jeudi 4 juin 2015

1974 - David Peace



























Titre original : Nineteen Seventy Four
Traduction (anglais) : Daniel Lemoine
Rivages/Noir, 1999, 396 pages


La première phrase :

- C'est toujours pareil : ce con de Lord Lucan et des putains de corbeaux sans ailes, fit Gilman, souriant, comme si c'était le plus beau jour de notre vie.


L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier. Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead. Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes. Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire : policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…


L'opinion de Miss Léo :

Il ne vous aura pas échappé que j'ai d'ores et déjà pris un retard conséquent sur l'écriture de mes billets consacrés au Mois Anglais. J'avais pourtant (et pour la première fois) fait l'effort de lire quelques livres en avance, afin de ne pas me retrouver complètement débordée à l'entame d'un mois de juin généralement chargé en activités et obligations professionnelles diverses. J'étais pleine d'espoir... mais Roland-Garros est passé par là, et ma motivation bloguesque en a pris un sacré coup. On ne se refait pas !

Je n'ai cependant pas (encore) renoncé à vous parler des quelques romans anglais dévorés en mai. Nous sommes le 4 juin, et je commencerai donc par ce surprenant roman noir, lu il y a quelques semaines en prévision de la journée consacrée aux polars. Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire court. Dont acte.

1974 est le premier tome d'une tétralogie consacrée au Yorkshire. David Peace ne ménage pas son lecteur, qui doit dans un premier temps s'approprier le style très particulier du romancier. L'écriture est hachée, sèche et percutante, et la narration elliptique demande une attention de tous les instants. On se perd un peu dans les méandres de l'intrigue, contée sur un mode hypnotique par le jeune journaliste Edward Dunford, lequel traîne ses guêtres le long des routes du Yorkshire, à la recherche du scoop qui lui permettra de percer définitivement dans sa profession (la salle de presse est décrite comme un repaire de vipères aux dents longues, où chacun doit lutter pour gagner sa place au sein d'un écheveau de rivalités mesquines). Les principaux protagonistes de l'histoire interviennent sans avoir été présentés au préalable, ce qui rend parfois leur identification laborieuse. David Peace donne peu de clés, et laisse son lecteur naviguer à vue, au prix de réels efforts.

Edward Dunford est un personnage profondément antipathique, qui plus est obnubilé par ses propres intérêts. Le jeune homme enquête sans aucune empathie sur la disparition de plusieurs fillettes, espérant tirer profit de ses découvertes. Il fouine un peu partout, bien aidé en cela par les révélations de quelques informateurs peu scrupuleux, et se retrouve plongé malgré lui au coeur d'une vaste affaire de corruption, de pots de vin et de détournement d'argent, impliquant politiciens et entrepreneurs immobiliers de la région (tous pourris !). Et si la disparition de Clare Kempsey n'était que le dommage collatéral de sinistres machinations financières ?    

David Peace signe un roman violent, très sombre, sans jamais tomber dans le racolage bas de gamme. L'intrigue n'est absolument pas manichéenne, et les personnages sont loin d'être angéliques : difficile d'identifier les "gentils" et les "méchants", quand tous semblent rongés par l'ambition, ou au contraire totalement désabusés et résignés. Point de héros altruiste et désintéressé dans 1974 ! Nul ne semble réellement soucieux de faire éclater la vérité, encore moins de défendre la cause des victimes. La dernière partie du récit nous réserve une succession de scènes âpres et haletantes, dont le réalisme chirurgical fait froid dans le dos.

Le roman dans son ensemble n'est pas toujours facile à lire, l'auteur n'hésitant pas à bousculer son lecteur privé de repères, mais j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome, et je me réjouis à l'idée de découvrir les suivants ! Je ne suis en revanche pas sûre que la plume de David Peace fasse l'unanimité. A vous de voir...


Un roman noir étonnant, sombre concentré de noirceur humaine. A lire !

