduction (gallois) : Luc Carissimo
Denoël, Collection Lunes d'encre, 2006/2015, 352 pages


La première phrase :

Tout a commencé quand David est revenu du parc dans une fureur noire.


L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Angleterre, 1949. Huit ans après que «la paix dans l'honneur» a été signée entre l'Angleterre et l'Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l'origine de l'éviction de Churchill et du traité qui a suivi, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu'elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d'habitude d'être tenue à l'écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l'étoile jaune de David Kahn. [...] Convaincue de l'innocence de son mari, Lucy trouvera un allié dans le policier chargé de l'enquête, Peter Antony Carmichael


L'opinion de Miss Léo :

Saviez-vous que la juxtaposition d'une croix gammée et d'un manoir anglais sur la même couverture suffisait à me mettre dans un état d'excitation proche de l'hystérie ? Je ne suis probablement pas très équilibrée, mais le fait est que pareille illustration ne pouvait me laisser insensible, et c'est donc le coeur confiant (mais aussi vaguement inquiet) que j'entamai la lecture de ce texte, au cours d'un mémorable week-end en Normandie.

Le cercle de Farthing est le premier tome de la trilogie Small Change, qui révéla Jo Walton au lectorat britannique, il y a déjà presque dix ans de cela. Je suis très friande de ce type d'uchronie sur le mode "Et si...", proposant une version alternative romancée de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale (Philip K. Dick et Christopher Priest eux-mêmes s'y sont frottés, pour ne citer que deux noms parmi les plus prestigieux). Et si l'Angleterre avait accepté de négocier avec Rudolf Hess et Adolf Hitler ? Et si Churchill avait été démis de ses fonctions ? Et si le nouveau gouvernement tentait d'instaurer en Angleterre un régime totalitaire antisémite, au mépris de la liberté de citoyens ayant lutté corps et âme pour refouler la barbarie durant le Blitz ?

Le postulat de départ était très prometteur, mais ce premier volume peine à trouver son rythme, et il m'a fallu du temps pour accrocher au style de la romancière galloise, qui m'a semblé légèrement décousu, quoique très facile à lire. Le genre littéraire n'est pas clairement identifié : l'auteur brouille volontairement les pistes, ce qui peut nécessiter un temps d'adaptation supplémentaire pour le lecteur, lequel se retrouve plongé dans l'atmosphère feutrée d'un whodunit à l'anglaise, l'aspect uchronique se faisant dans un premier temps relativement discret. Jugez plutôt : un manoir anglais ; des domestiques dévoués ; un meurtre ; de nombreux suspects ; un policier appelé sur les lieux du crime. Agatha Christie, sors de ce corps ! L'enquête menée par l'inspecteur Carmichael, vingt-neuf ans, évacué avec le reste des troupes britanniques à Dunkerque avant de rejoindre les rangs de Scotland Yard, offre un habile contrepoint au témoignage de Lucy Kahn Eversley, rédigé à la première personne. La jeune femme fait partie des suspects, mais se démarque toutefois nettement des autres convives, dont elle ne partage pas les opinions politiques. Les relations qu'elle entretient avec sa propre famille sont pour le moins tendues depuis qu'elle a osé convoler en justes noces avec un Juif, ce qui n'est pas du goût de ses parents, membres actifs du groupe fascisant à l'origine de la signature du traité de paix avec Hitler, auquel appartenait également la victime. Elle doit également faire face aux préjugés et à l'insolence de certains domestiques, encore plus impitoyables que leurs maîtres.

Conspiration politique, ou simple règlement de compte familial ? Les premiers indices semblent accuser David Kahn, en qui tous s'accordent à voir le coupable idéal. Ce dernier supporte avec flegme et résignation l'antisémitisme de sa belle-famille, attendant que la vérité éclate au grand jour. Il devra compter pour cela sur les compétences et l'opiniâtreté du détective Peter Carmichael, qui prend très vite la mesure des implications politiques de ce meurtre lourd de conséquences. Carmichael est un personnage atypique et attachant (je crois d'ailleurs que c'est lui qui assure la continuité entre les différents tomes de la trilogie) : il se montre tolérant, ouvert à toutes les hypothèses, et effectue consciencieusement son travail d'enquêteur, tout en gardant un oeil inquiet sur la situation de son pays.

