jeudi 5 mars 2015

A la vie, à la mort - Colette McBeth




























Titre original : Precious Thing
Traduction (anglais) : Anath Riveline
Les Escales Noires, 20113/2015, 327 pages


La première phrase :

Officiellement, je ne pense plus à toi.


L'histoire :
(résumé de la quatrième de couverture)

Meilleures amies depuis l'adolescence, Rachel et Clara se sont promis qu'elles le resteraient à vie. Une dizaine d'années plus tard, elles sont toujours proches mais les liens qui les unissaient se sont distendus.

Rachel poursuit une brillante carrière à la télévision et mène une vie stable avec son compagnon ; Clara, elle, peine à trouver son équilibre et se fait plus distante.

Quand Rachel doit couvrir la disparition d'une jeune femme, elle découvre avec stupeur qu'il s'agit de Clara. La journaliste se lance à sa recherche, au risque d'exhumer les secrets du passé.


L'opinion de Miss Léo :

J'aime les bons thrillers, aussi me suis-je laissée tenter sans trop d'hésitation par ce premier roman britannique, malgré le manque flagrant d'originalité du titre français (déjà partagé par au moins deux autres romans de ma connaissance, ce qui en dit long sur le manque d'imagination de l'éditeur, du traducteur et/ou du responsable marketing). 

A la vie, à la mort a souvent été comparé au formidable Gone Girl (Les Apparences), flamboyant best-seller au succès amplement mérité. Cette filiation supposée est d'ailleurs utilisée comme principal argument de vente par l'éditeur français, puisque le livre est orné d'un bandeau annonçant tout de go qu'avoir aimé le premier ne laisse aucun doute sur nos chances d'adorer le second (si le Sunday Times le dit, alors il n'y a plus qu'à s'incliner). Soyons honnêtes : j'ai tendance à me méfier des comparaisons hasardeuses, à plus forte raison lorsque je tiens l'auteur de l'original en très haute estime (comme c'est le cas avec Gillian Flynn, dont j'ai adoré les trois romans publiés à ce jour). Il n'en demeure pas moins que la référence à cet illustre modèle a parfaitement atteint son objectif, puisque c'est avec une réelle curiosité que j'ai entamé la lecture de ce thriller psychologique, espérant y retrouver l'essence de ce qui m'avait tant plu dans Gone Girl.

Les deux ouvrages présentent de toute évidence quelques similitudes. Colette McBeth bâtit son intrigue autour d'une amitié fusionnelle et dévastatrice, là où Gillian Flynn s'attachait à disséquer une relation de couple déliquescente. Les personnages principaux ne sont pas nets, et se montrent terriblement égoïstes, voire franchement malsains, quand ils ne basculent pas purement et simplement dans la folie. Les deux romans s'ouvrent tous deux sur la disparition mystérieuse de l'une des protagonistes du drame, et ont également en commun une narration ambiguë, suscitant davantage de questions qu'elle n'offre de réponses. La comparaison s'arrête là, et force est de constater que celle-ci ne tourne pas forcément à l'avantage de la romancière anglaise. Cette dernière signe en effet un roman efficace et rythmé (je l'ai lu d'une traite et sans déplaisir), qui se révèle toutefois bourré de défauts. Je n'ai jamais cru à la relation entre Rachel et Clara, qui m'a dès le départ semblé quelque peu surjouée. Cette amitié "pour l'éternité" est pourtant au coeur de l'écheveau assemblé par l'auteur, laquelle réussit par moments à traduire avec finesse les errements sentimentaux des deux héroïnes, unies à jamais dans une terrible et envahissante relation amour/haine qui les poursuivra jusqu'à l'âge adulte.

Le mode de narration m'a passablement agacée. La journaliste Rachel écrit une (longue) lettre à son amie disparue, qu'elle prend à parti et interpelle constamment par son prénom. Le ton larmoyant de son témoignage la rend assez antipathique, d'autant plus que l'on comprend très vite que son récit rédigé a posteriori n'est pas totalement fiable, et qu'il ne nous livre qu'une vision parcellaire (voire remaniée ?) des faits. Ce choix narratif trouve sa justification dans les dernières pages du roman, mais n'en demeure pas moins pénible, et à moins avis mal exploité. On se doute que Rachel dissimule des choses, mais cela ne donne lieu à aucune rupture franche dans le déroulement de l'intrigue, laquelle évolue de façon très linéaire, malgré la présence de flash-backs évoquant la naissance de l'amitié des deux adolescentes. Il est dommage que Colette McBeth ne se soit contentée que d'un seul point de vue, là où la force de Gone Girl résidait justement dans la juxtaposition de deux versions contradictoires.

Il en résulte une intrigue bien menée, mais de mon point de vue un peu terne, les enjeux dramatiques étant malheureusement noyés dans un trop plein d'invraisemblances. Je me suis néanmoins prise au jeu, séduite par la plume agréable de la romancière, m'attendant à ce que l'histoire prenne à tout moment un tour inattendu. Las ! Les "rebondissements" se révèlent décevants, et l'ensemble manque cruellement de suspense, à l'image des derniers chapitres, plats et sans saveur. Il est par ailleurs regrettable que Colette McBeth ait cru bon de nous révéler des secrets de famille totalement inutiles et téléphonés, que je n'ai guère appréciés (l'intrigue tenait plutôt bien la route jusqu'à cet instant, mais ce grand déballage familial m'a profondément déçue, car j'espérais davantage de subtilité).

A la vie, à la mort est en quelque sorte le Gone Girl du pauvre, et Gillian Flynn demeure à mon sens très supérieure, de par son écriture viscérale, son sens aiguisé de la construction dramatique, et sa capacité à créer des personnages excessifs et totalement assumés, que l'on adore détester. Rachel et Clara font pâle figure face à Amy, et le dénouement profondément immoral de Gone Girl était autrement plus satisfaisant que la bien timide (et hautement prévisible) résolution proposée par Colette McBeth. Cela reste somme toute assez gentillet...

