vendredi 17 février 2017

Dans la forêt - Jean Hegland




























Titre original : Into the Forest
Traduction (américain) : Josette Chicheportiche
Gallmeister, 1996/2017, 302 pages



La première phrase :

C'est étrange, d'écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d'un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l'eau - tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu'il s'agit de mon reflet.


L'histoire :

Nell et Eva, respectivement âgées de dix-sept et dix-huit ans, vivent avec leur père au coeur d'une forêt du nord de la Californie, dans une maison équipée de tout le confort moderne. Les Etats-Unis connaissent une crise sans précédent, qui sonne le glas du mode de vie à l'occidentale. Plus d'électricité, plus d'essence, plus d'avions, une nourriture qui se raréfie... Il faut fuir, ou s'adapter aux nouvelles circonstances. Le père et ses deux filles décident de rester dans la demeure familiale, où ils disposent de provisions pour plusieurs mois, de bois pour se chauffer, d'un ruisseau pour boire et se laver. La vie suit son cours, jusqu'au jour où le père meurt accidentellement, Nell et Eva se retrouvant alors totalement livrées à elles-mêmes.

L'opinion de Miss Léo :

J'ai lu tellement de critiques positives de ce roman au cours des dernières semaines que je n'ai pas pu résister au plaisir de le découvrir à mon tour, bien que je me méfie un peu du fait que celui-ci soit publié dans la collection Nature Writing de chez Gallmeister, éditeur avec lequel j'ai connu des expériences pour le moins contrastées (coup de coeur pour le Wilderness de Lance Weller, mais grosse déception avec l'un des romans de David Vann, dont je ne parviens même pas à retrouver le titre, c'est vous dire à quel point il m'a marquée). Je ne vais pas vous mentir : la maison perdue dans la forêt, ce n'est pas trop mon truc à la base. Une forêt, c'est sombre, humide, plein de bestioles dégueulasses, et je ne ressens aucune fascination envers les Robinson Crusoë de tous bords, dont les aventures ne me passionnent guère. Oui, mais voilà : j'aime le post-apocalyptique, et j'ai adoré des romans comme Le mur invisible de Marlen Haushofer (un chef d'oeuvre !), En un monde parfait de Laura Kasischke, Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine, ou plus récemment Station Eleven d'Emily St. John Mandel, que je n'ai pas chroniqué, mais dont nous avions parlé aux Bibliomaniacs.

J'étais donc relativement confiante en abordant la lecture de Dans la forêt, et j'ai eu raison d'y croire, puisque j'ai adoré les deux premiers tiers de ce roman très immersif, à l'écriture sobre et efficace. Les problématiques abordées semblent très actuelles, bien que ce texte ait été publié dans les années quatre-vingt dix. La romancière se focalise sur la situation de Nell et Eva, sans développer plus que nécessaire le pourquoi du comment : on ne saura rien des causes ni des prémices de la catastrophe, même si l'on devine que celle-ci résulte des excès et du manque de discernement de la société occidentale telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le roman est néanmoins porteur d'un message écologique en filigrane. Engagé en faveur de la décroissance et contre la surconsommation, Dans la forêt fustige les comportements égoïstes de nos contemporains, et prône le retour à un mode de vie plus sain, en symbiose avec la nature. Je ne suis pas fan des romans "à message", mais Jean Hegland parvient à faire passer ses idées avec subtilité et simplicité, à travers l'évolution des deux héroïnes.