J'ai beaucoup aimé l'évolution de l'intrigue, qui se bonifie au fil des chapitres. L'uchronie progresse subtilement, et prend un tour de plus en plus dramatique, le meurtre de James Thirkie n'étant que le point de départ d'une longue descente aux Enfers. Le cercle de Farthing raconte comment la Grande-Bretagne endeuillée se transforme peu à peu en dictature, marchant ainsi sur les traces du IIIème Reich, embourbé dans une guerre sans fin contre l'Union Soviétique. Le roman demeure toutefois centré exclusivement sur les personnages principaux, et l'on peut regretter que Jo Walton n'ait pas donné davantage de corps et de substance à l'univers dans lequel ils évoluent. J'ai également été agacée par le traitement réservé aux personnages féminins. La plupart d'entre elles sont antipathiques, superficielles et/ou bourrées de préjugés ; Lucy elle-même se montre très naïve, et n'échappe pas à certains clichés. On notera par ailleurs l'importance accordée aux relations extra-conjugales et/ou homosexuelles, qui semblent obséder la romancière (je n'ai jamais vu autant de personnages bisexuels dans un même roman).

Ces quelques détails mis à part, j'ai dans l'ensemble été plutôt convaincue par ce roman original, au dénouement satisfaisant, et je retrouverai avec plaisir Peter Carmichael dans les prochains tomes, en espérant que l'auteur ira encore plus loin dans la description de cette Angleterre alternative !


Un premier tome inégal, plus subtil qu'il n'y paraît au premier abord.


Roman chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël.


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Lieu (fictif).

mardi 10 mars 2015

Les heures silencieuses - Gaëlle Josse




























Editions J'ai Lu, 2011, 89 pages


Les premières phrases :

À Delft, le 12 de ce mois de novembre 1667

Je m'appelle Magdalena Van Beyeren. C'est moi, de dos, sur le tableau. Je suis l'épouse de Pieter Van Beyeren, l'administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Delft, et la fille de Cornelis Van Leeuwenbroek. Pieter tient sa charge de mon père.
J'ai choisi d'être peinte, ici, dans notre chambre où entre la lumière du matin. Nous avançons vers l'hiver. Les eaux de l'Oude Delft sont bleues de gel et les tilleuls, qui projettent au printemps leur ombre tachetée sur le sol, ne sont aujourd'hui que bois sombre, et nu.


L'histoire :

Delft, novembre 1667. Magdalena Van Beyeren débute la rédaction de son journal, pour y évoquer son enfance et sa vie d'épouse et de mère. Désormais âgée de trente-cinq ans, Magda mène une existence bourgeoise paisible et somme toute assez terne, à mille lieues de ses rêves d'autrefois...


L'opinion de Miss Léo :

Le premier roman de Gaëlle Josse me faisait de l'oeil depuis trèèès longtemps, et je remercie infiniment Laure de me l'avoir offert lors de notre récent swap.

J'ai d'abord été séduite par le postulat de départ, original et intrigant, consistant à offrir une personnalité et une existence à la femme sans nom du tableau de de Witte représenté en couverture. Construire un personnage et un univers autour d'une scène peinte de la vie quotidienne : simple, mais il fallait y penser !

Intérieur avec femme à l'épinette (Emanuel de Witte)





















Gaëlle Josse signe un récit tout en subtilité, pour nous livrer le témoignage pudique et touchant d'une femme forte et digne, prisonnière des contraintes sociales de son époque. Magda couche ses sentiments dans son journal, et se retrouve à faire le bilan de son existence à trente-cinq ans à peine. Issue d'un milieu bourgeois, elle se remémore ses rêves d'enfants, à l'aune desquels elle évalue sa situation actuelle. Comme elle semble loin, l'époque où la jeune Magda nourrissait le secret espoir de pouvoir un jour embarquer à bord des navires armés par son père, afin de satisfaire son penchant prononcé pour les aventures maritimes teintées d'exotisme ! Ce goût du large dut cependant bien vite céder la place à des considérations plus pragmatiques : prendre un époux... élever une famille... rester à la maison pour se livrer à des activités féminines et solitaires... Les heures silencieuses est un roman sur la condition de la femme au XVIIème siècle. Magda mène une existence matériellement aisée, qui ne doit toutefois pas faire oublier les sacrifices personnels qu'elle a dû consentir pour assurer le bonheur de sa progéniture, s'étiolant peu à peu dans une vie morne et sans relief, cependant égayée par la présence d'enfants en bonne santé, ainsi que par la promesse de relations charnelles épanouies avec son époux. Jusqu'au jour où...