Je relis ma critique, et je m'aperçois que celle-ci comporte essentiellement des reproches. Je suis peut-être un peu sévère, car A la vie, à la mort n'est pas non plus un mauvais roman, à condition de ne pas trop en attendre. Le style est fluide, l'ambiance correctement restituée, et je ne me suis pas ennuyée en le lisant (ce qui est à n'en douter un point très positif). L'intrigue séduira probablement les néophytes, mais se révélera en revanche sans surprise pour un lecteur averti, habitué aux retournements de situation des thrillers psychologiques. J'espérais mieux, mais je n'oublie pas qu'il s'agit là d'un premier roman plutôt encourageant, malgré mes réserves. 

Passons maintenant aux choses qui fâchent : ma sensibilité a plusieurs fois été heurtée par quelques très grosses fautes d'orthographe, qui m'ont littéralement fait bondir ! Ce n'est pas la première fois que je râle à ce sujet, aussi vais-je me contenter de réitérer cet appel : mais que font les relecteurs correcteurs ???


Un thriller psychologique plaisant, qui ne me laissera cependant pas un souvenir impérissable.


Roman chroniqué dans le cadre de ma participation au Club de Lecture des éditions Les Escales.


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Mort.

mardi 3 mars 2015

Swap "Un livre, un peintre" : les colis !


Bienvenue dans le monde merveilleux et coloré des swaps.

Exercice amusant et convivial, mais aussi hautement périlleux et surtout profondément anxiogène (mon colis sera-t-il à la hauteur des attentes de ma swappée ???), le swap fait partie de ces curiosités que les non-blogueurs ne peuvent pas comprendre, dont le but principal demeure à mes yeux d'approfondir une relation virtuelle, la conception du colis n'étant qu'un prétexte pour échanger et faire plus ample connaissance avec une collègue blogueuse. 

Je n'avais swappé que deux fois depuis la création de Bébé Blogounet. Préparer un colis personnalisé rempli de petites attentions demande du temps (que je ne possède hélas pas toujours), c'est pourquoi j'ai attendu presque deux ans avant de renouveler l'expérience. Il faut dire que le thème proposé par Lamousmé était particulièrement alléchant. Des livres et des objets en rapport avec la peinture : difficile de ne pas être satisfait !

J'ai moi-même choisi ma binôme, la pétillante Laure de MicMélo, laquelle m'a fait l'immense plaisir d'accepter ma proposition. Nous avons très vite convenu qu'il serait bon de nous rencontrer pour échanger nos colis, plutôt que de perdre de précieuses minutes à la Poste pour les envoyer.

Et hop ! A peine avions nous eu le temps de dire "swap" que le grand jour tant attendu pointait déjà à l'horizon de notre emploi du temps surchargé (Comment ??? Déjà ?????? Mais je ne serai jamais prête à teeeemps !!!!!!!!!!!). C'est sous une mini-averse de grêle que je suis arrivée au lieu de rendez-vous. J'ai tout de suite reconnu Laure, grâce à de subtils détails que je ne vous révélerai pas ici. ^^

Nous avons passé une très agréable soirée, arrosée comme il se doit de quelques margaritas et autres mojitos (ce n'est tout de même pas de ma faute si je deviens nettement plus bavarde avec quelques milligrammes d'alcool dans le sang ??). Je suis toujours surprise par la facilité et la spontanéité avec lesquelles s'établit le contact lors de ces premières rencontres entre blogueuses. Laure est à l'image de son blog : chaleureuse et accueillante, sans aucune prétention. Nous ne nous connaissions pas, mais j'ai eu la sensation de retrouver une amie de longue date, que j'aurai d'ailleurs plaisir à revoir IRL dès que l'occasion s'en présentera.

Vint ensuite le moment de découvrir nos cadeaux.





Mais que peut donc bien contenir ce très joli petit sac immaculé ?


Des gourmandises...



Mon goût pour le chocolat noir et le caramel n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde ! J'ai donc reçu une boîte de cookies de La Mère Poulard, une boîte de caramels Angelina, un petit pot de berlingots et deux tablettes de chocolat noir Lindt Excellence (mon préféré !). Je m'en pourlèche déjà les babines.


Des livres...




Laure a choisi quatre ouvrages de ma wish-list, que je souhaitais depuis longtemps découvrir. Je suis ravie, et espère pouvoir les lire très prochainement.


Des objets autour du thème...



















Je suis déjà totalement fan de mon cahier "Nymphéas" à la jolie couverture, sur lequel je vais pouvoir écrire tout un tas de choses complètement inutiles passionnantes ! Je suis également très contente d'avoir reçu ce petit fascicule de cartes détachables, grâce auquel je vais enfin pouvoir me mettre au coloriage (encore faudrait-il que je me rachète des crayons de couleur dignes de ce nom, car les miens sont usés jusqu'à l'os).

Vous aurez sans doute remarqué la carte florale joliment coloriée trônant en bonne place au centre de la photo. Il ne s'agit ni plus ni moins que de la création artistique de Laure, qui obéit ainsi aux consignes fixées par Lamousmé, organisatrice du swap. Celle-ci avait en effet suggéré que les colis contiennent chacun une "oeuvre d'art" réalisée par nos soins. J'ai tout de suite prévenu Laure que je n'étais pas douée en travaux manuels, et qu'il était hors de question que je me lance dans la réalisation d'une peinture hideuse, ou autre création artistique humiliante d'un goût douteux. Par chance, celle-ci ne semblait pas non plus emballée par cet exercice imposé, aussi avons nous décidé de jouer le jeu, mais à notre niveau, c'est-à-dire celui d'un enfant de CM2 ! ^^


Pour voir ce que j'ai offert à Laure : c'est ici.


