samedi 18 juin 2016

Lusitania - Erik Larson



























Titre original : Dead Wake - The last crossing of the Lusitania
Traduction (américain) : Edith Ochs
Le Cherche-Midi, 2016, 640 pages

Livre reçu en service-presse.

La première phrase :

Le soir du 6 mai 1915, alors que son navire approchait de la côte irlandaise, le capitaine William Thomas Turner quitta la passerelle de navigation pour se rendre au salon des première classe où avaient lieu un concert et un concours de talents, attractions traditionnelles des traversées de la Cunard Line.


L'opinion de Miss Léo :

Les lecteurs les plus fidèles de mon blog se rappellent peut-être avec quel enthousiasme j'avais accueilli Le diable dans la ville blanche et Dans le jardin de la bête, dont j'avais apprécié le côté foisonnant, ainsi que le soin tout particulier apporté par l'auteur aux détails en tout genre.

Autant dire que j'ai sauté de joie lorsque j'ai appris que les éditions du Cherche-Midi publiaient un nouveau Erik Larson consacré au torpillage du Lusitania, un sujet sur mesure pour moi qui suis depuis toujours fascinée par les paquebots, les gros bateaux qui coulent (cf le sort tragique du Titanic et de ses sisterships), la stratégie militaire et les sous-marins (je ne suis clairement pas une petite fille comme les autres).

Fidèle à son habitude, le journaliste américain nous présente avec exactitude, quoique de façon légèrement romancée, un célèbre événement historique, qu'il prend soin de replacer dans son contexte socio-politico-économique. Nous sommes ici en 1915, et le conflit mondial s'enlise en Europe, tandis que les Etats-Unis tardent à renoncer à leur neutralité. C'est alors qu'entre en scène le RMS Lusitania, fleuron de la marine commerciale britannique exploité par la Cunard. Celui-ci s'apprête à quitter New York pour rentrer en Angleterre, en dépit de la menace croissante incarnée par les U-Boote allemands croisant dans les eaux côtières du Royaume-Uni.


Touché coulé !
Norman Wilkinson (The Illustrated London News)

Le récit, extrêmement bien documenté, suit alternativement différents protagonistes du drame : passagers de première, deuxième ou troisième classe, riche collectionneur ou simple bonne d'enfants, membres d'équipage du Lusitania et du Grand Méchant sous-marin U-20, politiciens, agents de la Room 40 (les services secrets de la marine britannique) et autres stratèges... Erik Larson dresse un portrait détaillé et retrace le parcours de chaque personnage, ce qui lui permet d'insuffler de la vie dans son récit, tout en en restituant avec rigueur et précision les aspects les plus techniques (le lecteur apprend une foultitude de choses concernant le mode de plongée et l'agencement intérieur des U-Boote, la trajectoire et les performances du Lusitania, le fonctionnement des torpilles etc...). J'ai particulièrement aimé les chapitres consacrés à la flotte sous-marine allemande, qui évoquent les conditions difficiles dans lesquelles évoluaient les marins lorsque leur bâtiment était en plongée, et font  également mention de la "personnalité" de chaque U-Boot, reflétant le caractère plus ou moins téméraire et/ou cruel de leur commandant de bord.


"65 mètres de long sur 6 mètres de large, pour un peu plus de 8 mètres de hauteur"

Le U-20 et ses soeurs (Source : Wikipedia)


On retrouve par ailleurs l'hypocrisie des instances politiques et militaires britanniques, le Premier Lord de l'Amirauté (Winston Churchill himself) souhaitant précisément que pareille catastrophe se produise, dans l'espoir de hâter l'entrée en guerre des Etats-Unis.

La reconstitution historique est méticuleuse (le lecteur ne doute pas un instant de la véracité des faits relatés, et apprend pas mal de choses), mais l'auteur ne néglige pas pour autant l'aspect humain de la tragédie. Les personnages présentent toutefois un intérêt variable, ce qui se traduit malheureusement par quelques longueurs. Les interventions de Woodrow Wilson m'ont quelque peu ennuyée, et je ne me suis guère attachée aux passagers du Lusitania, lesquels m'ont semblé bien ternes par comparaison avec le redoutable Walther Schwieger, commandant et seul maître à bord du U-20. L'écriture sans panache et très factuelle rend parfois le récit légèrement fastidieux, celui-ci ayant néanmoins le mérite de s'attacher à présenter de façon exhaustive et sous différents angles un événement marquant de l'histoire du XXème siècle, tout en le rendant accessible au plus grand nombre.


