jeudi 11 février 2016

Mini Lionceau et moi

40 semaines et des poussières...


Je profite de cette petite pause (forcée) dans la rédaction de mes billets "littéraires" pour vous proposer une courte chronique sur le mode "je raconte ma vie", à la manière du Moi après mois de Moka.


C'est parti pour le dernier mois ! / Nouvel An 2016 / Pas de sucre, pas de foie gras, pas d'alcool / Euh... et je mange quoi, du coup ??? / Tenter de réaliser ma recette fétiche de tarte au fromage (merci Maman !) en remplaçant le sucre par du Stevia / Regarder avec un léger pincement au coeur l'ultime épisode de Downton Abbey / Se dire qu'il était temps que la série s'arrête, après deux dernières saisons très inégales... / Tarte au fromage au Stevia validée !



Se sentir en pleine forme / Enchaîner les lectures et les billets (vive le congé maternité) / Etre peu à peu gagnée par l'impatience / Hâte de faire la connaissance du petit bébé dodu qui s'agite vigoureusement dans mon utérus ! / Mais il fait si froid dehors... / Envie de le garder au chaud encore quelques semaines / Lire le dernier Rosa Montero / Psychoter : et si le bébé dépasse le terme, arriverai-je à le faire sortir, compte-tenu de son poids élevé et de son périmètre céphalique démesuré (merci l'échographie) ?? / Monitoring de la 40ème semaine : RAS / Discuter (et rire) avec les copines blogueuses sur Facebook / Dévorer Magic Time de Doug Marlette / Répondre à la famille et aux amis qui s'impatientent / Tout mettre en oeuvre pour déclencher le travail / Descendre la poubelle / Remonter les escaliers en courant / Aller à la librairie (et acheter trois livres ^^) / Envie de sucre !! / Faire des claquettes / Regarder les trois épisodes du Seigneur des anneaux, dans l'espoir que cela lui donne envie de sortir se battre contre les Orques / Plaquettes OK : à moi la péridurale ! / Jour du terme : toujours rien... / Monitoring de contrôle : RAS / Ressortir les épées, et faire de l'escrime dans le salon / Aller se coucher / Lire quelques pages, sombrer dans les bras de Morphée / Deux heures du matin : tiens, on dirait des contractions qui font mal... / Trente minutes plus tard : et en plus, elles sont régulières ! / Pourvu que je ne sois pas obligée de réveiller mon cher F. en pleine nuit !! / Se lever / Allumer la télévision pour regarder l'Open d'Australie de tennis / Bon, les contractions sont passées. Fausse alerte. / Se recoucher / Etre à nouveau réveillée vers sept heures / Cette fois, ça y est ! 

41 sa + 1 : installation en salle de naissance / Se sentir totalement zen et détendue (un comble, pour ceux qui me connaissent dans la vraie vie) / Je vous épargne les détails de l'accouchement / 27 janvier, 19h58 : Mini Lionceau découvre le monde (le pauvre !) / Entendre ses premiers cris / Il ouvre grand les yeux / Il ressemble à F. / Il est parfait ! / C'est vraiment moi qui ai fait ça ??? 


Ses petits pieds / Ses petites mains / Sa petite bouche / Ses sourires encore incontrôlés / Ses petites moues adorables...

Mini Lionceau, 1 jour

Se faire pourrir par une puéricultrice vindicative (ben oui, j'ai laissé mon Lionceau dormir une heure de trop sans le réveiller pour lui donner à manger, je suis un monstre) / Culpabiliser / Passer plusieurs nuits blanches, suite aux recommandations de ladite puéricultrice et de ses collègues / Frôler la crise de nerfs / Etre réconfortée par la gentillesse des sages-femmes / Manger avec appétit la nourriture douteuse servie par l'hôpital (je n'étais décidément pas dans mon état normal) / Compléter avec des friandises ramenées par mon F. / Avoir la sensation d'être tombée dans une déchirure spatio-temporelle / Ras le bol de la maternité !!!