Merci beaucoup Laure pour ce swap plein de générosité ! J'ai apprécié nos échanges, et je penserai à toi en dégustant mes caramels.


dimanche 1 mars 2015

Le grand concours des trois ans




(Un peu de patience, le concours arrivera en fin de billet.)


Trois ans !!!

Les années passent, et le blog est toujours actif, bien que je ne sois plus aussi régulière que lors des premiers mois. J'ai lu plus de cent-dix livres durant l'année écoulée, dont les deux tiers seulement ont été chroniqués (c'est peu, mais je doute de pouvoir améliorer ce ratio dans les mois à venir, qui s'annoncent tout aussi chargés que les précédents).

Merci à tous pour votre fidélité. Je lis vos commentaires avec intérêt, même si je ne prends pas toujours le temps d'y répondre (il est vrai que je les découvre souvent via mon smartphone ultra-sophistiqué, depuis lequel il m'est pratiquement impossible de publier quoi que ce soit sur le blog ; bien sûr, je pourrais devrais faire l'effort d'y revenir plus tard, une fois tranquillement installée devant mon ordinateur, mais j'ai tendance à procrastiner, et je finis généralement par oublier). Bref, je suis du genre dilettante, mais je n'en prends pas moins beaucoup de plaisir à échanger avec vous, que ce soit sur les blogs ou sur mon profil Facebook.

J'ai donc la joie de vous annoncer que je rempile pour (au moins) une année supplémentaire. (Ovation de la foule) (Vous n'espériez tout de même pas vous débarrasser de moi aussi facilement ??)


Je profite également de ce passionnant billet pour dresser un bilan non exhaustif de mes lectures de ces derniers mois.


Les coups de coeur de l'année

































Le roman pour filles que j'ai aimé (contre toute attente)














J'ai lu avec plaisir ce roman sympathique et distrayant, écrit par une ancienne blogueuse (on ne peut pourtant pas dire que la chick-lit soit ma tasse de thé).



Les livres que j'ai aimés... 
  ... mais que je n'ai pas eu le temps de chroniquer !
























  • Bag of Bones (Stephen King) : un bon cru de Stephen King (auteur par ailleurs très inégal), centré sur un beau personnage d'écrivain endeuillé ; j'ai passé un bon moment, malgré quelques longueurs.
  • Les falsificateurs (Antoine Bello) : un roman français inclassable et remarquable, qui vous fera découvrir les agissements du mystérieux Consortium de Falsification du Réel ; j'ai adoré (et je dois lire la suite très prochainement) !
  • Eloge de la pièce manquante (Antoine Bello) : un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), qui vous ouvrira les portes du petit monde des compétitions de puzzle de vitesse. J'ai adoré aussi !
  • Terrienne (Jean-Claude Mourlevat) : de la très bonne SF jeunesse !
  • Betty (Arnaldur Indridason) : Arnaldur sans Erlendur, dans un roman noir de bonne tenue.
  • Kinderzimmer (Valentine Goby) : une belle histoire de camp de concentration un roman poignant et extrêmement bien écrit.
  • La séparation (Christopher Priest) : une uchronie comme je les aime (et si les forces de l'Axe avaient gagné la guerre ?), et un très grand auteur de science-fiction !
  • The Man in the High Castle (Philip K. Dick) : idem (mais parfois très hermétique).
  • The Lewis Man (Peter May) : deuxième tome de la formidable trilogie de Lewis, lu cet été en Ecosse, avec un remarquable sens de l'à-propos.
  • Mon ami Dahmer (Derf Backderf) : belle découverte que ce roman graphique, qui nous conte l'adolescence d'un futur serial-killer, mise en images par l'un de ses anciens camarades de classe.


Le livre que si j'aurais su, j'aurais pas lu 
  (aka navet planétaire dégoulinant)













(désolée pour cette attaque gratuite, je n'ai pas pu m'en empêcher)



Et maintenant, il est temps de passer au...


Concours


Je vous propose donc de jouer pour gagner... des livres (quelle surprise) !











1er lot : La Folle du logis, de Rosa Montero (chronique ici)
2ème lot : Monsieur le Commandant, de Romain Slocombe (chronicle here)
3ème lot : Le Roi transparent, de Rosa Montero (chronique )
4ème lot : Eloge de la pièce manquante, d'Antoine Bello (non chroniqué, mais très original)


Ce concours est ouvert à la France métropolitaine et à la Belgique. Les livres seront achetés et envoyés par mes soins ; je ne saurais en aucun cas être tenue pour responsable si la Poste venait à perdre une ou plusieurs enveloppes.

Ce concours est exclusivement réservé aux personnes avec lesquelles j'ai déjà eu l'occasion d'échanger, fût-ce brièvement, que ce soit par l'intermédiaire du blog, de la page Facebook... ou dans la vraie vie (oui, cela m'arrive aussi). 

Je clôturerai les inscriptions le vendredi 13 mars 2015 à 23h59, et procéderai ensuite au tirage au sort (effectué sous contrôle d'huissier), qui désignera les quatre gagnants. 

Pour participer :
- Envoyez-moi un mail à l'adresse suivante :  medarcyandi@gmail.com 
- Objet du mail : Concours des trois ans
- Répondez aux trois questions ci-dessous.
- Indiquez votre nom et/ou votre pseudo, ainsi que votre adresse postale.
- N'oubliez pas de me préciser pour quel(s) livre(s) vous souhaitez concourir !