Une lecture très instructive, au style un peu terne. Intéressant, mais ce n'est pas mon préféré de l'auteur.


L'amie prodigieuse / Le nouveau nom - Elena Ferrante


Titre original : L'amica geniale

Traduction (italien) : Elsa Damien
Folio, Gallimard, 2014, 430 pages

Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

Ce matin Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et me suis préparée à le lui refuser.


L'opinion de Miss Léo :

J'ai profité de sa sortie au format poche pour (enfin !) découvrir le premier tome de la saga napolitaine d'Elena Ferrante, encensé par mes copines des Bibliomaniacs (Coralie, Eva et Laure en parlent avec des trémolos dans la voix), et généralement encensé par la plupart des critiques, qu'ils soient professionnels ou "simples" blogueurs. L'Italie du Sud n'est pas un pays qui m'attire, mais je me suis laissée tenter par la promesse d'une intrigue fleuve développée sur quatre tomes, faisant la part belle aux relations entre les personnages.

J'ai été totalement emballée par les premiers chapitres de ce premier volume, entièrement consacré à l'enfance puis à l'adolescence de Lila Cerullo et Elena Greco, dont l'histoire d'amitié incandescente et ambiguë durera plusieurs décennies. A la fois complices et rivales, parfois contraintes de s'éloigner l'une de l'autre en raison de choix de vie différents, leur relation demeure constamment fascinante, et admirablement développée par l'auteur, entre admiration, affection sincère et jalousie. Les deux petites filles montrent très tôt d'excellentes dispositions intellectuelles, et font partie des meilleurs élèves de leur école, mais la ressemblance s'arrête là. Elena, la narratrice, semble plus terne, moins flamboyante, avec un côté vilain petit canard accentué par son manque de confiance en ses propres capacités. Lila, de son côté, croque la vie à pleines dents, et n'hésite pas à jouer méchamment avec les sentiments d'autrui pour parvenir à ses fins. L'une aura la chance de pouvoir poursuivre ses études au lycée, tandis que l'autre devra très tôt travailler dans la cordonnerie familiale, ce qui générera une certaine frustration, et marquera un premier point de divergence entre les trajectoires des deux amies.

Le cadre est original, et même totalement inédit en ce qui me concerne. On découvre la vie quotidienne d'un quartier pauvre de Naples, dont la population peu éduquée peine à s'affranchir de la misère et du climat de violence entretenu par une famille de camorristes sans scrupule. Les enfants se retrouvent dès leur plus jeune âge pris au piège d'un écheveau de relations malsaines, et subissent de plein fouet le manque de considération de leurs propres parents, ouvriers, commerçants ou femmes de ménage, lesquels songent avant tout à l'argent que leur progéniture pourrait leur rapporter. Aller à l'école demeure une chance, surtout pour les filles. L'accès à l'éducation représente ainsi pour Elena une planche de salut, l'espoir d'échapper un jour à la vulgarité de son quartier pour construire une vie meilleure.   

Elena et Lila évoluent au sein d'un groupe d'amis dont on suit sur plusieurs années le parcours, les aspirations et les premières amours. Je ne suis pas très friande des souvenirs d'enfance en littérature. Il y a cependant un je ne sais quoi de fascinant dans le roman d'Elena Ferrante, qui m'a donné envie de poursuivre la saga. L'écriture agréable et subtile, les profils psychologiques finement élaborés et le ton résolument original de ce récit âpre et sans concession créent une ambiance envoûtante, qui culmine dans les (remarquables) derniers chapitres de ce premier tome, consacrés au mariage de Lila.

Je dois néanmoins admettre que je ne partage pas totalement l'enthousiasme de certaines de mes amies blogueuses. J'ai aimé L'amie prodigieuse, mais je trouve que le roman s'éparpille parfois, et j'y ai également décelé quelques longueurs (pour être honnête, je me suis un peu ennuyée au milieu du récit). Si j'ai été séduite par l'évocation de la relation entre Lila et Elena, je me suis en revanche nettement moins intéressée aux autres personnages, qui m'ont paru moins convaincants que les deux héroïnes (NDLA : cette impression s'est cependant estompée lors de ma lecture du second tome). Il faut dire que j'ai parfois eu du mal à les identifier (contrairement à beaucoup de lecteurs, les patronymes russes ne me posent aucun problème, mais je rencontre certaines difficultés avec les noms italiens)... Bref, il m'a manqué un petit quelque chose pour être totalement sous le charme. J'attendais donc le deuxième tome au tournant !