Rentrer à la maison / Enfin seuls ! / Présenter le bébé au chat (qui l'a d'ores et déjà adopté) / Trouver son rythme, après les tâtonnements des premiers jours / Tomber en extase devant les grimaces et les plissements de front de Mini Lionceau / Se réjouir devant la mine satisfaite d'un bébé repu / Avoir un fils capable de dormir chaque nuit plusieurs heures d'affilée (ô joie !) / Ouvrir les magnifiques colis-surprises envoyés par les blogueuses (qui se reconnaîtront) : merci les filles, vous êtes des coeurs ! / Ne pas avoir lu une ligne depuis le 26 janvier dernier / Profiter au maximum des premières semaines de cette nouvelle vie à quatre / Rassembler tant bien que mal mes neurones éparpillés façon puzzle / Trouver quelques minutes pour taper un billet d'une seule main, avec mon Mini Lionceau endormi sur les genoux (en attendant le prochain repas)...

Et si c'était ça, le bonheur ??



jeudi 4 février 2016

Jupe et pantalon - Julie Moulin




























Alma Editeur, 2016, 300 pages

Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

Je me prénomme Marguerite.


L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Où va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras. A. chute dans un aéroport, Paul s’en va, la cacophonie guette. La jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.


L'opinion de Miss Léo :

Deuxième titre de la rentrée d'hiver des éditions Alma, après le sympathique Julie's Way de Pierre Chazal.

Jupe et pantalon est le premier ouvrage d'une très jeune romancière de mon âge, issue du milieu de la finance, et grande amatrice de culture russe. L'entrée en matière est des plus originales, puisque la première partie est narrée par... les deux jambes de l'héroïne ! Déroutant au début, le procédé séduit par son audace rafraîchissante, et donne lieu à des échanges de répliques savoureuses entre les parties du corps de la jeune femme, lesquelles constituent une joyeuse galerie de personnages hauts en couleurs, résolument optimistes ou franchement névrosés. Mention spéciale aux désopilantes (mais trop rares) interventions de Babette la paire de fesses !

Julie Moulin adopte d'emblée le ton de la fable pour nous conter les mésaventures de A. (Son prénom nous sera-t-il révélé avant la fin du roman ? Suspense !), laquelle tente désespérément de concilier vie familiale, vie personnelle et vie professionnelle. Si le contenu n'est guère original, la forme l'est en revanche davantage (voir plus haut) : j'ai été séduite par ce parti pris narratif, bien que celui-ci ait parfois du mal à tenir la distance. La deuxième partie du récit, moins drôle, mais également un peu plus fluide, revient à un mode de narration plus traditionnel, tandis que A. s'efforce de reprendre le contrôle de sa vie en peine décrépitude.

J'ai lu ce roman avec plaisir, bien que le quotidien d'une "jeune cadre dynamique" au bord du burn-out ne m'intéresse guère a priori (j'éprouve quelques difficultés à m'identifier à ce genre de personnages, dont les dilemnes sentimentalo-professionnels me laissent la plupart du temps de marbre). Jupe et pantalon possède néanmoins une vraie profondeur tragique sous ses dehors de comédie romantique, et nous gratifie de quelques réflexions bien senties sur la maternité, la féminité et l'absurdité de l'existence. Le premier chapitre démarre fort, puisque l'histoire s'ouvre sur... un accouchement en siège, avant d'enchaîner sur la petite enfance de A. (je suis à trois jours de mon propre terme au moment où j'écris ces lignes, et je devais en être à environ sept mois et demi de grossesse lorsque j'ai lu le livre : autant dire que je me suis tout de suite sentie concernée !). La suite est plus convenue, mais le roman n'en demeure pas moins d'une grande fraîcheur, en grande partie grâce à l'écriture sobre et pudique de l'auteur (un style simple, mais très agréable, comme souvent dans les romans des éditions Alma).    