Les questions (très très difficiles) : 

1°) Quel est mon écrivain espagnol préféré (en dehors de Rosa Montero) ?
          a- Iker Casillas
          b- Jose Carlos Somoza
          c- Rafael Nadal 

2°) Quel est le nom du détective créé par Arnaldur Indridason ?
          a- Erlendur Sveinsson
          b- Oeufdur Sveinsson
          c- Björk Gudmundsdottir

3°) Où la trilogie écossaise de Peter May se déroule-t-elle ?

          a- En Corse
          b- Sur l'île d'Yeu
          c- Sur l'île de Lewis


Bonne chance à tous !
N'hésitez pas à relayer l'information.

samedi 28 février 2015

Aide-moi si tu peux - Jérôme Attal



















Robert Laffont, 2015, 265 pages


La première phrase :

Au départ, quand j'ai su que j'entrais dans la profession, je me voyais déjà intervenir contre tout ce qui me ruine le moral : l'abruti d'automobiliste qui sur une autoroute se croit malin en vous doublant par la droite, le cycliste qui jaillit sur un trottoir en contresens ou ne respecte pas les feux tricolores, le piéton qui crache par terre comme si la voie publique méritait qu'on la provoque en duel ou la bande de bipèdes de sexe masculin qui ne peut pas s'empêcher de faire une réflexion graveleuse au passage d'une jolie femme.


La quatrième de couverture :

Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...


L'opinion de Miss Léo :

Help me if you can...

Les amateurs de musique pop auront sans doute reconnu l'allusion (qui m'a également fait penser au titre du film de Spielberg, lequel n'a absolument rien à voir avec le schmilblick). Pour les autres : il faut de toute urgence revoir vos classiques !

Voici quoi qu'il en soit un bien sympathique roman, né de la plume de Jérôme Attal, un écrivain et parolier français dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à ce jour, bien que ce dernier semble déjà bénéficier d'une certaine renommée. Très distrayant, drôle la plupart du temps, Aide-moi si tu peux séduit par son ton décalé, ainsi que par son côté madeleine de Proust. Le personnage principal, à peine plus âgé que moi, n'en finit pas de se remémorer les flamboyantes années 80 de son enfance, et les très nombreuses références qui émaillent le récit jouent sur la fibre nostalgique, créant ainsi une connivence immédiate avec le lecteur.

Stéphane Caglia n'est vraiment pas un flic comme les autres. Constamment irrité (pour ne pas dire exaspéré) par l'impolitesse et le manque d'éducation de ses contemporains, durablement marqué à l'adolescence par la mort prématurée de son père (un homme très courageux), le jeune enquêteur évolue dans une sorte d'univers mental parallèle, et ne rate pas une occasion d'évoquer ses souvenirs d'une époque révolue, qu'il n'a semble-t-il jamais quittée.

" Je peux vous demander quelque chose, Prudence ? Vous êtes de quelle année ?
  - 1983.
 - Formidable, m'écriai-je. L'année de la sortie mondiale du clip de "Thriller", et donc, de sa première diffusion en France !" (page 81)


Mon idole de jeunesse
















Voitures à friction, improbables chanteurs has-been façon Bonnie Tyler ou François Feldman, chefs d'oeuvre impérissables du Septième Art, allant de Karaté Kid à Highlander en passant par The Breakfast Club, sans oublier les emblématiques jeux électroniques Game & Watch... Tout y passe ! Stéphane ne jure que par le Seven Up et le Malibu, et arbore fièrement son T-shirt Albator, tandis que retentit la sonnerie "Boule de Flipper" de son téléphone portable.



















Le lecteur évolue donc en terrain familier, et je dois dire qu'il est bien difficile de ne pas se prendre au jeu d'une intrigue policière par ailleurs correctement menée, dont l'entrée en matière a le mérite d'être efficace (j'ai pour ma part été très agréablement surprise par les premières pages). La plume de l'auteur est agréable, et la gouaille du narrateur séduit. Stéphane Caglia joue les durs, ce qui dissimule une personnalité névrosée, guère en phase avec son environnement. Il règne une incompréhension mutuelle entre Stéphane et sa collègue rouquine anglaise Prudence Sparks, laquelle se fiche éperdument des années 80 (allez savoir pourquoi). Derrière l'humour potache se cache une vraie sensibilité, et j'ai apprécié le côté lunaire de certains personnages, donnant lieu à des situations cocasses et des dialogues parfois surréalistes. Il se dégage par moments une certaine forme de poésie décalée de ce roman attachant, dont l'histoire se déroule à deux pas de chez moi (dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines).

Bien sûr, on frôle souvent la caricature, et les références se font parfois trop insistantes. Si j'ai aimé suivre le déroulement de l'enquête sur la disparition de Tamara, lycéenne spécialisée dans les reprises des Beatles sur Internet, j'ai en revanche été moins convaincue par les scènes dans lesquelles le policier se retrouve confronté à des truands, tout droit sortis de la mystérieuse organisation criminelle du Souterrain stellaire (dont la nature et les objectifs demeurent assez mystérieux dans le roman). J'ai trouvé que cela n'apportait pas grand chose au récit. Ces quelques réserves mises à part, Aide-moi si tu peux demeure néanmoins une lecture très agréable, portée par le style dynamique de Jérôme Attal, dont je lirai volontiers les précédents romans.


Un roman dynamique et plein d'humour, qui vous fera passer un très agréable moment. Vivent les 80's !


Livre lu et chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Robert Laffont.

vendredi 27 février 2015

Tolstoï, oncle Gricha et moi - Lena Gorelik
























Titre original : Die Listensammlerin
Traduction (allemand) : Amélie de Maupeou
Les Escales, 2013/2015, 342 pages


La première phrase :

On s'habitue à tout, même à la peur.


La quatrième de couverture :

Sofia écrit des listes, partout et tout le temps : les diminutifs gênants, les phrases qu'elle aurait souhaité ne jamais avoir dites ou les restaurants les plus mauvais. Une obsession qui lui permet d'affronter un quotidien morose : sa fille de deux ans et demi doit se faire opérer du coeur pour la troisième fois, Alzheimer emporte peu à peu sa grand-mère, et ce n'est certainement pas sa mère, grande collectionneuse d'autocollants Panini et adoratrice de Tolstoï, qui peut lui apporter son aide.