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Première participation au Mois Anglais 2015.

vendredi 22 mai 2015

A British Mini Swap avec Lili, Arieste et Filipa




















J'étais d'humeur swappeuse en ce début d'année 2015, aussi n'ai-je pas hésité bien longtemps avant de m'inscrire à l'échange proposé par notre chère Alice, m'engageant ainsi à envoyer et recevoir trois mini-colis au cours de la deuxième quinzaine d'avril. Mes partenaires et moi-même avions chacune choisi trois thèmes "british", qu'Alice se chargea ensuite d'attribuer aux autres membres de l'équipe.

Il est temps de vous présenter le contenu des trois colis reçus, dont le déballage frénétique fut ponctué de couinements et autres exclamations enthousiastes.


Le colis de Lili











































Lili et moi avions sans le savoir choisi le même thème, dans le but d'approfondir notre connaissance de la Science-fiction britannique. Je me réjouis de pouvoir enfin découvrir le fameux 1984 de George Orwell, que l'on ne présente plus, et que j'essayerai de lire pour le Mois Anglais. Soyez certains que je ne manquerai pas d'utiliser mon adorable marque-page "chats" à cette occasion. Est-il besoin de préciser que je suis déjà totalement fan de mon superbe tote-bag Dodo & Cath, particulièrement bien choisi par ma binômette de choc ? Quant aux plaques de chocolat... elles ont déjà disparu !!

Well-done, Lili !

Pour découvrir le colis que j'ai envoyé à Lili : c'est ici.


Le colis d'Arieste




























J'avais opté pour un deuxième thème un peu fourre-tout, concernant les Romans britanniques adaptés au cinéma. Aymeline/Arieste a parfaitement rempli sa mission ! Son choix s'est porté sur L'espion qui venait du froid de John le Carré (adapté en 1965, avec Richard Burton dans le rôle principal). Je n'ai jamais rien lu de cet écrivain, qui m'intrigue pourtant depuis de très nombreuses années. Le roman était accompagné d'un très joli carnet shakespearien, dont la couverture me plaît beaucoup, ainsi que d'un mélanges de thés aux arômes de châtaignes et de violettes. Ô joie !

Merci Aymeline ! Celle-ci a d'autant plus de mérite que le colis que je lui ai envoyé s'est perdu en cours de route. J'ai déposé une réclamation à la Poste, et j'attends une réponse imminente des services concernés...


Le colis de Filipa



























Voyons maintenant le contenu du dernier colis, ouvert quelques jours après les deux précédents. Filipa m'a concocté un bien joli paquet, parfaitement dans le ton de mon troisième thème à résonance historique : Du Moyen Âge aux Tudors. Je suis comme beaucoup de blogueuses très intéressée par le règne du délicieux Henry VIII, aussi lirai-je avec grand plaisir L'héritage Boleyn de Philippa Gregory. Pas sûre qu'il s'agisse de grande littérature, mais je m'attends néanmoins à une histoire prenante et intelligemment romancée. Je suis évidemment conquise par le petit carnet bleu, le chocolat noir et les deux sachets de thé (que des valeurs sûres), mais je reconnais avoir été particulièrement séduite par ce petit objet étrange et cocasse :












J'ai bien ri en découvrant cette surprenante catapulte en métal, dont le mécanisme fonctionne parfaitement. Jugez plutôt : 















L'occasion pour moi de me remémorer cet échange savoureux :

Arthur : Merci beaucoup. Donc, voici une catapulte. Comme vous pouvez le constater, et à la différence de certaines autres armes de jet, celle-ci est munie de roulettes, ce qui la classe dans la catégorie des armes…

Perceval : A ROULETTES !!! Oulah… heum… (à Yvain) j’lai un peu trop gueulé ça non ? (à Arthur) A roulettes.

Arthur : … ce qui la classe dans la catégorie des armes mobiles.

Perceval : A roulettes mobiles ?

Gauvain : Mon oncle, doit-on en conclure que la catapulte n’appartient pas à la catégorie des armes de jet à roulettes fixes ?

Yvain : Ouais c’est comme le poney par rapport au cheval.

Gauvain : Ah non attention non. Non là je suis pas sûr, non.

(Copyright Kaamelott / Alexandre Astier)


Bravo Filipa, et merci pour tout !

Pour découvrir le colis que j'ai envoyé à Filipa : c'est ici.


This is the end...