Pour résumer : Julie Moulin signe un premier roman maîtrisé, dont l'intrigue ne me laissera certes pas un souvenir impérissable, mais dont il convient néanmoins de saluer l'originalité, surtout dans la première partie (que j'ai beaucoup aimée). J'ai apprécié que l'auteur fasse référence au Maître et Marguerite de Boulgakov, que je n'ai toujours pas lu, mais que je compte bien découvrir un jour (je ne connais pour l'instant que La garde blanche, que j'avais trouvé remarquable). La quatrième de couverture évoque également le cinéma d'Almodovar, mais j'avoue que je n'ai pas trop saisi le rapport (à part la "femme au bord de la crise de nerfs", ce qui me paraît tout de même un peu léger pour établir une comparaison).


Un premier roman atypique et prometteur.


mardi 26 janvier 2016

Magic Time - Doug Marlette




























Titre original : Magic Time
Traduction (américain) : Karine Lalechère
Le Cherche-Midi, 2006/2016, 671 pages


La première phrase :

Carter Ransom se réveilla, pelotonné à l'arrière de la Mercury Grand Marquis de sa soeur.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

1965. Alors que le Mouvement des Droits Civiques porté par Martin Luther King s'étend dans tous les États-Unis, le pays a les yeux fixés sur Troy, une petite localité du Mississippi. Quatre jeunes activistes y ont péri dans l'incendie d'une église. Deux membres du Ku Klux Klan sont arrêtés et condamnés à perpétuité.

1990. L'un des condamnés libère sa conscience en désignant le vrai responsable du crime. Un nouveau procès se prépare donc à Troy. De retour dans sa ville natale, Carter Ransom, ancien sympathisant dans la lutte pour les droits civiques et journaliste au New York Examiner, est aux avant-postes. Son premier amour, Sarah Solomon, faisait partie des victimes et son père, le tout-puissant juge Mitchell Ransom, avait conduit le premier procès. Carter veut faire toute la lumière sur cette période qui l'a marqué à jamais. 


L'opinion de Miss Léo :

Rien de tel qu'un bon gros pavé américain pour tromper l'attente en ces ultimes et oisives journées de congé maternité prénatal ! Les éditions du Cherche Midi ont eu la bonne idée de faire traduire ce roman de Doug Marlette, publié aux Etats-Unis il y a tout juste dix ans. Le résumé me semblait particulièrement prometteur, mais j'ai surtout été convaincue par l'avis positif de Keisha, blogueuse éclectique aux goûts décidément très sûrs.

Ne vous laissez surtout pas rebuter par le nombre de pages. Magic Time est un roman dense et complexe, qui bénéficie d'une intrigue solide et admirablement construite, ayant pour toile de fond la ségrégation raciale et la lutte pour la défense des Droits Civiques (thème que je connais encore assez mal, mais qui m'intéresse évidemment beaucoup). L'auteur jongle habilement entre deux époques, et nous invite à découvrir de nombreux personnages, humains et attachants pour la plupart. Carter Ransom sert de trait d'union entre les principaux protagonistes du drame, dont il est à la fois l'acteur et le témoin.

Doug Marlette s'attache à recréer l'ambiance poisseuse des années 60. Confronté à la violence des états du Sud et à la veulerie humaine, entre racisme ordinaire et démonstrations de force du Ku Klux Klan, Carter découvre le courage et l'abnégation d'un petit groupe de jeunes gens de son âge (la vingtaine), qui prennent une part active au mouvement initié par Martin Luther King, et luttent sans relâche pour défendre leur convictions, quitte à subir les déferlements de folie meurtrière de leurs ennemis. On sait dès le début que plusieurs d'entre eux y laisseront la vie, dans l'incendie de l'église de Shiloh... La réouverture du procès en 1990 remue des souvenirs douloureux, et conduit Carter à reconsidérer son point de vue sur les sombres événements d'autrefois, qui trouvent encore une résonance trente ans après (les fantômes du passé ont la vie dure). Soupçons, corruption et enjeux politiques sont au coeur d'un récit riche et poignant, mêlant habilement personnages fictifs et réalité historique.