De ses origines russes, la jeune femme ne sait que très peu de choses. C'est en trouvant chez sa grand-mère de mystérieuses listes écrites en cyrillique qu'elle découvre l'existence de Gricha, un oncle dont elle ignorait tout. Qui était cet homme passionné, fougueux et marginal ? À travers lui, l'histoire familiale de Sofia se dévoile peu à peu pour livrer ses plus lourds secrets.



L'opinion de Miss Léo : 

Un roman allemand contemporain, une famille immigrée marquée par l'histoire de la Russie post-stalinienne, une héroïne obsédée par les listes qu'elle rédige quotidiennement pour calmer ses névroses... Tout cela me paraissait totalement "Miss-Léo-compliant", bien que je ne sois pas très fan du titre français, que je trouve lourd et tiré par les cheveux. Il est vrai que je suis friande de culture germanique, et que je m'intéresse depuis toujours à l'histoire de l'URSS, laquelle n'en finit pas de me fasciner.

Dernier ouvrage d'une jeune journaliste allemande d'origine russe, Tolstoï, oncle Gricha et moi est un roman bourré de qualités, qui se distingue avant tout par sa capacité à restituer avec finesse et subtilité la psychologie des personnages. Je suis très vite tombée sous le charme de Sofia, narratrice attachante au comportement terriblement réaliste. Lena Gorelik crée un très beau personnage féminin, que l'on prend plaisir à suivre tout au long de cette chronique familiale intimiste. Sofia est écrivain, réside à Munich, et vit dans l'angoisse de voir mourir sa petite Anna, née avec une malformation cardiaque. Elle doit également se résoudre à voir peu à peu décliner sa grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, et ne peut guère compter sur le soutien de sa propre mère, avec laquelle la communication s'est toujours révélée extrêmement difficile (nous aurons l'occasion d'en reparler plus loin). Voilà qui ressemble fort à un sujet plombant, cependant traité avec beaucoup de justesse et sans pathos par la romancière, laquelle contourne brillamment les écueils pour esquisser le portrait d'une jeune femme dynamique et pleine d'énergie, qui ne se laisse jamais abattre, en dépit des doutes qui l'assaillent souvent. Sofia est loin d'être parfaite, et se dépeint volontiers comme une mauvaise mère. Ne serait-elle pas tout simplement humaine ? J'ai trouvé très sympathique le couple qu'elle forme avec Flox, le père de son enfant : tous deux aiment voyager, et mènent une vie commune basée sur le respect et la confiance, malgré la maladie d'Anna. Sofia trouve également un certain réconfort dans la rédaction de ses listes : "Je suis lâche", "Mesures éducatives douteuses", "Scènes de ma vie dignes d'un film", "L'héritage soviétique de ma mère"... Toute la vie de la jeune femme semble résumée au travers de ces énumérations, jugées très inquiétantes par certains, mais qui m'ont (vous vous en doutez) beaucoup plu ! D'ailleurs, je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de mal à faire des listes. ^^

Et en plus, c'est de famille ! Figurez-vous que notre amie Sofia possède un oncle Gricha dont elle ignore totalement l'existence, lui aussi féru de listes en tous genres. Le lecteur découvre peu à peu la biographie de ce personnage atypique et flamboyant, auxquels sont dédiés la moitié des chapitres du roman. La construction alternée permet d'établir une filiation entre Sofia et Gricha, les bribes de souvenirs d'enfance de la jeune femme et les tranches de vie du présent entrant ainsi en résonance avec les jeunes années de l'oncle inconnu, dont la personnalité fascinante et peu conventionnelle se heurte à l'intolérance et aux privations de l'Union Soviétique post-stalinienne. Les goulags tournent à plein régime, et les dissidents n'ont qu'à bien se tenir ! L'auteur met en avant l'importance des liens familiaux et amicaux, qui soudent les individus dans cet environnement peu engageant, où la peur hante encore trop souvent les esprits.

Je ne suis généralement pas fan des secrets de famille en littérature (j'ai souvent été déçue !), et je suis surtout très lasse de ces romans dans lesquels les blessures du passé se transmettent de génération en génération, empêchant les descendants de vivre leur vie et d'entretenir des relations normales avec leur entourage. Lena Gorelik se montre heureusement plus subtile que bien d'autres auteurs contemporains, et j'ai trouvé que les révélations étaient cette fois plutôt bien amenées, sans que la découverte de l'existence de Gricha n'ait un impact excessif sur le destin de Sofia. Ce coup de théâtre inattendu l'aide en revanche à comprendre le comportement étrange de certains membres de sa famille, notamment celui de sa mère Anastasia, qui semble avoir occulté tout un pan de sa vie d'autrefois. Cette fan de Leon Tolstoï entretient un silence oppressant, préférant s'adonner à des activités futiles telles que la collection d'images Panini de joueurs de football plutôt que d'affronter les fantômes du passé. Encore un personnage bien croqué par la romancière, qui n'a pas son pareil pour mettre en lumière les comportement de fuite ou d'évitement ! Les non-dits s'accumulent, et la mémoire familiale semble condamnée à disparaître avec les neurones de la malheureuse grand-mère, cuisinière émérite aux petits soins pour ses enfants et sa petite-fille.

J'ai aimé la superposition des deux récits, mais je reconnais toutefois avoir été un peu moins convaincue par les chapitres consacrés à l'oncle Gricha, intéressants mais plus brouillons que la partie contemporaine. Le style très pudique de Lena Gorelik contribue à maintenir le lecteur à distance, et il m'a fallu du temps pour m'adapter à cette construction : j'ai trouvé que les transitions manquaient de fluidité, et que les deux versants de l'histoire ne s'emboîtaient pas toujours très bien l'un dans l'autre, surtout dans la première moitié du roman. J'aurais préféré rester sur l'histoire de Sofia, et j'ai à plusieurs reprises été frustrée de devoir l'abandonner en cours de route ! Ce sentiment s'est néanmoins estompé par la suite, et je dois admettre que l'ensemble forme un tout très cohérent, parfaitement maîtrisé jusqu'au dénouement.