Une belle lecture, malgré quelques bémols.


D'autres avis chez : Jostein, Mior, Delphine-Olympe...


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Titre original : Storia des Nuovo Cognome
Traduction (italien) : Elsa Damien
Gallimard, 2016, 554 pages


La première phrase :

Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers.


L'opinion de Miss Léo :

J'ai eu la chance de pouvoir emprunter le second tome à la bibliothèque la semaine dernière. Le nouveau nom commence là où se terminait L'amie prodigieuse, et j'ai très vite retrouvé mes marques. Mariée à seize ans, Lila part en voyage de noces en compagnie de son époux Stefano, tandis qu'Elena poursuit sa scolarité au lycée. Moins proches que par le passé, les deux amies continuent néanmoins à se fréquenter de loin en loin, et se retrouvent à l'occasion de de longues vacances sur l'île d'Ischia, qui marquent un tournant dans le roman.

Ce deuxième volume très dense est à mon sens meilleur que le premier, et je suis cette fois réellement enthousiaste ! Davantage resserrée dans le temps, l'intrigue s'étale sur environ six ans, de la fin de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte, et se concentre sur quelques événements marquants, tout en continuant à développer la personnalité des deux héroïnes, unies par un lien complexe et indéfectible. Les enjeux dramatiques sont cette fois clairement établis, et l'atmosphère devient de plus en plus sombre et poisseuse, derrière l'apparente simplicité du récit.

Le nouveau nom fait figure de roman initiatique, les deux amies se trouvant chacune à un tournant de leur existence. L'avenir s'éclaircit progressivement pour Elena, mais Lila doit lutter pour acquérir son indépendance, et échapper à l'emprise d'un mari violemment susceptible. En filigrane se dessine une réflexion sur la place de la femme dans cette société profondément machiste : la plupart des amies d'enfance d'Elena se retrouvent en effet installées très tôt dans un rapport de soumission vis à vis des hommes, et doivent endurer les coups prodigués par leurs époux tous-puissants, lesquels ne font d'ailleurs que reproduire les comportements de leurs propres pères. Le mariage de Lila et Stefano est ainsi ponctué de moult disputes, qui m'ont rappelé certaines scènes du Parrain, ma trilogie fétiche (j'ai souvent pensé à la raclée collée par Carlo Rizzi à l'insupportable Connie, mais aussi à la terrible scène de rupture entre Michael et Kay).

Plus imprévisible que jamais, matériellement à l'abri du besoin, mais souffrant d'un manque affectif croissant, Lila s'empare avidement de toutes les opportunités qui se présentent à elle. Elena jalouse l'intensité des émotions ressenties par son amie, elle qui peine encore à s'affirmer et à trouver sa place. Gauche et réservée, la jeune femme se montre nettement moins entreprenante avec les hommes qu'elle aime, ce qui lui vaut quelques déconvenues. Elle se construit néanmoins une culture et une éducation solides, et s'éloigne peu à peu de l'atmosphère pesante et vulgaire du quartier étriqué dans lequel elle a grandi, ce qui se traduit notamment par un usage croissant de l'italien littéraire, plutôt que du dialecte populaire utilisé par son entourage. Elle fréquente de nouveaux milieux, rencontre des étudiants politiquement engagés, se forge des opinions personnelles, mais continue pourtant à se sentir inférieure à ses nouveaux amis, élevés dans une opulence culturelle à mille lieues des préoccupations de sa propre famille. La réussite d'Elena fait écho aux regrets semi-avoués de Lila, qui n'a pu étudier comme elle l'aurait souhaité, et rechigne à reconnaître sa soif de connaissances inassouvie. Agacement, dépendance, admiration, affection, dégoût, confiance : la complexité des relations qu'entretiennent ces deux personnages en plein questionnement existentiel est toujours aussi finement rendue par l'auteur.