Instructif sans être lourdement démonstratif, Magic Time évolue loin des stéréotypes, et propose qui plus est une véritable intrigue romanesque : des liens amicaux et amoureux se nouent, des drames familiaux sont révélés au grand jour, de jeunes adultes doivent apprendre à porter le deuil de leurs amis trop vite disparus... Les situations sont complexes, souvent tragiques, mais l'auteur parvient malgré tout à ménager des moments de légèreté et de détente, ce qui rend le roman particulièrement savoureux. L'alternance parfaitement maîtrisée de deux fils narratifs est ici une excellente idée : les deux époques se répondent mutuellement, ce qui permet de combler progressivement les vides de l'intrigue, tout en assistant à l'évolution des personnages.

Pour résumer : Magic Time est un excellent roman, que je recommande chaleureusement ! Il ne s'agit pas à proprement parler d'un thriller, mais il y a tout de même du suspense, et on ne voit pas le temps passer (chaque page est un régal). La traduction est de qualité, ce qui ne gâte rien. Je trouve tout à fait regrettable que Doug Marlette soit décédé dans un accident de voiture l'année suivant la publication du livre...


Un roman passionnant  ! 
Je ne suis pas loin du coup de coeur...


Merci Solène pour cette jolie découverte.


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Encore un pavé de janvier pour Bianca.
Je suis au taquet !




lundi 25 janvier 2016

Les guérir - Olivier Charneux




























Robert Laffont, 2016, 198 pages


La première phrase :

A soixante-dix ans, malgré l'ablation d'une bonne partie de son estomac, malgré la solitude dans laquelle il se trouvait, le docteur Carl Vaernet n'avait pas dit son dernier mot.


Le genre :

Biographie romancée.


Le personnage principal :

Carl Værnet, médecin danois attiré par l'idéologie nazie, demeura toute sa vie obsédé par l'idée de trouver un remède au fléau de l'homosexualité, oeuvrant ainsi pour « le bien de l'humanité ». Il tissa des liens étroits avec la SS d'Himmler, et fut notamment autorisé à mener des expériences foireuses dans le camp de Buchenwald, avant de finir sa vie en Argentine


L'opinion de Miss Léo :

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas pu résister à l'illustration du bandeau ornant la couverture de cet ouvrage fraîchement paru aux éditions Robert Laffont (c'est sans doute l'effet "pyjama à rayures" Attention, humour noir !!). J'étais d'autant plus curieuse de découvrir cette biographie que je n'avais jamais entendu parler de Carl Vaernet, et que je ne savais pas grand chose non plus des traitements infligés aux détenus homosexuels des camps de concentration nazis.

Olivier Charneux traite d'un sujet me semble-t-il peu connu, en tout cas rarement abordé dans les ouvrages que j'ai pu lire jusqu'à présent. Les sources bibliographiques sont clairement identifiées, et citées dans les remerciements. Il est donc question d'un médecin danois, dont la vision pour le moins particulière de la médecine s'accorde parfaitement avec l'idéologie délirante des nazis. Carl Vaernet a déjà la cinquantaine lorsqu'il entre au service d'Himmler. Persuadé d'agir pour le bien commun, il s'imagine volontiers en bienfaiteur de l'humanité, et ne pense qu'à son éventuel futur Prix Nobel. Comment pourrait-il ne pas être remercié et honoré pour ses travaux, lui qui a tant oeuvré pour mettre au point le traitement qui changera à n'en pas douter la face du monde ?

L'homosexualité est envisagée comme une maladie devant être soignée, dans l'intérêt de tous, mais aussi (surtout) pour rendre service aux "malades", qui souffrent de leur condition, et ne demandent qu'à être guéris de leurs penchants "contre-nature". Qu'à cela ne tienne : Vaernet a la solution ! Ne lui manque qu'une poignée de cobayes consentants à qui administrer ses traitements hormonaux. Où les trouver, sinon à Buchenwald ? Les compte-rendus "scientifiques" des expériences médicales réalisées par Vaernet à Buchenwald laissent songeurs... Détenus terrorisés, protocoles grotesques et conclusions hasardeuses font de cette entreprise une vaste mascarade, à mille lieues des ambitions du bon docteur (qui reste néanmoins persuadé de sa légitimité).