Pour résumer : j'ai été touchée par ce roman subtil et empathique, qui aborde de nombreuses thématiques, et parvient à nous émouvoir sans pour autant verser dans le larmoyant. Lena Gorelik semble avoir beaucoup de tendresse envers ses personnages, et construit une famille attachante, quoique parfois dysfonctionnelle. Les scènes de la vie quotidienne sont esquissées avec talent, qu'il s'agisse d'une visite à l'hôpital ou à la maison de retraite, ou encore d'un repas de famille chez la mère. On peut d'ailleurs se demander quelle est la part d'autobiographie dans tout ça... 

Je guetterai pour ma part les futures publications de cette jeune romancière, car ce récit m'a beaucoup plu. Je découvre peu à peu la toute jeune maison d'édition Les Escales, dont les choix éditoriaux me semblent plutôt en phase avec mes goûts et mes attentes du moment. J'ai ainsi eu l'occasion d'emprunter à la bibliothèque et de lire tout récemment deux autres romans allemands, que j'ai également appréciés (il est d'ailleurs grand temps que je remette sérieusement à l'allemand, pour pouvoir un jour découvrir ces écrivains dans leur langue originale) (l'espoir fait vivre).




Le russe aime les bouleaux, d'Olga Grjasnowa, et Quand la lumière décline, d'Eugen Ruge : deux romans séduisants et bien écrits, mais je ne sais pas s'ils laisseront une trace durable dans mon esprit, sachant que mes souvenirs commencent déjà à s'estomper. J'ai tout de même une préférence pour le second. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que la plupart de ces nouveaux auteurs sont d'origine étrangère. Les problèmes identitaires et l'héritage culturel sont par conséquent au coeur de la littérature allemande contemporaine.



Un roman pudique et bien construit, porté par de beaux personnages à la psychologie finement rendue. A découvrir !


Livre chroniqué pour le Club de Lecture des Escales.


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Prénom.

mardi 24 février 2015

La Folle du logis - Rosa Montero



Titre original : La Loca de la casa
Traduction (espagnol) : Bertille Hausberg
Métailié, 2004, 201 pages


La première phrase :

J'ai pris l'habitude de classer les souvenirs de ma vie à partir du calendrier de mes amours et de mes livres.


L'histoire :
(extrait remanié de la quatrième de couverture)

La romancière et journaliste Rosa Montero invite le lecteur à un surprenant voyage entre vérité et fiction, mêlant allègrement la littérature et la vie en un cocktail excitant de biographies d'écrivains et d'anecdotes tirées de ses propres souvenirs.

A travers un panorama des folies et des faiblesses d'auteurs comme Melville, Goethe, Tolstoï ou M. Amis, ou bien des mécanismes de la passion amoureuse dont elle est elle-même la proie, elle bouscule le lecteur ravi. Elle lui propose une analyse des peurs et des névroses des romanciers, mêlée au récit des aventures et des tours cocasses que sa propre imagination lui a souvent joués.


L'opinion de Miss Léo :

"L'imagination est la folle du logis" Sainte Thérèse d'Avila

Génial ! Je ne trouve pas d'autre qualificatif pour exprimer mon enthousiasme. Rosa Montero m'avait déjà séduite au travers de ses romans, et c'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers cet essai, jugé brillant par la plupart des fans de l'auteur madrilène. Je l'ai tellement aimé que j'en viens à me demander pourquoi je ne l'ai pas sorti plus tôt de ma PAL (il faudrait que je redéfinisse mes priorités pour l'année à venir). Quoi de plus réjouissant en effet que de se laisser porter par la plume jubilatoire et limpide de la talentueuse conteuse espagnole, laquelle brode autour du thème de l'imagination et de la création littéraire pour nous offrir un récit dense et malicieux, érudit et cependant très accessible ?

Ecrit avec passion, nourri de références et de citations empruntées à divers écrivains du Panthéon littéraire de Rosa MonteroLa folle du logis se lit comme un roman, sans que la réflexion ne devienne jamais pesante ou inutilement démonstrative. On croit d'abord avoir affaire à un essai partiellement autobiographique et fourmillant d'anecdotes personnelles, dont le récit circonstancié servirait de point de départ à une exploration approfondie des affres de l'écriture et des origines mystérieuses de l'inspiration. La romancière semble puiser dans ses propres expériences, tantôt banales, tantôt étranges, voire traumatisantes, pour illustrer ou étayer son propos, expériences qu'elle met ensuite en perspective avec les biographies et les techniques de travail des grands romanciers des siècles passés, construisant ainsi une vaste mosaïque dont l'assemblage finit par former un tout remarquablement cohérent, qui plus est d'une grande richesse thématique.

La "folle du logis" du titre n'est autre que l'imagination, laquelle se révèle la plupart du temps facétieuse et imprévisible, et par conséquent source de désordre et de tourments. Rosa Montero explore avec intelligence l'influence de ce Daemon intérieur sur l'écriture : intimement liée aux peurs et aux névroses de l'individu, celle-ci se nourrit également de souvenirs conscients ou inconscients, mais aussi de rêves délirants ou de drames passionnels, qui fournissent la matière nécessaire à l'auteur de fiction en quête d'inspiration.