Je ne regrette pas d'avoir une nouvelle fois succombé à la magie du swap. Merci à mes coéquipières (vous avez assuré comme des chefs), mais aussi (surtout) à Alice, qui fut à l'origine de ce très chouette échange. Vivement le prochain !

vendredi 15 mai 2015

Le maître des illusions - Donna Tartt








Lecture commune 
avec 
Titine, Maggie 
et Shelbylee













Titre original : The Secret History
Traduction (américain) : Pierre Alien
Pocket, Plon, 1992, 706 pages


La première phrase :

La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation.


L'histoire :

Richard Papen quitte sa Californie natale pour rejoindre l'université de Hampden, Vermont. Contre toute attente, il est admis à suivre les cours de Julian Morrow, professeur de Grec ancien atypique et extrêmement sélectif, et rejoint ainsi un petit groupe déjà constitué de cinq étudiants, fonctionnant en vase clos et n'entretenant que peu de contacts avec les autres élèves du campus. Le jeune homme est fasciné par ses condisciples, dont l'entente harmonieuse et les relations fusionnelles ne cessent de l'émerveiller. Derrière les apparences idylliques se cache toutefois une sombre réalité... De l'amitié au meurtre, il n'y a qu'un pas, que Richard et ses nouveaux amis s'apprêtent à franchir allègrement !


L'opinion de Miss Léo :

Mise en garde préalable : ne vous fiez ni au titre français, ni à la quatrième de couverture, qui donnent une image assez trompeuse du roman (je sais que cela a gêné certaines de mes amies blogueuses, qui s'attendaient à tout autre chose, et ont par conséquent été déçues).

Point de mystère à élucider, de rebondissements inattendus ou de twist final spectaculaire dans ce Maître des illusions, à l'intrigue finalement très linéaire. Le meurtre de Bunny Corcoran est ainsi annoncé dès la première page, et les deux parties du roman s'attachent à en décortiquer les causes, les circonstances ainsi que les conséquences sur la vie des autres personnages. Cette "histoire secrète" (voir le titre original) nous est contée par Richard Papen, lequel nous livre sa version des faits (on peut d'ailleurs douter de sa sincérité).

Donna Tartt signe un roman élaboré et réfléchi, à l'atmosphère séduisante et soigneusement travaillée. Le maître des illusions appartient à un genre anglo-saxon que j'adore, à savoir celui du campus-novel ou de la chronique de moeurs estudiantine. L'intrigue se déroule dans une université champêtre de la côte est, où règne une ambiance quasi-intemporelle (j'ai longtemps eu du mal à savoir à quelle époque se déroulait le roman). Amitiés naissantes et soirées de débauche animent le quotidien de ces jeunes esprits influençables, entre lesquels se nouent parfois des relations de dépendance ou de fascination, comme c'est le cas au sein du petit groupe intégré par Richard. La romancière prend le temps de construire des personnages à la psychologie approfondie. Henry, Bunny, Francis et les jumeaux Charles et Camilla Macaulay constituent ainsi les figures marquantes d'un drame en deux actes : ces étudiants modèles (?), imprégnés de culture classique et conscients de leur supériorité intellectuelle (ils étudient le grec et les civilisations antiques avec une application soutenue), semblent un peu trop mûrs pour leur âge, ce qui génère très vite un sentiment de malaise. Le narrateur découvre des personnalités fascinantes, dont le snobisme et l'élitisme l'attirent inexorablement, au point de lui faire perdre tout discernement. Il convient d'ailleurs de remarquer que Richard Papen n'est pas un simple témoin, et prend une part active aux événements qu'il décrit (contrairement au Nick Carraway de Gatsby, qui reste extérieur à la tragédie qui se joue autour de lui).

On prend un malin plaisir à suivre ces personnages détestables et odieux, qui se dévoilent peu à peu dans toute leur effrayante perversité. Le groupe fonctionne en autarcie, et développe ses propres codes et autres valeurs morales, se coupant chaque jour davantage des exigences de la vie en société. Donna Tartt dissèque des comportements profondément malsains et destructeurs, et l'on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine tristesse devant un tel gâchis (amplifié par l'abus de drogues et d'alcool).