Protégées des maladies et des émeutes par leur situation isolée, ces dernières s'efforcent de mener une vie normale, en se raccrochant à leurs passions d'autrefois (la danse pour l'une, les études et la lecture pour l'autre). Elles vivent leur dénuement matériel et affectif comme une crise passagère, espérant sans trop y croire un retour à la normale dans les mois à venir. J'ai aimé suivre leur quotidien, relaté par Nell dans son journal : entretien du potager, fabrication de conserves, travaux divers, écrasage et tamisage de glands (sic), souvenirs de la vie d'avant, quand la mère et le père étaient encore en vie... Dans la forêt peut être lu comme un conte initiatique : les deux soeurs sont encore très jeunes, à peine sorties de l'adolescence, et vont peu à peu se découvrir, affirmer leur caractère, et prendre des décisions tranchées quant à leur avenir. Elles apprendront comment survivre en milieu hostile, tout en renonçant progressivement à leurs rêves d'antan, vestiges d'un mode de vie désormais obsolète. Jean Hegland signe un huis-clos charnel et intimiste, à la sensualité délicate, qui se distingue par son approche résolument féministe, et qui offre de belles descriptions de la forêt toute puissante.

J'étais très enthousiaste après environ deux-cents pages, mais je n'ai malheureusement pas été totalement convaincue par le dernier tiers du récit, un poil décevant. Le roman s'emballe, et vire un peu au grand n'importe quoi, sur le thème "découverte de la nature et retour à la vie sauvage" (j'exagère, mais c'est tout de même ce que j'ai ressenti dans une certaine mesure). On a parfois l'impression que l'auteur essaye de caser toutes les figures imposées du genre, dans un nombre de pages assez réduit : les ours, la chasse au sanglier, les indiens, la maison qui tombe en ruines, les blessures, la vie dans une cabane spartiate... Trop c'est trop ! Nell et Eva doivent également faire face à une grossesse, que j'ai trouvée totalement superflue. J'étais pourtant persuadée d'y échapper, après une première fausse alerte (manque de pot, il y a deux soeurs, et donc deux fois plus de chances de tomber enceinte, bien que celles-ci vivent dans un isolement total, à l'écart de toute présence masculine)... Bref, je n'ai pas été aussi touchée que je l'aurais imaginé.

Dans la forêt est de mon point de vue moins abouti que Le mur invisible, que j'ai trouvé meilleur dans un registre similaire. J'en garderai toutefois un bon souvenir, et je le recommande malgré tout (mes réserves sont très personnelles).


Un bon roman, qui ne tient selon moi pas tout à fait la distance. A lire !


J'ai l'impression d'être la seule à avoir un avis mitigé.
Laure, Eva, Noukette, Léa l'ont beaucoup aimé.


mercredi 15 février 2017

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici




























Titre original : The Book of Mirrors
Traduction (anglais) : Isabelle Maillet
Les Escales, 2017, 315 pages

Livre reçu en service-presse (merci Anaïs).



La première phrase :

J'ai reçu la proposition de manuscrit en janvier, au moment où tout le monde à l'agence tentait de se remettre d'une bonne gueule de bois post-festivités.


L'histoire :
(résumé de la quatrième de couverture)

Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé "Jeux de miroirs" qui l'intrigue immédiatement. En effet, l'un des personnages n'est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?

Persuadé d'avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l'intrigue, l'agent tente d'en savoir plus. Mais l'auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu'à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d'investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d'un maelström de fausses pistes.

Et si la vérité n'était qu'une histoire parmi d'autres ?


L'opinion de Miss Léo :

Beaucoup de bruit pour rien pas grand chose... C'est ce que je retiens de ce Jeu(x) de miroirs, pourtant annoncé à grands renforts de bandeaux publicitaires comme le "roman événement" de ce début d'année 2017. Vous devez savoir si vous me suivez depuis longtemps que ce genre d'accroche maladroite aurait plutôt tendance à me faire fuir.  Le fait que l'auteur soit roumain, ainsi que la promesse d'une intrigue mystérieuse et tarabiscotée comme je les aime, ont toutefois eu raison de mes réticences (vous ai-je déjà dit que je n'avais aucune volonté ?). 