Porté par deux formidables figures féminines, Le nouveau nom se révèle profondément romanesque, et passionnant d'un bout à l'autre (je l'ai lu quasiment d'une traite). Tout sonne juste chez Elena Ferrante, dont l'écriture limpide et le sens implacable de la construction dramatique contribuent à créer un véritable suspense quant au devenir des principaux protagonistes, lesquels s'étoffent au fil des pages. Je me suis davantage attachée aux personnages secondaires que dans le premier tome, et je me réjouis de retrouver cet univers coloré dans le troisième épisode, qui est paraît-il plus politique (une évolution déjà légèrement amorcée dans ce second volume). Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas acheter la suite en anglais, sans attendre la sortie française...


Un deuxième tome captivant. Coup de coeur !

Découvrez les avis de Delphine-Olympe, Laure,  Eva, Clara...


jeudi 16 juin 2016

Everything I never told you - Celeste Ng

Mes amis, l'heure est grave.

Les mois passent, Mini-Lionceau grandit, et les lectures non chroniquées s'amoncellent sur ma table basse (après la PAL, la PAC, ou Pile à Chroniquer). J'ai d'abord été tentée d'user de mon droit de retrait, épouvantée devant l'ampleur du désastre, mais cela me semblait manquer de panache. J'ai donc pris mon courage à demain, et je me suis lancé un défi en apparence insurmontable, à savoir rédiger quelques billets sur mes lectures du premier trimestre de l'année 2016 avec un bébé épuisé qui refuse de faire la sieste et qui braille en fond sonore. A Miss Léo, rien d'impossible !

Avertissement  : soyez indulgents, il est possible que ma plume soit quelque peu rouillée...





























Blackfriars, 2014, 304 pages


Les premières phrases :

Lydia is dead. But they don't know this yet.


L'opinion de Miss Léo :

Ne passez surtout pas à côté de cette petite merveille de roman américain, dont la traduction a été publiée en mars dernier chez Sonatine. Contrairement à ce que l'édition française pourrait laisser croire, il ne s'agit pas d'un polar, mais d'une chronique familiale aux accents de roman psychologique dont l'action s'étend du milieu des années cinquante à la fin des années soixante-dix. La découverte du cadavre de Lydia, seize ans, d'origine asiatique, plonge sa famille dans le plus profond désarroi. Accident, meurtre ou suicide ? Tous essayent de comprendre ce qui a pu mener cette adolescente brillante vers un si funeste destin.

Dans la famille Lee, je voudrais le père, la mère, le fils et les deux filles. Celeste Ng, elle-même fille d'immigrants de Hong-Kong, dissèque les étapes marquantes du parcours de chacun de ses membres, en remontant à la rencontre de James, né en Californie de parents chinois, et de son épouse Marilyn, alors étudiante ambitieuse et (peut-être) futur médecin. Un couple mixte, un foyer harmonieux, des enfants heureux alliant réussite académique et épanouissement social... On croit tenir là un modèle de famille idéale. Que nenni ! Le vernis de surface ne tarde pas à se craqueler, dévoilant peu à peu une réalité qui fait froid dans le dos. Marilyn, jeune femme des années cinquante condamnée à renoncer à sa carrière pour s'occuper de son foyer... James, professeur d'université tourmenté par les questionnements identitaires propres aux descendants d'immigrés... Les frustrations des parents rejaillissent sur la vie de leur progéniture, et les enfants Lee doivent composer avec les fantasmes d'un père obnubilé par la nécessité de s'intégrer, de se faire des amis et d'être populaire, tout en se pliant aux exigences d'une mère obsédée par la réussite scolaire de sa fille Lydia, laquelle s'efforce de coller au mieux à ce que l'on attend d'elle.

Difficile de trouver sa place dans cette atmosphère étouffante de non-dits, de rêves brisés et de faux-semblants ! Seul Nath, le fils aîné, semble porter un regard lucide sur sa soeur cadette, dont la disparition fait figure d'électrochoc. James et Marilyn en viennent à remettre en cause l'essence même de leur mariage. Eux qui avaient pourtant décidé de s'aimer envers et contre tout, faisant fi de tout communautarisme et autres manifestations de racisme ordinaire, se posent désormais la douloureuse question : "N'aurais-je pas mieux fait d'épouser quelqu'un comme moi ?". Le sentiment d'avoir raté sa vie s'infiltre insidieusement dans leur vie de couple, laquelle vacille dangereusement.




Pour résumer :
Celeste Ng signe un premier roman d'une très grande justesse, qui aborde avec finesse des thèmes variés, et nous invite à partager le quotidien d'une famille profondément dysfonctionnelle, quoique terriblement banale. Le constat est glaçant, mais le récit se révèle en tout point fascinant. J'ai pour ma part été ferrée dès les premières pages !