La tension monte progressivement, et le meurtre survient à la fin de la première partie, créant une nette rupture dans le récit. Les masques tombent, l'assurance de façade se fissure, les illusions volent en éclat. Les assassins ne montrent aucun remords, mais tremblent à l'idée d'être découverts. Me sont alors revenus en mémoiredes souvenirs d'autres oeuvres littéraires et cinématographiques, bâties selon le même schéma : An American Tragedy de Theodore Dreiser, ainsi que ses deux adaptations hollywoodiennes ; Crime et châtiment, revisité par Woody Allen dans son sublime Match Point. La deuxième partie consacrée à l'enquête et aux funérailles de Bunny est intéressante, mais à mon sens moins aboutie que la première. L'intérêt se dilue quelque peu, et le rythme s'essouffle dans les deux cents dernières pages. J'ai trouvé que les personnages devenaient parfois trop excessifs, et donc moins crédibles. Julian Morrow, énigmatique professeur de grec ancien, me semble quant à lui totalement sous-exploité. Il n'apparaît que brièvement, et rien ne semble justifier l'aura dont il bénéficie auprès de ses six élèves (je m'attendais à ce qu'il joue un rôle plus important dans le dénouement de l'intrigue).

Pour résumer : j'ai été séduite par l'écriture très fluide de Donna Tartt, bien que celle-ci ne soit pas toujours bien servie par une traduction souvent approximative (j'ai noté un certain nombre de maladresses). Le Maître des illusions est un excellent roman, qui comporte de très belles séquences, et je me suis régalée en le lisant, malgré quelques longueurs dans la dernière partie. 


Un roman passionnant, malgré une dernière partie décevante. A découvrir !


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Pavé de mai pour Bianca.








mardi 12 mai 2015

Mausolée - Antoine Tracqui



























Editions Critic, 2015, 944 pages


La première phrase :

Sur les falaises, le vent soufflait en bourrasques depuis le milieu de l'après-midi, courbant les sapins dont les silhouettes échevelées se fondaient dans le crépuscule grandissant.


L'histoire :

Avril 2020. On prend les mêmes, et on recommence ! Le milliardaire Kendall Kjölsrud et sa fille Poppy s'attachent à nouveau les services de l'Ecossais Caleb McKay et de ses amis de la Hard Rescues, à peine remis de leurs précédentes aventures en Antarctique. Il s'agit cette fois d'éclaircir le mystère qui entoure la mort du Premier Empereur de Chine, dont la tombe pourrait bien se trouver quelque part en Oregon (hé hé hé, avouez-le, vous êtes intrigués)... Les hommes (et femmes) de la K2 ne sont évidemment pas seuls sur le coup, et ne tardent pas à voir débarquer une horde de soldats sanguinaires, dépêchés sur place par un redoutable dictateur nord-coréen, lui-même fou à lier et profondément belliqueux. 


L'opinion de Miss Léo :

Je me suis déjà longuement exprimée sur le premier tome, aussi vais-je me contenter d'un avis plus succinct pour ce nouvel opus. Mausolée s'inscrit en effet dans la lignée de Point Zéro, pour notre plus grand bonheur. Antoine Tracqui trouve le parfait équilibre entre les différents ingrédients de ce cocktail explosif d'action, de technologie et d'archéologie, pimenté par un zeste de mystère historique et porté par des héros/héroïnes attachants et intelligents, que l'on prend plaisir à retrouver dans ce second tome.

Le récit est mené tambour battant, et ne laisse guère de répit au lecteur, constamment tenu en haleine par une intrigue suivant simultanément et pratiquement en temps réel les actions de plusieurs personnages en différents lieux. Au coeur de l'histoire, cette folle supposition : et si les Chinois avaient été les premiers à découvrir l'Amérique ? Au delà de l'intérêt purement historique que présenterait une telle découverte, la découverte d'artefacts abandonnés sur le continent américain par le premier Empereur de Chine semble revêtir un intérêt crucial pour le redoutable colonel Ji, dictateur nord-coréen convoitant les reliques de l'ancien souverain. Ce dernier règne d'une main de fer sur une société déshumanisée et militarisée, obéissant aveuglément à un Premier Sujet obnubilé par ses rêves de grandeur, dont la folie meurtrière ferait presque passer la famille Kim pour une tribu de doux agneaux. Les nombreuses incursions en Corée du Nord font froid dans le dos, et j'ai beaucoup aimé cet aspect du récit !