La relation de l'écrivain avec son oeuvre et le processus de création sont ici envisagés sous différents angles. L'écrivain sous l'emprise de drogues... L'écrivain adulé devenu mauvais après avoir connu le succès (cf Truman Capote, qui déclina lentement après le triomphe de In Cold Blood)... Les épouses d'écrivains (dont le rôle se révèle souvent essentiel et méconnu)... Les écrivaines (un non-sujet, selon Rosa Montero, pour laquelle la distinction entre romanciers et romancières ne présente aucun intérêt)... Les auteurs fous... Les écrivains-lecteurs (ou peut-être serait-il plus juste de parler de lecteurs-écrivains)... Les écrivains-journalistes... Vous l'aurez compris, La Folle du logis est avant tout un brillant hommage aux écrivains, qui donne envie de découvrir ceux que l'on n'a jamais lus (cela tombe plutôt bien : Capote et Victor Klemperer sont déjà dans ma PAL !), mais aussi de relire ceux que l'on a aimés autrefois. Cerise sur le gâteau : Rosa Montero n'hésite pas à porter un regard critique sur ces romanciers ou essayistes renommés, et dresse par exemple un portrait bien peu flatteur de l'odieux Tolstoï (dont elle reconnaît toutefois le formidable talent). Elle signe ainsi une oeuvre dense et ambitieuse, où se côtoient Goethe, Calvino, McCullers, Voltaire, George Eliot, Rimbaud, Kipling ou Zola, sans oublier les auteurs anonymes des Contes des Milles et une Nuits (lesquels font l'objet d'une analyse savoureuse).

J'ai particulièrement aimé la façon dont la romancière se met elle-même en scène dans son essai, tentant par exemple d'analyser la présence récurrente de personnages nains dans l'ensemble de son oeuvre. Elle semble peu à peu se dévoiler, évoquant notamment les souvenirs liés à sa complicité/rivalité avec sa soeur jumelle Martina, ou encore son aventure brève mais passionnée avec un certain M. La réalité est cependant bien plus complexe, et le lecteur se fait balader en beauté pendant deux-cents pages d'un récit admirablement construit, lui même marqué du sceau de l'imagination, au cours desquelles il lui faudra constamment démêler le vrai du faux. Quelle part de lui-même un romancier met-il dans ses écrits ? L'autobiographie ne serait-elle que mensonges et affabulation ? Ne faudrait-il pas plutôt chercher des fragments de vérité dans les oeuvres de fiction ?Autant de questions auxquelles Rosa Montero répond avec brio, pour notre plus grand bonheur.

Pour résumer : un essai-fiction intelligent et plein de vie, dans lequel la romancière espagnole s'amuse à manipuler son lecteur, sans pour autant faire l'économie d'une véritable et passionnante réflexion. De grâce, faites-moi le plaisir de vous procurer cette petite merveille dans les plus brefs délais (il serait d'ailleurs bon qu'un éditeur se décide à publier La folle du logis au format poche). Il fait pour moi partie des indispensables, au même titre que la formidable Histoire de la lecture d'Alberto Manguel.

Je vais pour ma part continuer à découvrir les romans de Rosa Montero. Mes préférés demeurent pour l'instant Le Roi Transparent et Des larmes sous la pluie, mais je lirai très prochainement Instructions pour sauver le monde, qui m'attire énormément.


Brillant, jubilatoire et captivant. Coup de coeur !




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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Gros mot (au sens très large).

mardi 17 février 2015

Elle est pas belle la vie ? - Kurt Vonnegut




























Titre original : If This Isn't Nice, What Is ?
Traduction (américain) : Guillaume-Jean Milan
Editions Denoël, 2015, 153 pages


Le premier paragraphe :

Votre déléguée de classe vient d'affirmer qu'elle en avait marre d'entendre les gens dire : "Je suis bien contente de ne pas être jeune aujourd'hui." Tout ce que je peux dire, c'est : "Je suis bien contente de ne pas être jeune aujourd'hui."


La quatrième de couverture :

Kurt Vonnegut, romancier et satiriste d’exception, était en son temps l’un des orateurs les plus demandés pour les cérémonies de remise de diplômes. Chaque fois, il savait trouver des mots originaux, pertinents et drôles, dont les étudiants se souvenaient longtemps. Elle est pas belle, la vie?rassemble des discours que l’écrivain a prononcés dans neuf universités entre 1978 et 2004. Tantôt hilarantes, tantôt incisives, en roue libre ou du plus profond sérieux, ces réflexions sont parfaites pour quiconque fait l’expérience de ce que Vonnegut appelle «la cérémonie tant attendue de la puberté», marquant la transition entre les études et la vie d’adulte.


L'opinion de Miss Léo :

Voici une lecture qui sort des sentiers battus ! Je lis essentiellement des romans, mais j'apprécie de me laisser surprendre de temps en temps par des ouvrages "non-fictionnels" de qualité, comme ce fut le cas avec ce recueil de discours drôles (souvent) et incisifs (la plupart du temps), mitonnés avec un sens aigu de la provocation par un Kurt Vonnegut paternel et malicieux. Neuf allocutions étalées sur presque trente années, au cours desquelles le romancier satiriste évolue en roue libre pour nous faire partager ses considérations sur la vie, l'amour, la politique et tout le reste... Je ne connaissais Vonnegut que de nom, mais j'ai très vite été séduite par l'intelligence qui émane de ses propos, bien que ceux-ci se révèlent parfois parfois légèrement décousus et redondants (peut-être ceux-ci auraient-ils gagné à âtre entendus plutôt que lus).