Je ne regrette pas de l'avoir découvert, mais je ne peux pas dire non plus qu'il s'agisse d'une lecture particulièrement marquante. Le récit est plaisant, prenant, et l'intrigue bien troussée réserve son lot de rebondissements plus ou moins attendus. La construction du roman (trois parties, trois points de vue successifs) se veut originale, mais se révèle finalement assez plate, et paradoxalement très linéaire. Jeux de miroirs débute avec le manuscrit de Richard Flynn, relatant les événements de l'hiver 1987. Etudiant à Princeton, le jeune Richard se met en couple avec Laura Baines, qui étudie la psychologie sous la tutelle du célèbre professeur Joseph Wieder, dont on sait dès les premières pages qu'il mourra assassiné quelques mois plus tard. Cette première partie est de loin ma préférée, mais elle s'interrompt brutalement à la page 112, pour laisser place au récit de John Keller, le journaliste d'investigation chargé de reconstituer la suite de l'histoire. Imaginez ma déception !

On peut regretter le manque d'épaisseur des personnages, pour la plupart fades et peu attachants (en dehors de Roy Freeman, le flic retraité que l'on suit dans la dernière partie de l'ouvrage). J'attendais des développements intéressants concernant les recherches en psychologie cognitive menées par le professeur Wieder, ou encore une réflexion sur les mécanismes de la création littéraire, qui s'empare de la réalité pour mieux la déformer : rien de tout cela dans ce qui demeure un roman somme toute assez classique, certes de bonne facture, mais dont j'attendais davantage de complexité.

Un point positif cependant : j'ai apprécié la façon dont E.O Chirovici abordait la thématique de la mémoire, qui joue un rôle primordial dans la construction du récit. Le romancier interroge la fiabilité des témoignages et des souvenirs, souvent biaisés par les facéties d'une imagination décidément bien malicieuse. L'esprit humain brode constamment pour réinventer sa propre réalité, parfois très éloignée de la vérité (en toute sincérité). Il est dès lors bien difficile de démêler le vrai du faux, de distinguer les honnêtes gens des manipulateurs avérés...

Pour résumer : Jeux de miroirs déploie une histoire solide et sans incohérence, à la mécanique bien huilée, mais le roman manque d'âme et d'aspérités. Il sera vite lu, vite oublié en ce qui me concerne ! Le matraquage commercial me paraît par conséquent très excessif. La quatrième de couverture parle d'un "suspense haletant", ce qui est totalement mensonger : Jeux de miroirs n'est en aucun cas un thriller, et se déroule à un rythme plus que paisible. Le résumé évoque également un "maelström de fausses pistes", alors que le roman ne fait que présenter différentes versions d'une même histoire, à travers les témoignages de plusieurs personnages... Sans commentaire.


Un roman plaisant et bien ficelé. 
Distrayant, sans être exceptionnel. 


lundi 6 février 2017

L'autre qu'on adorait - Catherine Cusset




























Editions Gallimard , 2016, 304 pages


La première phrase :

Phil Miller tapotait le micro, tout le monde s'est tu.


L'histoire :

Etats-Unis, 22 avril 2008. Thomas Bulot se suicide à son domicile.

Dans un long récit à la deuxième personne du singulier, Catherine retrace le parcours de celui qui fut (brièvement) son amant, puis son meilleur ami pendant près de vingt ans. Vingt ans d'une vie sociale et culturelle foisonnante, marquée par la préparation d'une thèse sur Proust à l'université de Columbia, ainsi que par l'espoir d'une brillante carrière aux Etats-Unis, néanmoins ponctuée de (trop) nombreux échecs amoureux et professionnels. 


L'opinion de Miss Léo :

J'éprouve une tendresse particulière pour les romans de Catherine Cusset, depuis ma découverte du Problème avec Jane à l'aube du nouveau millénaire (je le relirais bien, mais je crains d'être déçue, avec quinze années de plus au compteur). Je suis loin d'avoir lu la totalité de son oeuvre, mais je demeure néanmoins attentive à son activité littéraire, et je note chaque nouvelle parution dans un coin de ma tête, dans la catégorie "future lecture éventuelle". J'ai donc salué avec enthousiasme la proposition de mes copines des Bibliomaniacs de mettre le dernier Cusset au programme de notre prochaine émission !