Mausolée est un techno-thriller dynamique, dont la violence est compensée par l'humour de l'auteur, qui ne se prend guère au sérieux. Cet esprit potache ne l'empêche cependant pas de se montrer très réaliste et rigoureux dans la description d'un futur proche basé sur des innovations technologiques déjà à l'étude de nos jours. Du sang, des explosions, des drones, des avions hypersoniques, un armement ultra-sophistiqué, des IA de plus en plus performantes et un soupçon de biologie en prime : au delà de l'action pure, Antoine Tracqui apparaît surtout très attaché au contenu scientifique de ses romans, et je reconnais avoir été très sensible à cet aspect, qui pourrait pourtant en rebuter certain(e)s.

Les enjeux dramatiques sont par ailleurs clairement définis : empêcher la Troisième Guerre Mondiale ; repérer l'emplacement du tombeau de l'Empereur Qin Shi Huangdi ; trouver la plante qui permettra à Kendall et Poppy de renouveler leur stock déjà sérieusement entamé d'élixir de jouvence, et (pourquoi pas ?) d'en faire profiter l'humanité tout entière. L'intrigue peut sembler un peu fumeuse lorsqu'on la raconte de cette façon, mais chaque détail est pourtant parfaitement rationnel et soigneusement étudié, ce qui permet à Antoine Tracqui de nous entraîner là où il le souhaite. Qu'il s'agisse de jouer les Indiana Jones en explorant des cités ancestrales enfouies sous dix mètres de terre, ou de se poser en avion de chasse sur le toit d'un train blindé lancé à grande vitesse sur les voies nord-coréennes, tout semble à la fois délicieusement absurde et totalement crédible. L'intrigue regorge de superbes trouvailles (je pense notamment à la découverte d'une surprenante invention datant du troisième siècle avant JC, dont je ne vous dévoilera évidemment pas la nature).

Comme dans le premier tome, le texte n'est pas exempt de quelques maladresses stylistiques (les "Bon sang !" de Caleb m'ont particulièrement agacée), et les dialogues sont assez pompeux, voire légèrement désuets. Le roman peut également lasser par son côté un peu répétitif : les péripéties s'enchaînent à toute allure, et les affrontements entre les "gentils" et les "méchants" se reproduisent de façon trop systématique. Rien de bien grave au demeurant, puisque l'auteur parvient à maintenir jusqu'au bout le cap d'une intrigue par ailleurs totalement maîtrisée, dont les nombreux rebondissements captivent l'intérêt du lecteur jusqu'à la toute dernière ligne du dernier chapitre (lequel s'achève sur un nouveau cliffhanger). Antoine Tracqui s'amuse, et nous avec. Son enthousiasme est tellement communicatif, que j'ai lu Mausolée en deux jours (je ne pouvais plus le lâcher).

Vivement la suite !


Un divertissement intelligent, en forme de techno-thriller captivant.


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Nouvelle participation au challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Titre en un seul mot.








Pavé de mai pour Bianca.








dimanche 10 mai 2015

Le retour du retour du Mois Anglais

  Logo : copyright Miss Léo 2015



























Que serait le mois de juin sans son désormais traditionnel Mois Anglais ? Cryssilda, Lou et Titine nous invitent cette année encore à passer trente jours en immersion dans la culture d'outre-Manche. Livres, films, séries, et gastronomie anglais seront au rendez-vous sur les blogs, et les échanges seront probablement nombreux sur le groupe Facebook consacré à l'événement.

N'hésitez pas à nous rejoindre !!


J'ai d'ores et déjà commencé à préparer un petit planning de lecture. J'aimerais participer à quelques lectures communes (voir la liste complète sur le groupe Facebook), et compléter ce programme déjà bien rempli avec quelques romans issus de ma PAL. 