Ce bouleversant portrait de femme tout en nuances a pour toile de fond la Delft de Vermeer, et les aveux de Magda se doublent d'une réflexion sur son époque, le contexte historique étant dès le départ clairement établi (le texte fourmille de détails, qui contribuent à renforcer la crédibilité du récit). La jeune femme est amenée à côtoyer des armateurs et des négociants de nationalités diverses, son père et son mari travaillant tous deux pour la Compagnie des Indes Orientales. Il est souvent question de commerce et de navigation, mais aussi de transport d'esclaves, et la narratrice n'hésite pas à porter un regard critique sur certaines pratiques douteuses, tout en se remémorant honteusement certains épisodes peu glorieux de son enfance...

J'aime beaucoup la façon dont la romancière évoque la peinture, qui sert en quelque sorte de fil conducteur au roman. On ressent la même chose en lisant ce dernier qu'en contemplant un tableau de maître : on se laisse d'abord happer par des sensations, par la beauté d'ensemble de l'oeuvre picturale, puis on devient attentif aux détails, aux couleurs, aux traces de pinceau, avant de se laisser submerger par un immense bonheur empreint de mélancolie (ouh là, c'est que je deviendrais presque poétique !). Magda se montre très satisfaite de l'oeuvre de de Witte, et nous explique pourquoi elle a voulu être peinte de dos, à son épinette, éclairée par la lumière du jour, avec sa servante boiteuse occupée à quelque tâche ménagère en arrière-plan. Il est plusieurs fois fait référence à des portraits réalisés par Vermeer, que Magda ne semble guère apprécier...

Pour résumer : histoire, peinture, questions de société et plongée dans la vie intime d'une femme mariée se mêlent avec brio dans ce court roman, que je vous invite vivement à découvrir. Les heures silencieuses sont de mon point de vue meilleures que Nos vies désaccordées, que j'avais trouvé bien écrit mais un peu vain. J'ai pris beaucoup plaisir à me laisser porter par cette ambiance feutrée, bercée par la plume délicate et sensible d'une Gaëlle Josse au sommet de son art, dont je suis très impatiente de découvrir le dernier roman en date (Le gardien d'Ellis Island est un titre qui m'attire énormément). 


Une belle réussite ! Dommage que le roman soit si court.


samedi 7 mars 2015

La voix du couteau (Le chaos en marche 1) - Patrick Ness



















Titre original : The knife of never letting go (Chaos Walking Book One)
Traduction (américain) : Bruno Krebs
Folio SF, 2009/2015, 531 pages


La première phrase :

La première chose que vous apprenez quand votre chien se met à parler, c'est que les chiens n'ont pas grand chose à dire.


La quatrième de couverture :

Dans un mois, Todd Hewitt aura treize ans. Dans un mois, il deviendra un homme. Il sera le tout dernier garçon de Nouveau Monde à atteindre l'âge adulte puisque, depuis la guerre contre les Spackle, les femmes ont été tuées, sans exception, par le virus du Bruit ; le Bruit, omniprésent, qui ne vous laisse pas en paix, jamais. Jusqu'au jour où Todd trouve un endroit où le Bruit se tait. 


L'opinion de Miss Léo :

J'ai découvert sur le tard ce roman encensé par les critiques et les lecteurs, autrefois classé en littérature jeunesse, désormais réédité en collection "adultes" par les éditions Folio, en même temps que les deux autres tomes de la trilogie du Chaos en marche. J'apprécie de plus en plus les bonnes dystopies, aussi ai-je accepté de le recevoir lorsqu'il m'a été proposé en service presse.

Tout commence par une citation de Middlemarch, exergue du meilleur goût qui soit. On rentre très vite dans le vif du sujet, en compagnie d'un jeune narrateur s'exprimant dans une langue à la syntaxe et à l'orthographe souvent approximatives. Cette bien étrange originalité stylistique est d'ailleurs l'une des spécificités du roman de Patrick Ness : ce dernier bâtit une langue inventive et dynamique, faite de mots déformés ou créés de toute pièce, qui agace autant qu'elle séduit. Todd écrit comme il parle, et les cinquante premières pages sont à cet égard assez déroutantes, même si l'on finit par s'habituer aux tournures de phrases et au vocabulaire. Il faut également se familiariser avec la présence d'animaux doués de parole, à l'image du chien Manchee, dont les interventions sommaires traduisent avec humour le caractère brave et fidèle.