Je ne sais pas trop quoi penser du livre, si ce n'est que j'ai été déçue par le manque de profondeur de ce texte très court (198 pages très aérées), rédigé dans un style sobre et sans fioritures. Cette simplicité dans la forme aurait pu se révéler payante si le personnage principal de cette biographie romancée avait été mieux exploité. Carl Vaernet semble ici curieusement désincarné, et l'on se désintéresse rapidement du sort de ce pathétique individu, dont les actes se révèlent il est vrai assez anecdotiques (c'est du moins mon ressenti). L'écriture n'est de mon point de vue pas suffisamment travaillée, et le récit manque cruellement de relief et d'enjeu (le sort des homosexuels de Buchenwald aurait peut-être mérité davantage de pages). Les guérir reste néanmoins un témoignage intéressant, bâti à partir d'une solide documentation, mais l'auteur se contente de survoler les faits, et n'approfondit rien, ce qui explique pourquoi je suis restée sur ma faim. Dommage !

(Note à l'intention de l'éditeur : j'ai relevé quelques coquilles, que je n'ai pas pris la peine de noter, mais qui mériteraient d'être corrigées dans l'optique d'une éventuelle réédition)


Une déception... 


samedi 23 janvier 2016

Le poids du coeur - Rosa Montero



























Titre original : El peso del corazon

Traduction (espagnol) : Myriam Chirousse
Métailié, 2015/2016, 357 pages



La première phrase :

Les humains sont de lents et lourds pachydermes, alors que les réplicants sont des tigres rapides et désespérés, pensa Bruna Husky, rongée d'impatience d'avoir à attendre dans la queue.


L'histoire :

C'est en revenant du très crasseux (et très toxique) District Zéro, où elle s'est rendue pour les besoins d'une enquête, que la réplicante Bruna Husky recueille contre son gré la petite Gabi, enfant sauvage irradiée et condamnée à une mort certaine à plus ou moins court terme. Alors qu'elle s'efforce tant bien que mal d'apprivoiser la fillette, confiée aux bons soins de son ami Yiannis l'archiviste, la détective se retrouve malgré elle impliquée dans une bien sombre affaire...


L'opinion de Miss Léo :

Bruna Husky, le retour. Des larmes sous la pluie avait été un quasi coup de coeur. J'ai donc très logiquement sauté de joie lorsque j'ai découvert l'existence de cette suite dans la liste des parutions de janvier des éditions Métailié (soyons honnêtes, j'ai même frôlé la crise d'hystérie). Je me suis jetée les yeux fermés sur ce second tome, sans même lire la quatrième de couverture, et je n'ai pas été déçue. La formidable Rosa Montero réussit un joli tour de force avec ce nouvel opus, qui se révèle tout aussi convaincant que le premier. 

On retrouve avec plaisir l'univers dystopique créé par la romancière espagnole, qui sert de cadre à un thriller futuriste au scénario très abouti, ponctué de morts violentes et de découvertes saisissantes, mais aussi (surtout ?) de jolies réflexions philosophiques sur l'imagination, les souvenirs, la mémoire, et la mort. La réplicante de combat Bruna Husky se retrouve une nouvelle fois impliquée dans une enquête périlleuse, aux côtés de personnages désormais récurrents (le flic Paul Lizard, le vieil archiviste Yiannis, le boubi Bartolo), auxquels viennent s'ajouter quelques nouveaux protagonistes. L'intrigue se déroule en l'an 2111 (si mes calculs sont exacts), dans un futur réaliste et peu engageant, d'autant plus effrayant que tout porte à penser qu'il puisse être un prolongement crédible de notre monde actuel. Pollution, catastrophes écologiques, zones sinistrées, guerres, gestion des déchets radioactifs, omniprésence de l'argent comme gage d'une certaine qualité de vie (et encore, on ne peut pas dire que le sort des nantis fasse particulièrement rêver, dans cette société où la plupart des aliments sont remplacés par de vulgaires ersatz à base de méduse)... Rosa Montero a parfaitement saisi les enjeux cruciaux des années à venir, qu'elle intègre à un univers de science-fiction riche et cohérent, disposant de sa propre chronologie et de ses archives. Ce deuxième opus nous permet notamment de découvrir la Terre Flottante de Labari, angoissante théocratie tyrannique en orbite autour de notre planète.

Bruna Husky confirme quant à elle son statut d'héroïne marquante et attachante. Ses angoisses existentielles et son besoin constant d'affection soulèvent la question de l'humanité des reps (aussi appelés techno-humains), déjà largement évoquée dans Des larmes sous la pluie, lui-même hommage revendiqué au Blade Runner de Philip K. Dick et Ridley Scott. Bien plus émotive que la plupart de ses semblables, la jeune femme se répète telle une lancinante litanie le compte-à-rebours temps qu'il lui reste à vivre (trois ans, dix mois et quatorze jours avant que ne se déclare le mal fulgurant et inéluctable auquel seront un jour confrontés tous les androïdes), et se désole de sa mort programmée, dont elle n'a que trop conscience. Cette deuxième aventure marque toutefois le début d'une évolution dans la personnalité de Bruna

Pour résumer : Le poids du coeur est roman intelligent, sensible et hautement divertissant, qui plaira tout autant aux néophytes qu'aux amateurs de SF. Il peut-être lu indépendamment du premier tome, mais je vous conseille tout de même de débuter par Des larmes sous la pluie, qui vient justement de sortir en poche (il faut d'ailleurs que je pense à me l'acheter). Je suis pour ma part toujours aussi fan de Rosa Montero : l'écrivain madrilène confirme à chaque nouveau roman son exceptionnel talent de conteuse, et met son imagination fertile et sa culture au service d'une oeuvre éminemment personnelle (qui bénéficie qui plus est de l'excellente traduction française de Myriam Chirousse). A quand la suite ???


Excellent roman ! A lire, évidemment.


Merci aux éditions Métailié.

Keisha a également été séduite (mais comme moi, elle n'est pas totalement objective lorsqu'il s'agit de Rosa).


jeudi 14 janvier 2016

Julie's Way - Pierre Chazal




























Alma Editeur, 2016, 304 pages

Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

On s'était tirés du nid comme font les hirondelles quand vient l'heure de mettre les bouts.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

À Londres, Nicolas découvre la vie d’expat, entre nuits incertaines et sabir linguistique, se prend d’amitié pour une vieille dame so british, s’entoure de copains interlopes. Reste le plus important pour ce jeune homme lunaire animé d’une seule et unique obsession : retrouver sa Julie, la sœur de son meilleur ami Yann, partie en Angleterre sans laisser d’adresse…


L'opinion de Miss Léo :

J'ai découvert les éditions Alma avec les deux (superbes) premiers romans de Pierre RaufastLa fractale des raviolis et La variante chilienne (dont je vous recommande vivement la lecture). J'ai lu dans la foulée l'excellent Tartes aux pommes et fin du monde de Guillaume Siaudeau (paru en poche chez Pocket), que je n'ai pas eu le temps de chroniquer... Vint ensuite la rencontre avec Pierre Raufast, organisée par la librairie de ma banlieue, rencontre qui fut en tout point conforme à mes attentes (j'ai découvert quelqu'un de simple et chaleureux, dont je me ferai un plaisir de lire le troisième roman lorsqu'il paraîtra). Tout ça pour dire que j'éprouve une sympathie grandissante envers cette jeune maison d'édition, qui publie deux nouveaux titres français à l'occasion de cette rentrée littéraire hivernale. En voici déjà un, en attendant le second dans quinze jours...

Pierre Chazal n'en est pas à son coup essai, puisqu'il a déjà publié deux romans chez le même éditeur. Ce troisième opus nous invite à suivre le voyage initiatique de Nicolas, jeune trentenaire expatrié à Londres, dont l'apparente désinvolture masque mal les doutes et les faiblesses. Nicolas est un personnage qui se cherche, et qui va tenter de trouver outre-Manche les réponses à ses interrogations métaphysiques. Le récit est drôle et enlevé, ponctué de nombreux traits d'esprit, mais une certaine mélancolie perce néanmoins derrière la fantaisie du narrateur, amené à côtoyer une jolie galerie d'âmes esseulées. J'aime beaucoup le personnage de Susan Pimbleton, sosie de Madame Mim et logeuse au grand coeur, amatrice de littérature française, qui noue une relation inattendue mais pleine de tendresse avec le jeune héros.

Ce que j'apprécie particulièrement dans la ligne éditoriale d'Alma, c'est cette capacité à choisir des textes imaginatifs, en favorisant de jeunes auteurs dont la principale motivation semble être de raconter une (ou des) histoire(s) à leurs lecteurs. Oeuvre de fiction originale, Julie's Way ne déroge pas à la règle, et adopte un ton volontairement léger pour nous conter les (més)aventures sentimentales et les rencontres de Nicolas. On voyage dans Londres, mais aussi en Angleterre et en Ecosse, ce qui est évidemment réjouissant quand on connaît et apprécie les lieux traversés (à titre personnel, la mention de Londres sur la quatrième de couverture m'a instantanément donné envie de lire ce roman).

Tout n'est certes pas parfait dans ce récit, qui ne parvient pas à éviter quelques maladresses. Les dialogues semblent parfois un peu forcés, et j'aime moins la deuxième partie, consacrée à l'obsession assez malsaine de Nicolas pour Julie. Mal dans sa peau, en fuite depuis plusieurs années, la jeune femme n'en demeure pas moins touchante à sa manière, et apporte une indéniable gravité au roman. Il est d'ailleurs intéressant de constater à quel point la légèreté potache du récit contraste avec le tragique de certaines des situations relatées. On ne sait pas toujours sur quel pied danser !

Pierre Chazal signe quoi qu'il en soit une séduisante comédie de moeurs, chronique douce amère et délicate évoquant avec pudeur les destins croisés de personnages en quête de bonheur et d'accomplissement. L'écriture agréable et fluide (malgré quelques coquilles) contribue à faire de ce roman une sympathique découverte, quoique pas complètement aboutie de mon point de vue.

Je suis intriguée par les deux premiers ouvrages de l'auteur, Marcus et Les buveurs de Lune, que j'essayerai peut-être de me procurer à l'occasion.


Un roman étrange et plein de tendresse. A découvrir.


Découvrez l'avis de L'irrégulière.

mercredi 13 janvier 2016

Le Comte de Monte-Cristo - Alexandre Dumas


























e-Book libre de droits, 1844, environ 1400 pages en poche


La première phrase : 

Le 24 février 1815, la vigie de Notre-Dame de la Garde signala le fameux trois-mâts fin comme un oiseau le Pharaon Hissez haut !, venant de Smyrne, Trieste et Naples.


L'histoire :

Marseille, 1815. Alors que Napoléon, exilé à l'île d'Elbe, se prépare à reprendre le pouvoir, le jeune marin Edmond Dantès, dix-neuf ans, fiancé à la catalane Mercédès, est victime d'un sinistre complot orchestré par son "ami" Danglars et son rival Fernand. Emprisonné au Château d'If sur décision du magistrat Villefort, il s'évade après quatorze longues années d'incarcération, et entreprend alors de se venger de ses bourreaux.


L'opinion de Miss Léo :

Avertissement préalable : j'aime lire des classiques, mais je déteste les chroniquer (je trouve cela sans intérêt). J'aurais néanmoins trouvé dommage de ne pas vous parler de ce célèbre roman de Dumas, fût-ce de façon succincte. Je vous avoue très franchement que je ne suis guère inspirée au moment d'écrire ce billet, qui sera donc court et peu développé (selon mes critères).

D'Alexandre Dumas, je n'avais lu que Les Trois Mousquetaires, dévoré goulûment quelques mois après avoir débuté l'escrime. Je ne comptais évidemment pas en rester là, la plupart des aficionados de l'auteur jugeant généralement Le Comte de Monte-Cristo ainsi que les suites des Mousquetaires supérieurs à ce premier opus. J'ai donc profité de mes dernières semaines de tranquillité avant l'irruption de Mini-Lionceau La Tornade pour engloutir les aventures d'Edmond Dantès, que je traînais dans ma liseuse depuis quelques années.

Je suis désormais en mesure de vous confirmer qu'il s'agit d'un excellent roman. Pour être totalement honnête, je lui ai tout de même trouvé quelques longueurs, notamment lors du séjour du Comte en Italie, quelques années après l'évasion de Dantès du Château d'If. On croise alors de nouveaux personnages, dont on peine d'abord à saisir le lien avec l'intrigue. Oh, on se doute bien qu'ils sont apparentés aux anciens "amis" de Dantès, et qu'ils auront un rôle à jouer dans la vengeance de ce dernier, mais cette partie n'en demeure pas moins un peu longuette. Autre reproche : Dumas use et abuse d'un procédé avec lequel j'ai énormément de mal, à savoir le "récit dans le récit" (lorsqu'un personnage relate avec moult détails des faits n'ayant semble-t-il rien à voir avec l'histoire). Pour tout vous dire, j'y étais déjà allergique lorsque je lisais la Comtesse de Ségur il y a trente ans, et j'ai pu constater que mon état d'esprit n'avait guère évolué depuis... Bien sûr, il n'y a pas une page inutile dans Le Comte de Monte-Cristo, et chaque détail trouvera ensuite sa justification, mais cela donne un texte parfois morcelé, ce qui peut entraîner quelques baisses d'intérêt.

Mon dernier bémol réside dans la personnalité de Monte-Cristo. Le Comte est un personnage assez antipathique, le jeune homme naïf et crédule des premiers chapitres se métamorphosant par la suite en riche manipulateur assoiffé de vengeance, il est vrai beaucoup moins attachant qu'un Athos (bon, d'accord, je ne suis pas objective). J'admets néanmoins que cette personnalité contrastée constitue également l'un des principaux intérêts du roman, qui aurait perdu beaucoup de sa substance, son personnage principal eût-il été plus lisse.

Ces réserves sont cependant balayées par la flamboyance de l'ensemble. Dumas signe un roman formidablement distrayant, à l'intrigue passionnante et admirablement construite. On assiste avec délectation à l'accomplissement de la machination implacable ourdie par Dantès, dont la patience n'a d'égale que la détermination. Celui-ci place méthodiquement ses pièces, en attendant de pouvoir porter l'estocade finale à ses ennemis. Machiavélique ! Le lecteur appréciera également la diversité des personnages rencontrés tout au long de cette vaste fresque, qui nous mène de Marseille à Paris en passant par la Grèce, l'Italie et les sombres cachots du Château d'If. Banquier, Abbé, Procureur du Roi, galérien, militaires, bandits de grand chemin, esclave nubien et princesse grecque en exil sont au coeur de cette histoire complexe et tourmentée, dont on doute qu'elle puisse se conclure de façon totalement positive. Il faudra en effet verser bien du sang et des larmes avant de parvenir à une forme d'apaisement très relative. Car Le Comte de Monte-Cristo, ce sont également des duels, des amours contrariées, des relations adultères, des complots, des trahisons politiques et des tragédies familiales dévastatrices, dont nul ne sortira indemne. 

La plume de l'auteur est extrêmement fluide, et le roman se lit facilement d'une traite, sans aucune anicroche (les quelques longueurs évoquées plus haut pouvant facilement être contournées en lisant quelques pages en diagonale). Je continue toutefois à lui préférer Les Trois Mousquetaires, pour lequel je garde une tendresse particulière. J'espère d'ailleurs arriver à lire Vingt ans après dans un futur proche.


Un roman brillant, que l'on ne présente plus. A lire !


J'en profite pour cracher mon venin, et dire du mal de la TRES mauvaise (et ridicule) adaptation télévisée réalisée par Josée Dayan dans les années 90, d'autant plus grotesque que Depardieu n'avait absolument pas (mais alors pas du tout) le physique de l'emploi !


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Nouveau pavé de janvier pour Bianca.