Le logo d'Eliza













Les LC auxquelles je souhaite (peut-être) participer

 - LC consacrée à Thomas Hardy : 2 juin  (avec Une femme d'imagination)
 - Journée polar anglais : 4 juin (avec 1974 de David Peace)  LU
 - Roman historique anglais : 6 juin (avec Witch Light de Susan Fletcher) 
 - LC consacrée à Terry Pratchett : 10 juin (avec le premier tome du Discworld)
 - LC consacrée à Daphné du Maurier : 13 juin (avec Le général du Roi)
 - LC Reines et Rois anglais : 14 juin
 - Journée romancières du XXème : 18 juin (avec Excellent women de Pym)
 - LC consacrée à Ian McEwan : 24 juin (avec Samedi ou Solaire)
 - LC consacrée à Anthony Trollope : 30 juin (avec Miss MacKenzie)

Les auteurs que je souhaite (peut-être) lire en complément

 - Christopher Priest (avec L'Adjacent)   LU
 - Natasha Solomons (avec Le manoir de Tyneford
 - Susanna Clarke (avec Jonathan Strange et Mr Norrell)
 - George Orwell (avec 1984)
 - John Le Carré (avec L'espion qui venait du froid)
 - Zadie Smith (avec White Teeth)
 - JKR (avec The Casual Vacancy)
 - Jacqueline Winspear (avec Maisie Dobbs)
 - Virginia Woolf (avec Nuit et jour)
 - Benjamin Wood (avec Eden Bellwether)


And now, let the English Month begin !


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Logo : copyright Miss Léo 2015

Le logo de Lili

jeudi 7 mai 2015

De fer et d'acier - Israël Joshua Singer



























Titre original : Shtol un ayzn
Traduction (yiddish) : Monique Charbonnel-Grinhaus
Denoël & D'ailleurs, 1927/2015, 400 pages


La première phrase :

Benyomen Lerner, un soldat grand et solidement bâti, la tempe barrée d'une cicatrice irrégulière depuis la masse noire des cheveux jusqu'à l'épais sourcil, se dirigeait vers le pont de Praga équipé de tout son harnachement.

L'histoire :
(extrait de la quatrième de couverture)

Pologne, Première Guerre mondiale. Le soldat Benyomen Lerner a décidé de s’enfuir du front pour revenir dans sa ville natale, Varsovie. C'est en qualité de spectateur qu’il assiste désormais aux ravages de la guerre. Personnage ambigu et complexe, constamment tiraillé entre la peur et le goût de l’action, Lerner erre de nombreuses journées dans la ville qui l’a vu grandir, une ville ravagée par la pauvreté et les combats incessants, [puis] travaille d’arrache-pied à la reconstruction du pont de Praga dans un camp où les conditions de travail sont terribles.


L'opinion de Miss Léo :

Dans la famille Singer, je demande le frère. Je n'avais curieusement jamais lu Israël, moi qui suis pourtant grande amatrice de l'oeuvre d'Isaac (Prix Nobel de littérature 1978), formidable conteur dont les écrits inspirés par le folklore juif mêlent harmonieusement le merveilleux au quotidien (ses recueils de nouvelles sont formidables, de même que son roman Shosha). C'est donc avec une réelle curiosité que je me suis tournée vers ce roman de 1927, encore inédit en France, dont le thème avait il est vrai tout pour me séduire. Je serai amenée à "révéler" des éléments de l'intrigue dans mon billet, mais il ne s'agit pas de spoilers à proprement parler, dans la mesure où l'intérêt du roman va bien au delà d'une simple accumulation de péripéties.

De fer et de sang nous conte avec réalisme les errances d'un déserteur juif polonais de l'armée russe pendant la Première Guerre Mondiale. D'abord réfugié chez son oncle et sa tante qu'il n'apprécie guère, il ne tarde pas à partir chercher ailleurs son salut, abandonnant de ce fait sa cousine et amie d'enfance Gnendel, que son oncle ruiné (et pas très futé) veut marier à un vieil escroc. Les temps sont durs pour tout le monde, et Benyomen survit tant bien que mal, jusqu'au jour où l'armée allemande entre dans Varsovie. Il se fait alors engager sur le chantier de reconstruction du pont de Praga, que les russes ont fait sauter pour couvrir leur retraite, devant la progression inéluctable de leurs adversaires germaniques.