J'ai beaucoup aimé l'univers dans lequel se déroule l'intrigue. Todd grandit dans un monde sans femme, ces dernières ayant toutes succombé au virus du Bruit transmis par les Spackle (non, je ne vous dirai pas qui sont les Spackle). Les hommes ont quant à eux acquis la capacité d'entendre les pensées d'autrui, et vivent désormais dans un brouhaha incessant : les mots qui déferlent en flux continu trahissent les pensées intimes et souvent incohérentes de chaque individu, avec les conséquences que l'on imagine. C'est dans ce contexte maussade que Todd se voit contraint de fuir Prentissville, afin d'échapper à la violence de cette oppressante bourgade totalitaire, peuplée d'individus peu engageants (à l'exception de ses tuteurs Ben et Cillian). La voix du couteau est avant tout un roman d'apprentissage, le jeune héros appréhendant peu à peu la complexité et la cruauté d'un monde dont il ne connaît que les contours, la vérité lui ayant été soigneusement dissimulée par les adultes de Prentissville. Todd n'est pas au bout de ses surprises, et les rencontres qu'il va faire en chemin vont passablement ébranler ses certitudes.

Patrick Ness signe une dystopie efficace, à la construction solide et aux thématiques passionnantes. Amitié, humanité, manipulation et luttes de pouvoir sont au coeur de ce récit intrigant et sans concession, original dans le fond comme dans la forme, qui souffre toutefois de quelques longueurs. Les scènes d'action sont redondantes et assez prévisibles, et il m'est arrivé de ressentir une pointe d'ennui en les lisant (j'ai nettement préféré les scènes explicatives, qui nous révèlent progressivement les origines et les caractéristiques de la société décrite). Autre bémol : le personnage principal est assez fade, et son côté naïf m'a vite lassée.

Mon avis sur ce roman est donc assez mitigé, malgré mon attachement à l'univers et au contexte imaginés par l'auteur. J'en attendais davantage, et je ne crois pas que je lirai la suite, bien que rien ne soit résolu à l'issue de ce premier tome, qui se termine sur un pas si insoutenable cliffhanger.


Une dystopie originale et bien menée, qui m'a toutefois laissée sur ma faim.


Livre chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Folio (désolée pour le retard).


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Objet.

jeudi 5 mars 2015

A la vie, à la mort - Colette McBeth




























Titre original : Precious Thing
Traduction (anglais) : Anath Riveline
Les Escales Noires, 20113/2015, 327 pages


La première phrase :

Officiellement, je ne pense plus à toi.


L'histoire :
(résumé de la quatrième de couverture)

Meilleures amies depuis l'adolescence, Rachel et Clara se sont promis qu'elles le resteraient à vie. Une dizaine d'années plus tard, elles sont toujours proches mais les liens qui les unissaient se sont distendus.

Rachel poursuit une brillante carrière à la télévision et mène une vie stable avec son compagnon ; Clara, elle, peine à trouver son équilibre et se fait plus distante.

Quand Rachel doit couvrir la disparition d'une jeune femme, elle découvre avec stupeur qu'il s'agit de Clara. La journaliste se lance à sa recherche, au risque d'exhumer les secrets du passé.


L'opinion de Miss Léo :

J'aime les bons thrillers, aussi me suis-je laissée tenter sans trop d'hésitation par ce premier roman britannique, malgré le manque flagrant d'originalité du titre français (déjà partagé par au moins deux autres romans de ma connaissance, ce qui en dit long sur le manque d'imagination de l'éditeur, du traducteur et/ou du responsable marketing). 

A la vie, à la mort a souvent été comparé au formidable Gone Girl (Les Apparences), flamboyant best-seller au succès amplement mérité. Cette filiation supposée est d'ailleurs utilisée comme principal argument de vente par l'éditeur français, puisque le livre est orné d'un bandeau annonçant tout de go qu'avoir aimé le premier ne laisse aucun doute sur nos chances d'adorer le second (si le Sunday Mirror le dit, alors il n'y a qu'à s'incliner je plaisante, hein !). Soyons honnêtes : j'ai tendance à me méfier des comparaisons hasardeuses, à plus forte raison lorsque je tiens l'auteur de l'original en très haute estime (comme c'est le cas avec Gillian Flynn, dont j'ai adoré les trois romans publiés à ce jour). Il n'en demeure pas moins que la référence à cet illustre modèle a parfaitement atteint son objectif, puisque c'est avec une réelle curiosité que j'ai entamé la lecture de ce thriller psychologique, espérant y retrouver l'essence de ce qui m'avait tant plu dans Gone Girl.