Un roman passionnant, bien écrit, bien construit et profondément addictif.



D'autres avis chez : EvaDelphine-OlympeKathel

 

jeudi 11 février 2016

Mini Lionceau et moi

40 semaines et des poussières...


Je profite de cette petite pause (forcée) dans la rédaction de mes billets "littéraires" pour vous proposer une courte chronique sur le mode "je raconte ma vie", à la manière du Moi après mois de Moka.


C'est parti pour le dernier mois ! / Nouvel An 2016 / Pas de sucre, pas de foie gras, pas d'alcool / Euh... et je mange quoi, du coup ??? / Tenter de réaliser ma recette fétiche de tarte au fromage (merci Maman !) en remplaçant le sucre par du Stevia / Regarder avec un léger pincement au coeur l'ultime épisode de Downton Abbey / Se dire qu'il était temps que la série s'arrête, après deux dernières saisons très inégales... / Tarte au fromage au Stevia validée !



Se sentir en pleine forme / Enchaîner les lectures et les billets (vive le congé maternité) / Etre peu à peu gagnée par l'impatience / Hâte de faire la connaissance du petit bébé dodu qui s'agite vigoureusement dans mon utérus ! / Mais il fait si froid dehors... / Envie de le garder au chaud encore quelques semaines / Lire le dernier Rosa Montero / Psychoter : et si le bébé dépasse le terme, arriverai-je à le faire sortir, compte-tenu de son poids élevé et de son périmètre céphalique démesuré (merci l'échographie) ?? / Monitoring de la 40ème semaine : RAS / Discuter (et rire) avec les copines blogueuses sur Facebook / Dévorer Magic Time de Doug Marlette / Répondre à la famille et aux amis qui s'impatientent / Tout mettre en oeuvre pour déclencher le travail / Descendre la poubelle / Remonter les escaliers en courant / Aller à la librairie (et acheter trois livres ^^) / Envie de sucre !! / Faire des claquettes / Regarder les trois épisodes du Seigneur des anneaux, dans l'espoir que cela lui donne envie de sortir se battre contre les Orques / Plaquettes OK : à moi la péridurale ! / Jour du terme : toujours rien... / Monitoring de contrôle : RAS / Ressortir les épées, et faire de l'escrime dans le salon / Aller se coucher / Lire quelques pages, sombrer dans les bras de Morphée / Deux heures du matin : tiens, on dirait des contractions qui font mal... / Trente minutes plus tard : et en plus, elles sont régulières ! / Pourvu que je ne sois pas obligée de réveiller mon cher F. en pleine nuit !! / Se lever / Allumer la télévision pour regarder l'Open d'Australie de tennis / Bon, les contractions sont passées. Fausse alerte. / Se recoucher / Etre à nouveau réveillée vers sept heures / Cette fois, ça y est ! 

41 sa + 1 : installation en salle de naissance / Se sentir totalement zen et détendue (un comble, pour ceux qui me connaissent dans la vraie vie) / Je vous épargne les détails de l'accouchement / 27 janvier, 19h58 : Mini Lionceau découvre le monde (le pauvre !) / Entendre ses premiers cris / Il ouvre grand les yeux / Il ressemble à F. / Il est parfait ! / C'est vraiment moi qui ai fait ça ??? 


Ses petits pieds / Ses petites mains / Sa petite bouche / Ses sourires encore incontrôlés / Ses petites moues adorables...

Mini Lionceau, 1 jour

Se faire pourrir par une puéricultrice vindicative (ben oui, j'ai laissé mon Lionceau dormir une heure de trop sans le réveiller pour lui donner à manger, je suis un monstre) / Culpabiliser / Passer plusieurs nuits blanches, suite aux recommandations de ladite puéricultrice et de ses collègues / Frôler la crise de nerfs / Etre réconfortée par la gentillesse des sages-femmes / Manger avec appétit la nourriture douteuse servie par l'hôpital (je n'étais décidément pas dans mon état normal) / Compléter avec des friandises ramenées par mon F. / Avoir la sensation d'être tombée dans une déchirure spatio-temporelle / Ras le bol de la maternité !!!