Le travail y est d'une difficulté extrême, et les ouvriers doivent faire face à une violence de tous les instants, quant ils ne doivent pas tout simplement lutter contre l'épuisement, la malnutrition et les épidémies. Les humiliations sont monnaie courante, et les soldats allemands attisent les haines entre prisonniers de guerre russes et ouvriers polonais, qui doivent également cohabiter avec les travailleurs Juifs, lesquels constituent un groupe à part, mais ne valent guère mieux que leurs collègues... Tout cela crée les conditions propices à un embrasement, et c'est Benyomen qui endosse tout naturellement le rôle de leader charismatique, aux côtés du médecin opérant dans le mouroir l'hôpital de fortune installé sur le chantier. Polyglotte et réfléchi, l'ancien soldat parvient à déclencher une mutinerie contre l'envahisseur allemand, et doit à nouveau fuir et se terrer comme une bête (nous sommes alors en 1916).

Il croise ensuite la route du propriétaire terrien Aaron Lvovitch, qui accueille les réfugiés juifs en haillons pour les faire travailler sur ses terres, leur offrant ainsi la possibilité de gagner de quoi assurer leur subsistance. Tous oeuvrent pour le bien de la collectivité, ce qui semble annoncer les Révolutions russes à venir, sur lesquelles se clôture d'ailleurs le roman. La dernière partie du récit est consacrée au rôle joué par Benyomen Lerner au sein de cette toute jeune colonie (je ne vous en dirai pas plus).




Fascinant et flamboyant, ce roman foisonnant l'est à plus d'un titre ! Israël Joshua Singer restitue à merveille l'ambiance de cette Varsovie ravagée par la guerre et la pauvreté, dans laquelle erre une population contrastée, malmenée par la misère et les tensions sociales. La communauté juive y est représentée dans toute sa diversité, mais la prose réaliste de Singer (lui même libre-penseur, rationaliste et cartésien) ne laisse aucune place pour la victimisation ou l'auto-apitoiement. Les portraits qu'il dresse de ses coreligionnaires sont finalement assez peu flatteurs, et le romancier n'hésite pas à décrire des personnages pleurnichards, fainéants, passifs, râleurs ou tout simplement stupides. Point d'entraide chez les ouvriers Juifs du pont de Praga, dès lors condamnés à subir le joug de l'occupant. On ne peut pas dire non plus que les réfugiés oeuvrant sur les terres d'Aaron Lvovitch soient des modèles de professionnalisme ou d'abnégation... Ajoutez à cela les querelles de famille observées chez Borekh Josef, et vous obtiendrez un panorama assez peu reluisant ! Le regard critique et sans complaisance porté par Singer sur ses contemporains était sans doute courant chez les artistes et intellectuels juifs polonais de l'époque (j'avoue toutefois que mes connaissances en la matière sont trop parcellaires pour me permettre d'en juger). Benyomen Lerner se révèle par contraste un héros très attachant, qui se prend en main pour survivre et échapper à la médiocrité ambiante. Son parcours est loin d'être linéaire, mais il a le mérite de forcer sa destinée, avec intelligence et opportunisme.

Pour résumer : l'aîné de la fratrie Singer signe un récit très fort et d'une immense richesse, dont l'indéniable intérêt historique est renforcé par une langue inventive et lumineuse, dont la diversité est merveilleusement restituée par la superbe traduction de Monique Charbonnel-Grinhaus. Le roman est pour l'essentiel rédigé en yiddish, mais le texte original utilise également d'autres langues, certains personnages ne s'exprimant qu'en polonais ou en allemand. J'ai été très sensible à l'univers et à la plume d'Israël Joshua Singer, moins poétique mais tout aussi efficace que celle de son cadet Isaac, dont l'oeuvre a été écrite plus tard, après la Shoah et l'expatriation aux Etats-Unis. Il me reste encore de très nombreux romans des deux frères à découvrir, et je m'en réjouis d'avance !


Un roman dynamique et passionnant, que je recommande vivement.


Livre chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël.

mercredi 6 mai 2015

Am Stram Gram... - M.J. Arlidge




























Titre original : Eeny Meeny

Traduction (anglais) : Elodie Leplat
Les Escales Noires, 2014, 364 pages


La première phrase :

Sam dort. Je pourrais le tuer là, maintenant.