Les deux ouvrages présentent de toute évidence quelques similitudes. Colette McBeth bâtit son intrigue autour d'une amitié fusionnelle et dévastatrice, là où Gillian Flynn s'attachait à disséquer une relation de couple déliquescente. Les personnages principaux ne sont pas nets, et se montrent terriblement égoïstes, voire franchement malsains, quand ils ne basculent pas purement et simplement dans la folie. Les deux romans s'ouvrent tous deux sur la disparition mystérieuse de l'une des protagonistes du drame, et ont également en commun une narration ambiguë, suscitant davantage de questions qu'elle n'offre de réponses. La comparaison s'arrête là, et force est de constater que celle-ci ne tourne pas forcément à l'avantage de la romancière anglaise. Cette dernière signe en effet un roman efficace et rythmé (je l'ai lu d'une traite et sans déplaisir), qui se révèle toutefois bourré de défauts. Je n'ai jamais cru à la relation entre Rachel et Clara, qui m'a dès le départ semblé quelque peu surjouée. Cette amitié "pour l'éternité" est pourtant au coeur de l'écheveau assemblé par l'auteur, laquelle réussit par moments à traduire avec finesse les errements sentimentaux des deux héroïnes, unies à jamais dans une terrible et envahissante relation amour/haine qui les poursuivra jusqu'à l'âge adulte.

Le mode de narration m'a passablement agacée. La journaliste Rachel écrit une (longue) lettre à son amie disparue, qu'elle prend à parti et interpelle constamment par son prénom. Le ton larmoyant de son témoignage la rend assez antipathique, d'autant plus que l'on comprend très vite que son récit rédigé a posteriori n'est pas totalement fiable, et qu'il ne nous livre qu'une vision parcellaire (voire remaniée ?) des faits. Ce choix narratif trouve sa justification dans les dernières pages du roman, mais n'en demeure pas moins pénible, et à mon avis mal exploité. On se doute que Rachel dissimule des choses, mais cela ne donne lieu à aucune rupture franche dans le déroulement de l'intrigue, laquelle évolue de façon très linéaire, malgré la présence de flash-backs évoquant la naissance de l'amitié des deux adolescentes. Il est dommage que Colette McBeth ne se soit contentée que d'un seul point de vue, là où la force de Gone Girl résidait justement dans la juxtaposition de deux versions contradictoires.

Il en résulte une intrigue bien menée, mais de mon point de vue un peu terne, les enjeux dramatiques étant malheureusement noyés dans un trop plein d'invraisemblances. Je me suis néanmoins prise au jeu, séduite par la plume agréable de la romancière, m'attendant à ce que l'histoire prenne à tout moment un tour inattendu. Las ! Les "rebondissements" se révèlent décevants, et l'ensemble manque cruellement de suspense, à l'image des derniers chapitres, plats et sans saveur. Il est par ailleurs regrettable que Colette McBeth ait cru bon de nous révéler des secrets de famille totalement inutiles et téléphonés, que je n'ai guère appréciés (l'intrigue tenait plutôt bien la route jusqu'à cet instant, mais ce grand déballage familial m'a profondément déçue, car j'espérais davantage de subtilité).

A la vie, à la mort est en quelque sorte le Gone Girl du pauvre, et Gillian Flynn demeure à mon sens très supérieure, de par son écriture viscérale, son sens aiguisé de la construction dramatique, et sa capacité à créer des personnages excessifs et totalement assumés, que l'on adore détester. Rachel et Clara font pâle figure face à Amy, et le dénouement profondément immoral de Gone Girl était autrement plus satisfaisant que la bien timide (et hautement prévisible) résolution proposée par Colette McBeth. Cela reste somme toute assez gentillet...

Je relis ma critique, et je m'aperçois que celle-ci comporte essentiellement des reproches. Je suis peut-être un peu sévère, car A la vie, à la mort n'est pas non plus un mauvais roman, à condition de ne pas trop en attendre. Le style est fluide, l'ambiance correctement restituée, et je ne me suis pas ennuyée en le lisant (ce qui est à n'en douter un point très positif). L'intrigue séduira probablement les néophytes, mais se révélera en revanche sans surprise pour un lecteur averti, habitué aux retournements de situation des thrillers psychologiques. J'espérais mieux, mais je n'oublie pas qu'il s'agit là d'un premier roman plutôt encourageant, malgré mes réserves. 

Passons maintenant aux choses qui fâchent : ma sensibilité a été plusieurs fois heurtée par quelques très grosses fautes d'orthographe, qui m'ont littéralement fait bondir ! Ce n'est pas la première fois que je râle à ce sujet, aussi vais-je me contenter de réitérer cet appel : mais que font les relecteurs correcteurs ???


Un thriller psychologique plaisant, qui ne me laissera cependant pas un souvenir impérissable.


Roman chroniqué dans le cadre de ma participation au Club de Lecture des éditions Les Escales.


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Mort.