C'est avec un a priori très positif que j'ai commencé L'autre qu'on adorait (oui, le but à peine voilé de cette longue introduction était bel et bien de vous avertir que je ne serais pas totalement objective dans mon billet). J'ai d'abord eu peur de la narration à la deuxième personne, mais je dois dire que cela fonctionne plutôt bien compte-tenu du sujet (je m'y suis en tout cas très vite habituée). Catherine Cusset use d'une écriture précise et factuelle, et la structure légèrement redondante et prévisible du récit crée une atmosphère envoûtante et hypnotique, qui favorise l'immersion du lecteur. J'ai lu le livre d'une traite (ou presque), sans parvenir à me détacher de cette histoire cruelle, dont se dégage une monotonie qui entre en résonance avec le côté tristement répétitif de la vie du personnage principal, dont le suicide est annoncé dès le prologue.

Thomas évolue dans un milieu culturellement favorisé, entre Paris et New York. Ses amis français sont normaliens, ses contacts américains sont professeurs ou doctorants, et son existence se déroule dans une relative oisiveté, entre concerts de jazz, visionnage de films d'auteurs, voyages et visites à son amie Catherine, la narratrice et soeur aînée de son meilleur ami Nicolas. Thomas n'est pas un nanti (sa mère est concierge), mais le garçon a de l'ambition, et rêve d'intégrer en tant que professeur l'une des prestigieuses universités de l'Ivy League, tout en devenant une référence dans le monde de la critique littéraire et cinématographique. La plus grande partie du livre se déroule par conséquent dans le milieu universitaire américain, un cadre romanesque que j'apprécie particulièrement (voir Alison Lurie ou David Lodge). C'est dans ce décor séduisant que Thomas connaîtra les tourments d'une lente et inexorable descente aux Enfers : rien ne se passe comme prévu dans la vie de ce jeune homme intelligent et séduisant, qui semblait pourtant destiné à un brillant avenir académique. Les désillusions s'accumulent, et Thomas se retrouve pris au piège de la spirale de l'échec, tandis que ses amis évoluent, mûrissent, se construisent un avenir et une famille...

La romancière s'adresse à son ami disparu, dont elle n'a pas toujours approuvé le comportement souvent excessif ou borderline : elle s'efforce de le comprendre, de ressentir sa vie intérieure, de donner un sens à ses actes. Elle compose ce faisant un portrait plein de vie, d'une grande intensité psychologique, et offre à travers ce roman une très belle description de la dépression. Thomas, procrastinateur bipolaire à la sensibilité exacerbée, s'enfonce dans la maladie jusqu'à atteindre le point de non-retour, et son histoire tragique mais tristement banale prend sous la plume énergique de Catherine Cusset des contours très romanesques. En dépit de quelques platitudes stylistiques, L'autre qu'on adorait se révèle très au-dessus de Chanson Douce d'un point de vue littéraire. Que ce dernier ait pu le coiffer au poteau lors de l'attribution du dernier Prix Goncourt me laisse songeuse (mais bon, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je n'accorde que peu d'importance à ce genre de prix, donc cela reste à mes yeux totalement anecdotique).

Je serais donc tentée de vous recommander sans réserve ce récit profondément addictif, mais l'honnêteté m'oblige à modérer quelque peu mon propos. Si j'étais très enthousiaste dans les vingt-quatre heures qui ont suivi ma lecture, je le suis un peu moins avec le recul, en toute objectivité.

Thomas Bulot est un personnage antipathique et vain, certes dépressif, mais qui passe son temps à se regarder le nombril, et se montre surtout incroyablement prétentieux et élitiste. Ses préoccupations sont celles de l'intellectuel parisien coupé des réalités. Comment s'apitoyer sur le sort de ce branleur grande gueule et immature, qui passe son temps à sortir, à profiter des autres, et se montre détestable avec ses conquêtes féminines ? Thomas est un ex-futur normalien qui n'en fiche pas une rame, et ne donne pas une image très glorieuse des doctorants en lettres...