Rentrer à la maison / Enfin seuls ! / Présenter le bébé au chat (qui l'a d'ores et déjà adopté) / Trouver son rythme, après les tâtonnements des premiers jours / Tomber en extase devant les grimaces et les plissements de front de Mini Lionceau / Se réjouir devant la mine satisfaite d'un bébé repu / Avoir un fils capable de dormir chaque nuit plusieurs heures d'affilée (ô joie !) / Ouvrir les magnifiques colis-surprises envoyés par les blogueuses (qui se reconnaîtront) : merci les filles, vous êtes des coeurs ! / Ne pas avoir lu une ligne depuis le 26 janvier dernier / Profiter au maximum des premières semaines de cette nouvelle vie à quatre / Rassembler tant bien que mal mes neurones éparpillés façon puzzle / Trouver quelques minutes pour taper un billet d'une seule main, avec mon Mini Lionceau endormi sur les genoux (en attendant le prochain repas)...

Et si c'était ça, le bonheur ??



jeudi 4 février 2016

Jupe et pantalon - Julie Moulin




























Alma Editeur, 2016, 300 pages

Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

Je me prénomme Marguerite.


L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Où va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras. A. chute dans un aéroport, Paul s’en va, la cacophonie guette. La jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.


L'opinion de Miss Léo :

Deuxième titre de la rentrée d'hiver des éditions Alma, après le sympathique Julie's Way de Pierre Chazal.

Jupe et pantalon est le premier ouvrage d'une très jeune romancière de mon âge, issue du milieu de la finance, et grande amatrice de culture russe. L'entrée en matière est des plus originales, puisque la première partie est narrée par... les deux jambes de l'héroïne ! Déroutant au début, le procédé séduit par son audace rafraîchissante, et donne lieu à des échanges de répliques savoureuses entre les parties du corps de la jeune femme, lesquelles constituent une joyeuse galerie de personnages hauts en couleurs, résolument optimistes ou franchement névrosés. Mention spéciale aux désopilantes (mais trop rares) interventions de Babette la paire de fesses !

Julie Moulin adopte d'emblée le ton de la fable pour nous conter les mésaventures de A. (Son prénom nous sera-t-il révélé avant la fin du roman ? Suspense !), laquelle tente désespérément de concilier vie familiale, vie personnelle et vie professionnelle. Si le contenu n'est guère original, la forme l'est en revanche davantage (voir plus haut) : j'ai été séduite par ce parti pris narratif, bien que celui-ci ait parfois du mal à tenir la distance. La deuxième partie du récit, moins drôle, mais également un peu plus fluide, revient à un mode de narration plus traditionnel, tandis que A. s'efforce de reprendre le contrôle de sa vie en peine décrépitude.

J'ai lu ce roman avec plaisir, bien que le quotidien d'une "jeune cadre dynamique" au bord du burn-out ne m'intéresse guère a priori (j'éprouve quelques difficultés à m'identifier à ce genre de personnages, dont les dilemnes sentimentalo-professionnels me laissent la plupart du temps de marbre). Jupe et pantalon possède néanmoins une vraie profondeur tragique sous ses dehors de comédie romantique, et nous gratifie de quelques réflexions bien senties sur la maternité, la féminité et l'absurdité de l'existence. Le premier chapitre démarre fort, puisque l'histoire s'ouvre sur... un accouchement en siège, avant d'enchaîner sur la petite enfance de A. (je suis à trois jours de mon propre terme au moment où j'écris ces lignes, et je devais en être à environ sept mois et demi de grossesse lorsque j'ai lu le livre : autant dire que je me suis tout de suite sentie concernée !). La suite est plus convenue, mais le roman n'en demeure pas moins d'une grande fraîcheur, en grande partie grâce à l'écriture sobre et pudique de l'auteur (un style simple, mais très agréable, comme souvent dans les romans des éditions Alma).    

Pour résumer : Julie Moulin signe un premier roman maîtrisé, dont l'intrigue ne me laissera certes pas un souvenir impérissable, mais dont il convient néanmoins de saluer l'originalité, surtout dans la première partie (que j'ai beaucoup aimée). J'ai apprécié que l'auteur fasse référence au Maître et Marguerite de Boulgakov, que je n'ai toujours pas lu, mais que je compte bien découvrir un jour (je ne connais pour l'instant que La garde blanche, que j'avais trouvé remarquable). La quatrième de couverture évoque également le cinéma d'Almodovar, mais j'avoue que je n'ai pas trop saisi le rapport (à part la "femme au bord de la crise de nerfs", ce qui me paraît tout de même un peu léger pour établir une comparaison).


Un premier roman atypique et prometteur.


mardi 26 janvier 2016

Magic Time - Doug Marlette




























Titre original : Magic Time
Traduction (américain) : Karine Lalechère
Le Cherche-Midi, 2006/2016, 671 pages


La première phrase :

Carter Ransom se réveilla, pelotonné à l'arrière de la Mercury Grand Marquis de sa soeur.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

1965. Alors que le Mouvement des Droits Civiques porté par Martin Luther King s'étend dans tous les États-Unis, le pays a les yeux fixés sur Troy, une petite localité du Mississippi. Quatre jeunes activistes y ont péri dans l'incendie d'une église. Deux membres du Ku Klux Klan sont arrêtés et condamnés à perpétuité.

1990. L'un des condamnés libère sa conscience en désignant le vrai responsable du crime. Un nouveau procès se prépare donc à Troy. De retour dans sa ville natale, Carter Ransom, ancien sympathisant dans la lutte pour les droits civiques et journaliste au New York Examiner, est aux avant-postes. Son premier amour, Sarah Solomon, faisait partie des victimes et son père, le tout-puissant juge Mitchell Ransom, avait conduit le premier procès. Carter veut faire toute la lumière sur cette période qui l'a marqué à jamais. 


L'opinion de Miss Léo :

Rien de tel qu'un bon gros pavé américain pour tromper l'attente en ces ultimes et oisives journées de congé maternité prénatal ! Les éditions du Cherche Midi ont eu la bonne idée de faire traduire ce roman de Doug Marlette, publié aux Etats-Unis il y a tout juste dix ans. Le résumé me semblait particulièrement prometteur, mais j'ai surtout été convaincue par l'avis positif de Keisha, blogueuse éclectique aux goûts décidément très sûrs.

Ne vous laissez surtout pas rebuter par le nombre de pages. Magic Time est un roman dense et complexe, qui bénéficie d'une intrigue solide et admirablement construite, ayant pour toile de fond la ségrégation raciale et la lutte pour la défense des Droits Civiques (thème que je connais encore assez mal, mais qui m'intéresse évidemment beaucoup). L'auteur jongle habilement entre deux époques, et nous invite à découvrir de nombreux personnages, humains et attachants pour la plupart. Carter Ransom sert de trait d'union entre les principaux protagonistes du drame, dont il est à la fois l'acteur et le témoin.

Doug Marlette s'attache à recréer l'ambiance poisseuse des années 60. Confronté à la violence des états du Sud et à la veulerie humaine, entre racisme ordinaire et démonstrations de force du Ku Klux Klan, Carter découvre le courage et l'abnégation d'un petit groupe de jeunes gens de son âge (la vingtaine), qui prennent une part active au mouvement initié par Martin Luther King, et luttent sans relâche pour défendre leur convictions, quitte à subir les déferlements de folie meurtrière de leurs ennemis. On sait dès le début que plusieurs d'entre eux y laisseront la vie, dans l'incendie de l'église de Shiloh... La réouverture du procès en 1990 remue des souvenirs douloureux, et conduit Carter à reconsidérer son point de vue sur les sombres événements d'autrefois, qui trouvent encore une résonance trente ans après (les fantômes du passé ont la vie dure). Soupçons, corruption et enjeux politiques sont au coeur d'un récit riche et poignant, mêlant habilement personnages fictifs et réalité historique.

Instructif sans être lourdement démonstratif, Magic Time évolue loin des stéréotypes, et propose qui plus est une véritable intrigue romanesque : des liens amicaux et amoureux se nouent, des drames familiaux sont révélés au grand jour, de jeunes adultes doivent apprendre à porter le deuil de leurs amis trop vite disparus... Les situations sont complexes, souvent tragiques, mais l'auteur parvient malgré tout à ménager des moments de légèreté et de détente, ce qui rend le roman particulièrement savoureux. L'alternance parfaitement maîtrisée de deux fils narratifs est ici une excellente idée : les deux époques se répondent mutuellement, ce qui permet de combler progressivement les vides de l'intrigue, tout en assistant à l'évolution des personnages.

Pour résumer : Magic Time est un excellent roman, que je recommande chaleureusement ! Il ne s'agit pas à proprement parler d'un thriller, mais il y a tout de même du suspense, et on ne voit pas le temps passer (chaque page est un régal). La traduction est de qualité, ce qui ne gâte rien. Je trouve tout à fait regrettable que Doug Marlette soit décédé dans un accident de voiture l'année suivant la publication du livre...