L'ensemble cohérent formé par les neuf discours mis bout à bout permet de se faire une idée assez précise de la pensée humaniste de l'écrivain, lequel développe une vision du monde dont je me sens relativement proche. J'ai découvert une personnalité attachante, capable de débiter des âneries avec le plus grand sérieux, puis d'enchaîner sans transition sur une réflexion d'une insondable profondeur, qui invite l'auditoire à réfléchir et à se positionner. Le ton se fait volontiers taquin, notamment lorsque Vonnegut interpelle son (jeune) public, avec lequel s'établit une certaine forme de connivence. Le brillant orateur se montre parfois un brin cabotin, mais le contenu de ses interventions ponctuées d'anecdotes n'en demeure pas moins toujours pertinent, et l'on repère assez rapidement quelques obsessions (ce qui se traduit par quelques redites, certains thèmes revenant de façon récurrente à chaque discours). On peut ainsi citer pêle-mêle les rites de passage, la solitude des êtres, Jésus Christ, l'importance des sciences, la musique, les armes et les bombes (Vonnegut est profondément anti-militariste), l'industrie du divertissement, les ouvriers, les professeurs, la vieillesse, et j'en oublie sûrement !

Un extrait valant mieux qu'un interminable palabre, je me suis permis de recopier ces quelques pages, assez révélatrices du style inimitable de Vonnegut.

"A votre arrivée sur terre, et même à la mienne, le monde industrialisé était déjà totalement accro aux énergies fossiles, et très bientôt il n'y en aura plus du tout. Bonjour l'état de manque. [...] 
C'est une université, n'est-ce pas ? N'est-il pas de mise de dire ici la vérité aux jeunes gens ? On n'est pas au journal télévisé, que diable !
Et voici la vérité, selon moi : nous sommes tous accros aux énergies fossiles et, sans nous l'avouer, à deux doigts d'être en manque.
Et comme tant d'autres accros à deux doigts d'être en manque, nous commettons maintenant des crimes violents afin d'obtenir le peu qu'il reste de ce à quoi nous sommes accros.
Mais détendez-vous. J'ai une blague qui dissipera toute morosité. Une blague de Martien. La voici, et quoi qu'il en soit, il nous reste la musique et notre sens de l'humour :
Aujourd'hui, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle, chers amis. La mauvaise nouvelle, c'est que les Martiens ont atterri à New York et qu'ils logent au Waldorf Astoria.
La bonne nouvelle, c'est qu'ils ne dévorent que les clochards et qu'ils pissent de l'essence. [...] 
Et vous n'avez pas encore entendu parler de la crotte de Martien. C'est de l'uranium ! Une seule d'entre elles suffit à éclairer et chauffer chaque foyer, école, église et entreprise de Tacoma.
Ce que ça fait d'avoir mon âge ? Je suis infoutu de me garer parallèlement au trottoir, désormais, alors soyez gentils de ne pas me regarder en pleine action. ET la pesanteur est devenue bien moins amicale et gérable qu'elle ne l'était autrefois.
Je suis aussi devenu ostensiblement châtré. Je suis aussi chaste que cinquante pour cent du clergé hétérosexuel catholique. [...] 
Mais écoutez ceci : j'ai reçu une lettre d'une femme un peu bébête il y a un certain temps. Elle savait que j'étais moi-même un peu bébête, démocrate façon Franklin Roosevelt, ami des ouvriers. Elle allait avoir un bébé, pas de moi. Elle voulait savoir si c'était une erreur de donner naissance à un petit innocent dans un monde aussi affreux que le nôtre. Je lui ai répondu qu'à mes yeux, si la vie valait - presque - d'être vécue, c'était à cause des saints que j'avais rencontrés. Car ces gens faisaient montre de compassion et de compétence en toutes circonstances, et ils pouvaient être partout.
Alors il se peut que certains d'entre vous ce soir soient ou deviennent des saints pour l'enfant à venir. La plupart d'entre nous sont lestés du péché originel. Mais un nombre surprenant d'entre nous, sauf moi, Dieu en est témoin, sont lestés de la vertu originelle. C'est-y pas mignon ?
Il est maintenant temps pour moi d'entamer l'atelier d'écriture.
Règle numéro un : n'utilisez pas de point-virgule. Cet hermaphrodite travesti ne représente rien. Il n'est bon qu'à montrer que vous êtes allés à l'université.
Je me rends compte que certains d'entre vous ont peut-être du mal à discerner si je plaisante ou non. Alors à partir de maintenant je mettrai mon pouce sur mon nez quand je plaisanterai.
Par exemple ? Engagez-vous dans la garde nationale ou les Marines et enseignez la démocratie.
(NEZ.) [...]

(pages 84-88, Discours n°5, 17 avril 2004)


Si ces quelques paragraphes ne vous enthousiasment pas plus que ça, mieux vaut éviter le lire le livre. Si vous avez été interpellé par la forme comme par le fond, alors il y a de fortes chances pour que vous passiez un agréable moment avec ce recueil, le reste étant peu ou prou du même acabit. 

Chaque discours débute par une illustration, ainsi que par un titre et un sous-titre à rallonge (ce qui m'a beaucoup plu, comme vous pouvez vous en douter).


Exemple :
5
Comment la musique soigne nos maux
(et ils sont nombreux)

Vonnegut regarde la face cachée des choses et découvre que la musique, la valse, le blues, l'humour et "les gens qui se montrent compatissants" rendent la vie digne d'être vécue.


Pour résumer : j'ai apprécié la philosophie du message transmis par Vonnegut aux jeunes générations. Le satiriste porte un regard extrêmement lucide et parfois désabusé sur la société américaine, mais son pessimisme semble toutefois tempéré par une inaltérable et inébranlable foi dans la capacité de certains hommes à faire le bien, tout en menant une existence décente, ouverte sur les arts, les sciences, la culture et le bien-être d'autrui. Ses discours, engagés mais jamais moralisateurs, véhiculent quoi qu'il en soit une leçon de vie édifiante, de nature à marquer durablement les esprits. 

J'ai bien envie de tenter un roman de Vonnegut (peut-être Abattoir 5)...


Le monde selon Vonnegut en neuf discours : enrichissant et plein d'humour, bien que les textes soient de qualité assez inégale.


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Livre lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël.