samedi 29 août 2015

Les neiges de l'éternel - Claire Krust



























ActuSF, Les trois souhaits, 2015, 344 pages


La première phrase :

La lumière blanche d'un jour terne filtrait par la porte entrebâillée.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.


L'opinion de Miss Léo :

Ce roman est en quelque sorte l'invité surprise de ma PAL de rentrée. Je l'ai découvert par hasard chez Méli la semaine dernière, et ce qu'elle en disait m'a tout de suite intriguée. Pourquoi ne pas se laisser tenter par ce premier roman français pétri de culture nippone, publié chez un éditeur spécialisé dans les littératures de l'Imaginaire, qui plus est disponible en numérique à un prix plus que raisonnable ?

Aussitôt acheté, aussitôt lu ! Et je ne le regrette pas. Je n'irais pas jusqu'à crier au chef d'oeuvre, mais force est de constater que la toute jeune Claire Krust signe avec Les neiges de l'éternel un conte fantastique japonisant de bonne tenue, réservant quelques très bonnes surprises. L'intrigue se déroule en hiver, dans un Japon féodal fantasmé peuplé de Daimyôs, de courtisanes et de fantômes versés dans l'art de la calligraphie. Le lecteur découvre dans un premier temps le personnage de Yuki, alors que celle-ci s'apprête à fuir la riche demeure familiale. La jeune adolescente intrépide et farouchement indépendante se lance dans une quête insensée, sur les traces d'un mystérieux guérisseur dont les potions miraculeuses pourraient contribuer à sauver son frère aîné agonisant, terrassé par les assauts toujours plus violents d'une longue et terrible maladie. Commence alors un long périple à l'issue incertaine, qui verra Yuki croiser la route d'un colporteur, d'une jeune courtisane et d'une famille de guérisseurs, chacune de ces rencontres jouant un rôle important pour la suite du récit.

La construction est intéressante, puisque l'on découvre un nouveau point de vue au début de chacune des cinq parties, ce qui nécessite inévitablement une courte phase d'adaptation. J'ai apprécié le fait que la narration ne soit pas linéaire, sautant parfois plusieurs décennies avant de revenir dans le passé/présent. Ce sont plusieurs destinées qui s'entremêlent pour former un tout cohérent, et il appartient au lecteur de reconstituer l'histoire de Yuki et de sa famille au travers des informations distillées par l'auteur. Signalons par ailleurs l'existence d'un personnage pas comme les autres, imprévisible et ambigu à souhait : je veux bien sûr parler du fantôme mélancolique qui hante la demeure du Daimyô, par définition éternel, et par conséquent témoin de l'évolution de sa famille sur plusieurs générations. Il s'agit sans nul doute de la figure la plus marquante de l'oeuvre !

J'ai apprécié le calme et la sérénité qui se dégagent de ce roman au ton résolument contemplatif et introspectif. La jeune romancière a de toute évidence souhaité conserver une certaine unité thématique : la neige, la maladie, la mort, le deuil, l'amour et les relations familiales sont omniprésents. Amateurs d'action et de suspense haletant, passez votre chemin ! Tout l'intérêt du travail réalisé par Claire Krust réside dans la construction de personnages intéressants, aux motivations et aux personnalités contrastées, ainsi que dans le soin tout particulier apporté aux détails, qui contribuent à la mise en place d'un contexte crédible et cohérent, où subsiste toutefois une part non négligeable de surnaturel et de merveilleux. Je me suis pour ma part sentie très à l'aise dans cet univers à l'ambiance très miyazakienne !

Le style de l'auteur, quoique très correct et très agréable à lire, peut toutefois gagner encore en maturité. J'ai noté quelques maladresses dans les dialogues, parfois un peu naïfs, voire scolaires, et il m'a semblé que l'ensemble manquait un poil de personnalité. Plus embêtant : j'ai relevé quelques fautes atroces, qui m'ont fait dresser les cheveux sur la tête !!!! Exemples : "charriot" (répété à de nombreuses reprises) ; "si tenté qu'elle accepte de trahir" (???????????) ; "cela ne l'aurait pas garanti que le seigneur l'aurait laissé partir" (ouch, mes yeux !!!) ; "jusqu'à ce que mon épouse vive ou meurt"... Peut-être ces erreurs ne figurent-elles pas dans la version papier ?

Ce premier roman très prometteur témoigne quoi qu'il en soit d'une belle maîtrise, et représente l'aboutissement d'un projet longuement mûri, issu d'une unique nouvelle rédigée sur les bancs du lycée. Claire Krust se révèle une excellente raconteuse d'histoires, et signe un ouvrage sobre et bien documenté, tout à la fois poétique, distrayant et profondément dépaysant. La jeune femme reconnaît avoir plusieurs projets en préparation, dont je suivrai l'évolution avec intérêt.

J'ai maintenant très envie de me replonger dans la "vraie" littérature japonaise, peut-être avec un Tanizaki ou un Inoue.


Un premier roman original et sans prétention, aux allures de conte fantastique japonais. A découvrir...


Méli se propose de vous en faire gagner un exemplaire sur son blog : vous avez jusqu'au 15 septembre pour participer au concours !


vendredi 28 août 2015

Un océan d'amour - Wilfrid Lupano et Gregory Panaccione



























Delcourt, Collection Mirages, 2014, 224 pages


L'histoire :

Il était une fois un pêcheur breton égaré en mer, tout juste pourvu de quelques boîtes de sardines et d'une mouette pour seule compagnie. Il était une fois une vigoureuse et robuste Bigoudène, lasse d'attendre en vain son mari disparu. Commence alors pour chacun des deux époux une longue quête désespérée, ponctuée d'aventures rocambolesques sur fond d'océan déchaîné.


L'opinion de Miss Léo :

Je ne remercierai jamais assez mon amie Blandine pour m'avoir permis de découvrir ce petit bijou, vers lequel je ne me serais peut-être pas tournée spontanément. Il faut dire que la mer et la pêche ne comptent pas parmi mes principaux centres d'intérêt, malgré toute l'affection que je porte à la Bretagne. Je suis davantage attirée par les galettes, les kouign-amanns, les paysages rocailleux et les bouteilles de cidre brut que par le déferlement des vagues sur la coque des chalutiers rongés par la rouille ou l'odeur des sardines à l'huile. D'ailleurs, j'ai le mal de mer, et je préfère le maquereau. Je partais donc avec un sérieux handicap !

Bref. J'étais curieuse, mais je ne m'attendais pas à aimer autant cette BD sans texte, dont la trame se révèle pourtant d'une richesse et d'une finesse insoupçonnées. On y retrouve l'humour et la subtilité de Wilfrid Lupano, déjà à l'oeuvre dans Les vieux fourneaux (tiens, ça me rappelle que je n'ai toujours pas lu le second tome). L'absence de parole ne nuit pas à l'intérêt ou au rythme de l'histoire, bien au contraire. Les péripéties sont menées tambour battant, et réservent leur lot de surprises, de plus en plus folles, de plus en plus énormes au fur et à mesure que l'on progresse dans le récit. Le contraste entre l'allure et l'éducation traditionnelles de la Bigoudène et la superficialité bling-bling du monde moderne auquel elle se retrouve confrontée par la force des choses crée un décalage saisissant, qui amuse autant qu'il interpelle. Le pêcheur égaré doit quant à lui faire face à l'isolement du navigateur solitaire, au cours d'un long périple ponctué de rencontres fortuites et plus ou moins amicales...

On ne s'ennuie pas un instant, mais tout cela ne serait rien sans la formidable humanité insufflée par les auteurs aux personnages de cette fable pleine de tendresse. Emotion et poésie sont au rendez-vous, et le couple formé par le pêcheur et son épouse finit par acquérir une véritable épaisseur. La Bigoudène en particulier révèle une force de caractère et une obstination insoupçonnées !











































Un océan d'amour dispense également en filigrane un message écologique subtil, qui a le bon goût de ne jamais devenir moralisateur (heureusement, car cela aurait rapidement pu me gonfler). Oiseaux mazoutés, ravages de la pêche intensive des chalutiers à gros tonnage, inconscience d'une civilisation occidentale avide de plaisirs faciles ou encore pollution des océans : Lupano et Panaccione font mouche, et je ne suis pour ma part pas près d'oublier cette vision déprimante du bateau de notre ami pêcheur se frayant péniblement un chemin au milieu d'une innommable marée d'immondices et de détritus...











































Le constat est accablant... Je tiens néanmoins à rassurer les éventuels futurs lecteurs : le message est certes percutant, mais le récit reste avant tout drôle et ancré dans le quotidien (la BD s'ouvre d'ailleurs sur la confection d'un petit-déjeuner typiquement breton). Il s'agit également d'une très belle histoire d'amour, comme vous n'en avez jamais lu !

Pour résumer : tout m'a plu dans cet album plein de charme et tout public, qui se trouve également être un magnifique objet, que je me réjouis de pouvoir ranger dans ma bibliothèque (j'aime beaucoup ce format des éditions Delcourt). La quatrième de couverture est amusante, je vous invite à la lire si vous croisez cet ouvrage en librairie.


Un chef d'oeuvre ! Coup de coeur.


jeudi 27 août 2015

La variante chilienne - Pierre Raufast






















Alma Editeur, 2015, 262 pages


La première phrase :

Tout commença par une grande frayeur.


L'histoire :
(résumé de l'éditeur)

Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux.
Chaque caillou qu’il y dépose correspond à un évènement de sa vie. Deux vacanciers, réfugiés pour l’été au fond d’une vallée, le rencontrent par hasard. Rapidement des liens d’amitiés se tissent au fur et à mesure que Florin puise ses petits cailloux dans les bocaux. À Margaux, l’adolescente éprise de poésie et à Pascal le professeur revenu de tout, il raconte. L’histoire du village noyé de pluie pendant des années, celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase, celle de la piscine transformée en potager ou encore des pieds nickelés qui se servaient d’un cimetière pour trafiquer.



L'opinion de Miss Léo :

Que les choses soient claires.

Je fuis comme la peste la frénésie qui entoure chaque année cette risible comédie médiatique qu'est la Rentrée Littéraire. Je me contrefiche des nouvelles sorties, d'abord parce que je ne lis pratiquement que des poches, mais aussi parce que les titres les plus susceptibles de m'intéresser sont en règle générale des ouvrages d'auteurs anglo-saxons, déjà disponibles depuis plusieurs mois dans leur langue d'origine. Pas de quoi s'exciter...

N'étant pas à une contradiction près, j'ai tout de même décidé de faire quelques exceptions, ce qui explique pourquoi ma première chronique sur le blog, pour mon retour après trois mois d'absence, portera sur un roman fraîchement paru, à savoir la nouvelle pépite de Pierre Raufast, dont j'avais grandement apprécié La fractale des raviolis. Autant dire que j'attendais avec impatience ce nouvel opus !

Verdict : je suis sous le charme. La variante chilienne ne démérite pas, et s'inscrit dans la droite lignée de son prédécesseur, l'effet de surprise en moins. On y retrouve le talent de conteur de Pierre Raufast, qui nous régale une nouvelle fois par sons sens aigu de la narration, au service d'une oeuvre résolument placée sous le signe de l'imagination (celle là même qui fait si souvent défaut aux écrivains français). Le romancier compose une savoureuse mosaïque d'histoires tendres et farfelues, portées par une galerie de personnages inattendus et atypiques. Tour à tour histoire d'amour, d'amitié, fable fantastique, roman noir ou conte philosophique, La variante chilienne réussit l'improbable synthèse de multiples genres littéraires, dans un style fluide et épuré dénué de toute prétention.

L'idée des cailloux-souvenirs entassés dans des bocaux me plaît beaucoup ! J'ai également apprécié la convivialité qui se dégage de ce récit ô combien malicieux, dont la trame narrative est articulée autour de la rencontre de ces trois âmes esseulées et néanmoins complices que sont Florin, Pascal et Margaux. Le texte est ponctué de nombreux clins d'oeil à La fractale, et Pierre Raufast ne se départit jamais d'un certain humour noir teinté de poésie, qui se manifeste aux travers de bien jolies trouvailles (à découvrir en lisant le roman). J'aime cette légèreté morbide, qui constitue en quelque sorte la marque de fabrique d'une voix décidément bien singulière dans le paysage littéraire français.

Pour résumer : je suis fan, et j'attends avec impatience le prochain Raufast


Un deuxième roman jubilatoire, d'une inventivité rafraichissante.


Livre gracieusement envoyé par l'éditeur, que je remercie. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant le nom de mon blog dans les remerciements figurant à la fin de l'ouvrage ! Pierre Raufast n'a sans doute pas fini de nous surprendre... ;-) 




jeudi 20 août 2015

Mon été loin du blog



























Il n'aura sans doute pas échappé à votre sagacité que le blog végète dans un état semi-comateux depuis maintenant presque trois mois. A ce stade, ce n'est plus du slow-blogging, mais de la maltraitance avérée. Je m'étonne d'ailleurs que personne n'ait songé à contacter la DDASS...


Difficile de s'y remettre après une si longue interruption... Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque ! J'ai de (trèèèès) nombreuses lectures à chroniquer, mais je souhaitais revenir avec un billet plus léger, afin de me replonger doucement dans le bain. J'ai donc choisi de vous conter mon été (non, ne partez pas !), à la manière du Moi après mois de Moka.


Morceaux choisis...

Terminer l'année scolaire sur les rotules, après un mois de juin bien rempli / Faire la sieste tous les jours / Punaise, le développement embryonnaire, ça use ! / Bruncher au Café L'Atelier en compagnie de ma Béa Comète adorée / Aller voir l'exposition Tudors au Luxembourg / En sortir légèrement déçue / Avoir une seule et unique mini-nausée, et se dire que celles qui endurent ça quotidiennement pendant trois mois n'ont vraiment pas de bol (message personnel à Galéa ^_^) / Pffff, j'ai aucune idée de prénom de garçon... Pourvu que ce soit une fille ! / Lire / Entendre le coeur du foetus battre à l'échographie / Etre à deux doigts de verser une petite larme / Sexe indiscernable, rendez-vous en septembre pour plus d'informations / A beer, my kingdom for a beer ! / Passer plusieurs heures en compagnie d'une amie américaine, en visite à Paris / La Bretagne, ça vous gagne ! / Lire / Galettes et jus de pomme à foison / Tiens, bébé, goûte-moi ce kouign amann de la mort qui tue ! / Choisir la pointe du Van plutôt que la pointe du Raz, pour éviter la foule / Marcher le long du chemin des Douaniers / Se baigner à Ste Marine / S'excuser auprès du bébé pour l'avoir inconsidérément immergé dans l'eau glacée / Arpenter les rues de Quimper / Lire / Se réjouir de retrouver la pluie après la canicule / Rentrer à Paris...


Pointe du Van (Finistère)
en haut à gauche, c'est moi










Aller chez IKEA / J'ai envie d'un mojito ! / Annoncer la grossesse aux amis et à la famille / Se réjouir des réactions bienveillantes et souvent sincèrement enthousiastes / Echapper aux remarques toxiques et aux conseils plus ou moins avisés / Se dire que l'on a la chance d'être bien entouré / Fêter ses 36 ans avec deux amies très chères, et recevoir de jolis cadeaux (un livre et une superbe BD) / Se faire dorloter par le père du bébé / Choisir des vêtements de grossesse chez Vertbaudet et H&M / Punaise, ils sont vachement mieux coupés que mes vêtements "normaux" ! / Se défouler sur le vélo elliptique de la salle de sport / Je serai super affûtée à la rentrée, pour le début de la saison d'escrime ! / Ah non, c'est vrai, pas d'escrime cette année... / Prendre l'apéro un Orangina en terrasse avec Laure de Micmélo / Lire / Guetter la publication des résultats de mes élèves aux concours sur internet / Chouette, deux admis à Sup'optique ! / I'm craving for a Martini / London's calling ! / Découvrir le dernier Mission : Impossible à Leicester Square / Passer un bon moment, mais pester contre le niveau sonore excessif / Manger au libanais près de l'hôtel à Paddington / Mais pourquoi n'étais-je encore jamais allée visiter l'Imperial War Museum ??? / Passer des heures dans les sections consacrées à la Première Guerre Mondiale et aux Services Secrets / Baver devant le Spitfire / Finir la journée au théâtre, devant une formidable adaptation de 1984 de George Orwell / Embarquer à bord d'un Thames Clipper / Orgasme gustatif à Greenwich : le meilleur brownie de ma vie / Découvrir le parc et son panorama / Lire / Craquage chez Waterstone's / Acheter des ouvrages sur le Blitz, Hiroshima, la Peste Noire, la première guerre mondiale / On ne se refait pas... / Je suis d'humeur joyeuse ! / Un peu de fatigue quand même / J'ai l'utérus qui se dilate (et le foie, qu'est pas droit) / Afternoon-tea avant de rejoindre St Pancras / Croiser des junkies en sortant de la Gare du Nord / AutoLib' cradingue / Périphérique fermé / Bienvenue à Paris !

Se dire que quand même, il serait temps d'écrire les chroniques des services-presse reçus en mai / Oui mais non, j'ai pas envie / Je crois que je l'ai senti bouger ! / Tiens, et si j'écrivais sur le blog ? / Non, j'ai trop la flemme / Lire / Ne pas comprendre l'effervescence suscitée par la Rentrée Littéraire / Sortir de ma PAL des classiques russe et hongrois, ainsi qu'un roman chinois d'il y a dix ans / Et si je m'achetais un fromage au lait cru ? / Ah non, zut, j'ai pas le droit... / Trier des papiers, et ranger mon bureau / Ecouter de la musique classique / Avoir le ventre de plus en plus saillant / Penser aux Parapluies de Cherbourg : Crois-tu que Cassard aura envie de m'épouser, lorsqu'il me verra engrossée de la sorte ? Geneviève, quel langage ! Déformée, boursouflée... Puisque ni toi ni moi n'avons eu le courage de lui avouer la vérité... Là au moins, ça se verraaaaaaaa ! / Plaindre le bébé, qui va devoir m'écouter chanter pendant encore cinq mois / Profiter des deux dernières semaines de tranquillité avant la reprise / Ressentir l'envie de relire Rebecca / Glander / Putain, plus que dix jours avant la rentrée !


Bilan lecture

Vingt-neuf livres lus entre le 20 juin et le 20 août 2015.

- Doomsday Book (Oxford Time Travels T.1), de Connie Willis
- Incision, de Marc Raabe
- Le Prédicateur, de Camilla Läckberg
- La tête de la reine, d'Edward Marston
- Une telle assemblée, de Pamela Aidan
- The Ruby in the Smoke (Sally Lockhart T.1), de Philip Pullman
- La mémoire est une chienne indocile, d'Elliot Perlman
- The Spellman Files, de Lisa Lutz
- La maison biscornue, d'Agatha Christie
- Le mur invisible, de Marlen Haushofer
- Hate List, de Jennifer Brown
- Le projet Bleiberg, de David S. Khara
- 'Salem's Lot, de Stephen King
- La confidente des morts, d'Ariana Franklin
- Un océan d'amour, de Lupano et Panaccione (BD)
- Maus, d'Art Spiegelman (relecture)
- Deux minutes, de Coralie Bru
- HHhH, de Laurent Binet
- Anne F., de Hafid Aggoune
- L'amour est dans le foin, d'Angela Morelli
- Le manoir de Tyneford, de Natasha Solomons
- To die for, de Joyce Maynard
- La lamentation du prépuce, de Shalom Auslander
- Terminus Belz, d'Emmanuel Grand
- La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson
- La variante chilienne, de Pierre Raufast
- La garde blanche, de Mikhail Boulgakov
- Le testament de Marie, de Colm Toibin
- L'héritage d'Esther, de Sandor Marai


A bientôt pour (je l'espère) quelques chroniques plus littéraires !







jeudi 4 juin 2015

1974 - David Peace



























Titre original : Nineteen Seventy Four
Traduction (anglais) : Daniel Lemoine
Rivages/Noir, 1999, 396 pages


La première phrase :

- C'est toujours pareil : ce con de Lord Lucan et des putains de corbeaux sans ailes, fit Gilman, souriant, comme si c'était le plus beau jour de notre vie.


L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier. Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead. Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes. Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire : policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…


L'opinion de Miss Léo :

Il ne vous aura pas échappé que j'ai d'ores et déjà pris un retard conséquent sur l'écriture de mes billets consacrés au Mois Anglais. J'avais pourtant (et pour la première fois) fait l'effort de lire quelques livres en avance, afin de ne pas me retrouver complètement débordée à l'entame d'un mois de juin généralement chargé en activités et obligations professionnelles diverses. J'étais pleine d'espoir... mais Roland-Garros est passé par là, et ma motivation bloguesque en a pris un sacré coup. On ne se refait pas !

Je n'ai cependant pas (encore) renoncé à vous parler des quelques romans anglais dévorés en mai. Nous sommes le 4 juin, et je commencerai donc par ce surprenant roman noir, lu il y a quelques semaines en prévision de la journée consacrée aux polars. Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire court. Dont acte.

1974 est le premier tome d'une tétralogie consacrée au Yorkshire. David Peace ne ménage pas son lecteur, qui doit dans un premier temps s'approprier le style très particulier du romancier. L'écriture est hachée, sèche et percutante, et la narration elliptique demande une attention de tous les instants. On se perd un peu dans les méandres de l'intrigue, contée sur un mode hypnotique par le jeune journaliste Edward Dunford, lequel traîne ses guêtres le long des routes du Yorkshire, à la recherche du scoop qui lui permettra de percer définitivement dans sa profession (la salle de presse est décrite comme un repaire de vipères aux dents longues, où chacun doit lutter pour gagner sa place au sein d'un écheveau de rivalités mesquines). Les principaux protagonistes de l'histoire interviennent sans avoir été présentés au préalable, ce qui rend parfois leur identification laborieuse. David Peace donne peu de clés, et laisse son lecteur naviguer à vue, au prix de réels efforts.

Edward Dunford est un personnage profondément antipathique, qui plus est obnubilé par ses propres intérêts. Le jeune homme enquête sans aucune empathie sur la disparition de plusieurs fillettes, espérant tirer profit de ses découvertes. Il fouine un peu partout, bien aidé en cela par les révélations de quelques informateurs peu scrupuleux, et se retrouve plongé malgré lui au coeur d'une vaste affaire de corruption, de pots de vin et de détournement d'argent, impliquant politiciens et entrepreneurs immobiliers de la région (tous pourris !). Et si la disparition de Clare Kempsey n'était que le dommage collatéral de sinistres machinations financières ?    

David Peace signe un roman violent, très sombre, sans jamais tomber dans le racolage bas de gamme. L'intrigue n'est absolument pas manichéenne, et les personnages sont loin d'être angéliques : difficile d'identifier les "gentils" et les "méchants", quand tous semblent rongés par l'ambition, ou au contraire totalement désabusés et résignés. Point de héros altruiste et désintéressé dans 1974 ! Nul ne semble réellement soucieux de faire éclater la vérité, encore moins de défendre la cause des victimes. La dernière partie du récit nous réserve une succession de scènes âpres et haletantes, dont le réalisme chirurgical fait froid dans le dos.

Le roman dans son ensemble n'est pas toujours facile à lire, l'auteur n'hésitant pas à bousculer son lecteur privé de repères, mais j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome, et je me réjouis à l'idée de découvrir les suivants ! Je ne suis en revanche pas sûre que la plume de David Peace fasse l'unanimité. A vous de voir...


Un roman noir étonnant, sombre concentré de noirceur humaine. A lire !

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Première participation au Mois Anglais 2015.

vendredi 22 mai 2015

A British Mini Swap avec Lili, Arieste et Filipa




















J'étais d'humeur swappeuse en ce début d'année 2015, aussi n'ai-je pas hésité bien longtemps avant de m'inscrire à l'échange proposé par notre chère Alice, m'engageant ainsi à envoyer et recevoir trois mini-colis au cours de la deuxième quinzaine d'avril. Mes partenaires et moi-même avions chacune choisi trois thèmes "british", qu'Alice se chargea ensuite d'attribuer aux autres membres de l'équipe.

Il est temps de vous présenter le contenu des trois colis reçus, dont le déballage frénétique fut ponctué de couinements et autres exclamations enthousiastes.


Le colis de Lili











































Lili et moi avions sans le savoir choisi le même thème, dans le but d'approfondir notre connaissance de la Science-fiction britannique. Je me réjouis de pouvoir enfin découvrir le fameux 1984 de George Orwell, que l'on ne présente plus, et que j'essayerai de lire pour le Mois Anglais. Soyez certains que je ne manquerai pas d'utiliser mon adorable marque-page "chats" à cette occasion. Est-il besoin de préciser que je suis déjà totalement fan de mon superbe tote-bag Dodo & Cath, particulièrement bien choisi par ma binômette de choc ? Quant aux plaques de chocolat... elles ont déjà disparu !!

Well-done, Lili !

Pour découvrir le colis que j'ai envoyé à Lili : c'est ici.