Le fait que le personnage principal d'un livre ne soit pas sympathique n'est pas un problème en soi (au contraire, je trouve que cela peut être un atout et servir l'intrigue)... sauf qu'il s'agit ici d'une histoire vraie, dont le dénouement n'a rien de particulièrement réjouissant ! Le destin de Thomas devient dès lors totalement pathétique, et le lecteur est en droit de se demander quelle est la finalité de tout ça. Le portrait n'est guère flatteur, et je ne suis pas sûre d'adhérer totalement à la démarche, même si je ne doute pas que Catherine Cusset ait ressenti au plus profond d'elle-même le besoin viscéral d'écrire ce livre, par ailleurs très pudique, nuancé et sans pathos. Je crois surtout que j'ai un problème avec l'autofiction ! L'autre qu'on adorait est un "roman-vrai", dans lequel l'auteur/narrateur romance la vie de ses proches, et en comble les vides par le biais de son imagination. Catherine Cusset est l'un des seuls écrivains actuels que je suis prête à suivre sur ce terrain là (elle s'est déjà illustrée plusieurs fois dans ce domaine), mais le procédé a ses limites. Pour dire les choses clairement, L'autre qu'on adorait aurait probablement été un coup de coeur s'il s'était agi d'une fiction (il fonctionne parfaitement en tant que comédie de moeurs et chronique de la vacuité de l'existence), mais la nature intrinsèque de l'oeuvre fait que je suis un peu plus réservée. Mon ressenti demeure néanmoins plus que positif, et mon admiration pour Catherine Cusset intacte (ouf !).


Une lecture captivante, malgré quelques réserves.


samedi 4 février 2017

Génération - Paula McGrath




























Titre original : Generation
Traduction (irlandais) : Cécile Arnaud
Quai Voltaire, Editions de la Table Ronde, 2015/2017, 224 pages


La première phrase :

Tu te tiens à l'entrée du puits de mine, dont tu ne ressortiras pas avant quatre ans.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

Joe Martello est le propriétaire d’une ferme au cœur de l’Illinois – de ces grandes fermes bio où se croisent travailleurs clandestins et jeunes wwoofeurs venus d’Europe. C’est par une copine de bureau qu’Áine entend parler de ce trentenaire mal léché. Quelques échanges par Skype plus tard, elle se décide à le rejoindre pour passer un été loin du carcan de sa vie de jeune mère divorcée dans sa province irlandaise. Et tant pis si elle doit emmener sa petite Daisy. Mais, sur place, rien ne se passe comme prévu. Joe et la ferme sont remplis d’ombres – et pas seulement celles des chauves-souris qui pullulent au grenier : une mère prof de piano qui a noyé dans les kilos le souvenir des cris nazis, son petit élève prodige germano-japonais, une ancienne camarade de fac que Joe n’a pas l’air enchanté de revoir… Le jour où elle met la main sur un ordinateur caché, Áine comprend qu’elle doit rentrer au plus vite en Irlande. Des années plus tard, sa fille partie à Chicago sur les traces de son grand-père fera de nouveau tourner ce kaléidoscope de trajectoires brisées…


L'opinion de Miss Léo :

Voici un roman relativement court, qui ne paye pas de mine au premier abord, mais dont l'apparente simplicité recèle pourtant une profondeur insoupçonnée. J'ai été séduite par la construction de ce récit très épuré, dense et complexe à sa manière.