Un roman passionnant  ! 
Je ne suis pas loin du coup de coeur...


Merci Solène pour cette jolie découverte.


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Encore un pavé de janvier pour Bianca.
Je suis au taquet !




lundi 25 janvier 2016

Les guérir - Olivier Charneux




























Robert Laffont, 2016, 198 pages


La première phrase :

A soixante-dix ans, malgré l'ablation d'une bonne partie de son estomac, malgré la solitude dans laquelle il se trouvait, le docteur Carl Vaernet n'avait pas dit son dernier mot.


Le genre :

Biographie romancée.


Le personnage principal :

Carl Værnet, médecin danois attiré par l'idéologie nazie, demeura toute sa vie obsédé par l'idée de trouver un remède au fléau de l'homosexualité, oeuvrant ainsi pour « le bien de l'humanité ». Il tissa des liens étroits avec la SS d'Himmler, et fut notamment autorisé à mener des expériences foireuses dans le camp de Buchenwald, avant de finir sa vie en Argentine


L'opinion de Miss Léo :

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas pu résister à l'illustration du bandeau ornant la couverture de cet ouvrage fraîchement paru aux éditions Robert Laffont (c'est sans doute l'effet "pyjama à rayures" Attention, humour noir !!). J'étais d'autant plus curieuse de découvrir cette biographie que je n'avais jamais entendu parler de Carl Vaernet, et que je ne savais pas grand chose non plus des traitements infligés aux détenus homosexuels des camps de concentration nazis.

Olivier Charneux traite d'un sujet me semble-t-il peu connu, en tout cas rarement abordé dans les ouvrages que j'ai pu lire jusqu'à présent. Les sources bibliographiques sont clairement identifiées, et citées dans les remerciements. Il est donc question d'un médecin danois, dont la vision pour le moins particulière de la médecine s'accorde parfaitement avec l'idéologie délirante des nazis. Carl Vaernet a déjà la cinquantaine lorsqu'il entre au service d'Himmler. Persuadé d'agir pour le bien commun, il s'imagine volontiers en bienfaiteur de l'humanité, et ne pense qu'à son éventuel futur Prix Nobel. Comment pourrait-il ne pas être remercié et honoré pour ses travaux, lui qui a tant oeuvré pour mettre au point le traitement qui changera à n'en pas douter la face du monde ?

L'homosexualité est envisagée comme une maladie devant être soignée, dans l'intérêt de tous, mais aussi (surtout) pour rendre service aux "malades", qui souffrent de leur condition, et ne demandent qu'à être guéris de leurs penchants "contre-nature". Qu'à cela ne tienne : Vaernet a la solution ! Ne lui manque qu'une poignée de cobayes consentants à qui administrer ses traitements hormonaux. Où les trouver, sinon à Buchenwald ? Les compte-rendus "scientifiques" des expériences médicales réalisées par Vaernet à Buchenwald laissent songeurs... Détenus terrorisés, protocoles grotesques et conclusions hasardeuses font de cette entreprise une vaste mascarade, à mille lieues des ambitions du bon docteur (qui reste néanmoins persuadé de sa légitimité).

Je ne sais pas trop quoi penser du livre, si ce n'est que j'ai été déçue par le manque de profondeur de ce texte très court (198 pages très aérées), rédigé dans un style sobre et sans fioritures. Cette simplicité dans la forme aurait pu se révéler payante si le personnage principal de cette biographie romancée avait été mieux exploité. Carl Vaernet semble ici curieusement désincarné, et l'on se désintéresse rapidement du sort de ce pathétique individu, dont les actes se révèlent il est vrai assez anecdotiques (c'est du moins mon ressenti). L'écriture n'est de mon point de vue pas suffisamment travaillée, et le récit manque cruellement de relief et d'enjeu (le sort des homosexuels de Buchenwald aurait peut-être mérité davantage de pages). Les guérir reste néanmoins un témoignage intéressant, bâti à partir d'une solide documentation, mais l'auteur se contente de survoler les faits, et n'approfondit rien, ce qui explique pourquoi je suis restée sur ma faim. Dommage !

(Note à l'intention de l'éditeur : j'ai relevé quelques coquilles, que je n'ai pas pris la peine de noter, mais qui mériteraient d'être corrigées dans l'optique d'une éventuelle réédition)


Une déception...