Le colis d'Arieste




























J'avais opté pour un deuxième thème un peu fourre-tout, concernant les Romans britanniques adaptés au cinéma. Aymeline/Arieste a parfaitement rempli sa mission ! Son choix s'est porté sur L'espion qui venait du froid de John le Carré (adapté en 1965, avec Richard Burton dans le rôle principal). Je n'ai jamais rien lu de cet écrivain, qui m'intrigue pourtant depuis de très nombreuses années. Le roman était accompagné d'un très joli carnet shakespearien, dont la couverture me plaît beaucoup, ainsi que d'un mélanges de thés aux arômes de châtaignes et de violettes. Ô joie !

Merci Aymeline ! Celle-ci a d'autant plus de mérite que le colis que je lui ai envoyé s'est perdu en cours de route. J'ai déposé une réclamation à la Poste, et j'attends une réponse imminente des services concernés...


Le colis de Filipa



























Voyons maintenant le contenu du dernier colis, ouvert quelques jours après les deux précédents. Filipa m'a concocté un bien joli paquet, parfaitement dans le ton de mon troisième thème à résonance historique : Du Moyen Âge aux Tudors. Je suis comme beaucoup de blogueuses très intéressée par le règne du délicieux Henry VIII, aussi lirai-je avec grand plaisir L'héritage Boleyn de Philippa Gregory. Pas sûre qu'il s'agisse de grande littérature, mais je m'attends néanmoins à une histoire prenante et intelligemment romancée. Je suis évidemment conquise par le petit carnet bleu, le chocolat noir et les deux sachets de thé (que des valeurs sûres), mais je reconnais avoir été particulièrement séduite par ce petit objet étrange et cocasse :












J'ai bien ri en découvrant cette surprenante catapulte en métal, dont le mécanisme fonctionne parfaitement. Jugez plutôt : 















L'occasion pour moi de me remémorer cet échange savoureux :

Arthur : Merci beaucoup. Donc, voici une catapulte. Comme vous pouvez le constater, et à la différence de certaines autres armes de jet, celle-ci est munie de roulettes, ce qui la classe dans la catégorie des armes…

Perceval : A ROULETTES !!! Oulah… heum… (à Yvain) j’lai un peu trop gueulé ça non ? (à Arthur) A roulettes.

Arthur : … ce qui la classe dans la catégorie des armes mobiles.

Perceval : A roulettes mobiles ?

Gauvain : Mon oncle, doit-on en conclure que la catapulte n’appartient pas à la catégorie des armes de jet à roulettes fixes ?

Yvain : Ouais c’est comme le poney par rapport au cheval.

Gauvain : Ah non attention non. Non là je suis pas sûr, non.

(Copyright Kaamelott / Alexandre Astier)


Bravo Filipa, et merci pour tout !

Pour découvrir le colis que j'ai envoyé à Filipa : c'est ici.


This is the end...

Je ne regrette pas d'avoir une nouvelle fois succombé à la magie du swap. Merci à mes coéquipières (vous avez assuré comme des chefs), mais aussi (surtout) à Alice, qui fut à l'origine de ce très chouette échange. Vivement le prochain !

vendredi 15 mai 2015

Le maître des illusions - Donna Tartt








Lecture commune 
avec 
Titine, Maggie 
et Shelbylee













Titre original : The Secret History
Traduction (américain) : Pierre Alien
Pocket, Plon, 1992, 706 pages


La première phrase :

La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation.


L'histoire :

Richard Papen quitte sa Californie natale pour rejoindre l'université de Hampden, Vermont. Contre toute attente, il est admis à suivre les cours de Julian Morrow, professeur de Grec ancien atypique et extrêmement sélectif, et rejoint ainsi un petit groupe déjà constitué de cinq étudiants, fonctionnant en vase clos et n'entretenant que peu de contacts avec les autres élèves du campus. Le jeune homme est fasciné par ses condisciples, dont l'entente harmonieuse et les relations fusionnelles ne cessent de l'émerveiller. Derrière les apparences idylliques se cache toutefois une sombre réalité... De l'amitié au meurtre, il n'y a qu'un pas, que Richard et ses nouveaux amis s'apprêtent à franchir allègrement !


L'opinion de Miss Léo :

Mise en garde préalable : ne vous fiez ni au titre français, ni à la quatrième de couverture, qui donnent une image assez trompeuse du roman (je sais que cela a gêné certaines de mes amies blogueuses, qui s'attendaient à tout autre chose, et ont par conséquent été déçues).

Point de mystère à élucider, de rebondissements inattendus ou de twist final spectaculaire dans ce Maître des illusions, à l'intrigue finalement très linéaire. Le meurtre de Bunny Corcoran est ainsi annoncé dès la première page, et les deux parties du roman s'attachent à en décortiquer les causes, les circonstances ainsi que les conséquences sur la vie des autres personnages. Cette "histoire secrète" (voir le titre original) nous est contée par Richard Papen, lequel nous livre sa version des faits (on peut d'ailleurs douter de sa sincérité).

Donna Tartt signe un roman élaboré et réfléchi, à l'atmosphère séduisante et soigneusement travaillée. Le maître des illusions appartient à un genre anglo-saxon que j'adore, à savoir celui du campus-novel ou de la chronique de moeurs estudiantine. L'intrigue se déroule dans une université champêtre de la côte est, où règne une ambiance quasi-intemporelle (j'ai longtemps eu du mal à savoir à quelle époque se déroulait le roman). Amitiés naissantes et soirées de débauche animent le quotidien de ces jeunes esprits influençables, entre lesquels se nouent parfois des relations de dépendance ou de fascination, comme c'est le cas au sein du petit groupe intégré par Richard. La romancière prend le temps de construire des personnages à la psychologie approfondie. Henry, Bunny, Francis et les jumeaux Charles et Camilla Macaulay constituent ainsi les figures marquantes d'un drame en deux actes : ces étudiants modèles (?), imprégnés de culture classique et conscients de leur supériorité intellectuelle (ils étudient le grec et les civilisations antiques avec une application soutenue), semblent un peu trop mûrs pour leur âge, ce qui génère très vite un sentiment de malaise. Le narrateur découvre des personnalités fascinantes, dont le snobisme et l'élitisme l'attirent inexorablement, au point de lui faire perdre tout discernement. Il convient d'ailleurs de remarquer que Richard Papen n'est pas un simple témoin, et prend une part active aux événements qu'il décrit (contrairement au Nick Carraway de Gatsby, qui reste extérieur à la tragédie qui se joue autour de lui).

On prend un malin plaisir à suivre ces personnages détestables et odieux, qui se dévoilent peu à peu dans toute leur effrayante perversité. Le groupe fonctionne en autarcie, et développe ses propres codes et autres valeurs morales, se coupant chaque jour davantage des exigences de la vie en société. Donna Tartt dissèque des comportements profondément malsains et destructeurs, et l'on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine tristesse devant un tel gâchis (amplifié par l'abus de drogues et d'alcool).

La tension monte progressivement, et le meurtre survient à la fin de la première partie, créant une nette rupture dans le récit. Les masques tombent, l'assurance de façade se fissure, les illusions volent en éclat. Les assassins ne montrent aucun remords, mais tremblent à l'idée d'être découverts. Me sont alors revenus en mémoiredes souvenirs d'autres oeuvres littéraires et cinématographiques, bâties selon le même schéma : An American Tragedy de Theodore Dreiser, ainsi que ses deux adaptations hollywoodiennes ; Crime et châtiment, revisité par Woody Allen dans son sublime Match Point. La deuxième partie consacrée à l'enquête et aux funérailles de Bunny est intéressante, mais à mon sens moins aboutie que la première. L'intérêt se dilue quelque peu, et le rythme s'essouffle dans les deux cents dernières pages. J'ai trouvé que les personnages devenaient parfois trop excessifs, et donc moins crédibles. Julian Morrow, énigmatique professeur de grec ancien, me semble quant à lui totalement sous-exploité. Il n'apparaît que brièvement, et rien ne semble justifier l'aura dont il bénéficie auprès de ses six élèves (je m'attendais à ce qu'il joue un rôle plus important dans le dénouement de l'intrigue).

Pour résumer : j'ai été séduite par l'écriture très fluide de Donna Tartt, bien que celle-ci ne soit pas toujours bien servie par une traduction souvent approximative (j'ai noté un certain nombre de maladresses). Le Maître des illusions est un excellent roman, qui comporte de très belles séquences, et je me suis régalée en le lisant, malgré quelques longueurs dans la dernière partie. 


Un roman passionnant, malgré une dernière partie décevante. A découvrir !


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Pavé de mai pour Bianca.