1958, 2010, 2016, 2027... Quatre époques, plusieurs continents et une multitude de personnages, entre lesquels la romancière irlandaise tisse des  liens parfois ténus. Paula McGrath esquisse une mosaïque de destins croisés, et construit une intrigue morcelée, succession de brèves rencontres et de scènes quotidiennes basée sur de nombreuses ellipses. Au lecteur de combler les vides du récit ! Génération est un roman très moderne, qui joue avec l'espace et le temps, tout en brassant avec brio une multitude de thèmes intemporels ou actuels. Il y est question de wwoofing, de marchés bio, de musique, de pédophilie, de migration, d'exploitation (que ce soit celle des femmes, des enfants ou des travailleurs immigrés), mais aussi (surtout !) de liens familiaux, de mémoire et de transmission intergénérationnelle. On peut y voir une fable sur la jeunesse, l'errance et la fiabilité des souvenirs.

L'auteur interroge la façon dont les traumatismes et les expériences vécus par chaque génération peuvent influencer la psyché et les choix de vie de la suivante. Entre espoir et désillusions, les personnages de Paula McGrath se cherchent, et finissent (parfois) par se trouver une raison d'être. Le style limpide, bien restitué par une excellente traduction française, et la narration parfaitement maîtrisée rendent la lecture captivante et extrêmement fluide, sans pour autant édulcorer les aspects les plus sombres du récit, à travers une écriture très visuelle, voire cinématographique. On se représente ainsi parfaitement la saleté de la ferme de Joe, sale type manipulateur et pervers chez qui se réfugie Áine le temps d'un été...

Pour résumer : à mi-chemin entre la comédie de moeurs, la chronique familiale et le roman noir, Génération est un premier roman surprenant, qui vous happe et vous intrigue. Les fragments d'histoires assemblés par Paula McGrath forment un ensemble remarquablement cohérent, qui prend tout son sens dans la dernière partie. La boucle est bouclée, et je n'avais qu'une seule envie après avoir terminé le livre : en relire les premières pages !


Un roman très fort, dans lequel tout se joue entre les lignes. Impressionnant !


D'autres avis chez : Albertine, Maeve, Cuné


mercredi 1 février 2017

Avec mon doigt... Le jardin [La bibliothèque de Mini-Lionceau #2]


Auteur : Fiona Watt
Illustratrice : Stella Baggott
Editions Usborne, 10 pages


Noël approchant, il fallut dénicher des cadeaux pour Mini-Lionceau. Quoi de mieux qu'un nouveau livre ?? C'est une nouvelle fois dans le catalogue Usborne que nous avons trouvé l'inspiration. Ce petit livre cartonné nous a tout de suite tapé dans l'oeil !

Au delà des illustrations toutes mignonnes aux couleurs vives et regorgeant de petits détails (animaux, fleurs, objets), c'est surtout le côté interactif de l'album qui nous a séduits. Le jardin est un livre tactile, constitué de creux, de reliefs et de rabats. L'enfant peut suivre avec son doigt le vol de l'abeille, celui de la coccinelle, ou encore le parcours souterrain du ver de terre. Il lui est également proposé de découvrir qui se cache derrière la tulipe, le pot de fleurs ou sous la motte de terre.



Mini-Lionceau a reçu ce livre il y a un mois, et il l'apprécie déjà beaucoup ! Il n'a que douze mois, et est encore bien loin d'en avoir épuisé toutes les richesses. 


Un beau livre tactile, riche en détails et joliment illustré.



jeudi 26 janvier 2017

Ce coeur changeant - Agnès Desarthe




























Points, 2016, 336 pages


La première phrase :

L'air est calme.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

Rose a vingt ans quand elle débarque à Paris. Sans le sou, des idéaux romanesques plein la tête, elle cherche sa place dans le monde. D’aventures en mésaventures, la jeune fille connaît la misère et l’opulence, la guerre et la vie de bohème, l’amour et la chute. Vivant à contre-courant, sans vraiment savoir ce qu’elle veut ni où elle va, Rose suit les mouvements de son cœur. Au risque de tomber.


L'opinion de Miss Léo :

J'ai reçu ce livre en tant que jurée du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points. Pour être honnête, j'espère bien qu'il ne gagnera pas !

Je n'ai guère été convaincue par ce roman initiatique au féminin, qui emprunte son titre à un vers d'Apollinaire. Le contexte était pourtant prometteur : le récit débute en 1887 à Sorø, dans une famille danoise haute en couleurs, et se poursuit à Paris entre 1909 et 1931. On suit le parcours de Rose, jeune ingénue déshéritée contrainte de lutter pour sa survie dans un monde hostile et crasseux.

Agnès Desarthe signe un roman sans âme, qui se révèle d'un ennui mortel. L'écriture possède sans doute des qualités, et l'atmosphère des lieux est généralement plutôt bien rendue, mais j'ai trouvé la narration effroyablement pompeuse, et pas du tout naturelle. On a la sensation que l'auteur se regarde écrire, ce qui ne produit rien de mieux qu'un exercice de style vide et prétentieux, qui maintient le lecteur à distance d'une intrigue peu crédible et bien trop décousue. Les personnages secondaires sans consistance ne sont guère plus séduisants que l'héroïne niaise et insipide, dont la vie se résume à une accumulation de catastrophes et de déboires sentimentaux. Trop de misérabilisme tue le misérabilisme (n'est pas Zola qui veut) ! On assiste alors à une succession de péripéties romanesques sans intérêt, qui frisent parfois le grotesque, et dont on se demande quelle est la finalité ultime (je cherche d'ailleurs toujours quelles pouvaient bien être les intentions de l'auteur à travers ce roman). 

J'ai parfois senti naître en moi un léger regain d'intérêt, mais celui-ci n'a jamais duré plus de quelques pages d'affilée, Agnès Desarthe se débrouillant pour tuer dans l'oeuf la moindre lueur d'enthousiasme. La froideur de l'écriture et la construction alambiquée ont fini par avoir raison de ma patience, et ma lecture s'est transformée en long calvaire. J'ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman, que j'ai finalement refermé avec un soulagement certain. Pas sûre de relire un jour du Agnès Desarthe !


Un roman froid et décousu, auquel je n'ai pas du tout accroché.


La première sélection du PMR 2017

























mercredi 18 janvier 2017

Mon tout premier livre en tissu [La bibliothèque de Mini-Lionceau #1]


Auteur : Fiona Watt
Illustratrice : Stella Baggott
Editions Usborne, 10 pages


L'une de mes plus grandes joies après la naissance de Mini-Lionceau fut de pouvoir commencer à lui acheter... des livres !!! Je me suis tout naturellement tournée vers les éditions Usborne, dont le catalogue me fait de l'oeil depuis quelques années (j'adore les graphismes et les couleurs de leurs livres d'éveil). Mon choix s'est d'abord porté sur ce petit livre en tissu, auquel mon fils s'est très vite intéressé.

Il n'avait même pas trois mois lorsque nous avons commencé à le regarder avec lui, mais les illustrations colorées un brin psychédéliques ont rapidement su capter son attention. La couverture et les deux premières doubles-pages sont superbes (ce sont nos préférées) ! On suit en fil rouge un petit panda, ce qui permet de raconter de jolies histoires : Petit Panda batifole parmi les papillons, Petit Panda se fait piquer par une guêpe et meurt d'une allergie, Petit Panda à la rencontre de ses amis les poissons, Petit Panda prend du LSD et en voit de toutes les couleurs... De quoi varier les plaisirs.

Le livre a pendant longtemps joué un rôle apaisant pour Mini-Lionceau, qui aimait le toucher, le triturer et le retourner dans tous les sens, apprenant peu à peu à en tourner lui-même les pages. La page des poissons est une page crissante, ce qui a beaucoup plu à mon fils. Cerise sur le gâteau : le livre est muni d'une grande étiquette, très agréable à tripoter et suçoter. 

Pour résumer : je suis on ne peut plus ravie de cette acquisition.

Un très beau livre pour les tous-petits !