L'histoire :

Southampton. Sam et Amy se réveillent au fond d'un bassin de plongeon vidé de son eau, après avoir été drogués par une inconnue qui les avait pris en stop au retour d'un concert. A côté d'eux : un flingue... et un téléphone portable... dont la sonnerie ne tarde pas à retentir. Leur ravisseuse leur expose la situation en ces termes : que l'un d'entre eux abatte l'autre, et il sera instantanément libéré. Autrement dit : il faut tuer pour vivre ! Un terrible sentiment d'angoisse s'abat sur les deux tourtereaux, condamnés à mourir de faim au fond de leur trou crasseux.

Les jours passent...  L'un des deux survit, et raconte son histoire à la police, qui refuse d'abord de croire à ce témoignage extravagant, malgré l'état de délabrement physique avancé dans lequel se trouve la jeune victime. C'est alors que deux avocats disparaissent dans les mêmes circonstances. Convaincue d'avoir affaire à un serial-killer de la pire espèce, le commandant Helen Grace se lance sur les traces du monstre, au risque d'y laisser quelques plumes...


L'opinion de Miss Léo :

Grosses ficelles et gros sabots.

Encore un polar largement surévalué, dans lequel je ne vois pas grand chose à sauver. J'y suis allée sans a priori, toute disposée à me laisser séduire, mais le miracle n'a pas eu lieu (j'en conçois d'ailleurs une certaine amertume). M.J. Arlidge a longtemps travaillé pour la télévision avant de se mettre à l'écriture : peut-être aurait-il mieux fait de s'abstenir ! Am Stram Gram est un concentré de tout ce que je déteste dans les thrillers bankables de ces dernières années : intrigue racoleuse et capillotractée, saupoudrée d'interrogations pseudo-existentielles visant à donner un semblant de contenu philosophique au roman ; personnages ridicules et stéréotypés ; tension maintenue artificiellement par un découpage grossier ; dénouement trop vite expédié...

L'auteur ne nous épargne aucun cliché : le commandant de police au passé tourmenté (une femme blessée dans un univers très masculin) ; le flic divorcé qui noie son chagrin dans l'alcool ; les plaisanteries salaces des policiers macho ; la taupe ; la journaliste indécente, qui ne respecte rien ni personne ; la victime affamée et assoiffée, qui boit son urine et avale les asticots qui pullulent dans sa blessure infectée après trois jours de captivité ; les flash-backs en italique censés expliquer les actes de la meurtrière... On a parfois l'impression de lire le scénario d'un épisode de série télé policière bas de gamme, comme il en existe des dizaines. L'intrigue se veut originale, mais se révèle surtout ultra-répétitive, et l'incompétence crasse du commandant Helen Grace (destinée à devenir le personnage principal d'une série dont trois volumes ont déjà été publiés en moins d'un an) a de quoi laisser songeur...

Les idées ne sont pas forcément mauvaises, mais demeurent à mon sens très mal exploitées. Plus grave : l'accroche "coup de poing" du roman (deux victimes condamnées à s'entretuer pour espérer survivre) ne donne lieu à aucune réflexion, et ne constitue finalement qu'un artifice littéraire malsain, vite survolé du reste, dont le but principal n'est autre que d'appâter le chaland à coup de dilemne moral insoluble et de scènes spectaculairement dégradantes. Que serait un futur best-seller thriller sans son personnage de tueur sadique au MO spectaculaire ? La quatrième de couverture annonce "un roman qui fait froid dans le dos", mais je n'ai ressenti aucune tension ni angoisse en le lisant (on est loin de l'atmosphère très sombre de certains thrillers).

La construction du récit m'a il est vrai laissée de marbre. Le suspense est maintenu artificiellement par des chapitres très courts, qui permettent à M.J. Arlidge de multiplier les points de vue, sans aucune logique ni cohérence. Je n'ai par exemple pas compris pourquoi Amy et Sam (les deux premières victimes) s'exprimaient à la première personne dans les chapitres 1 et 3 : cela n'a aucun sens ! Le dispositif mis en place par l'auteur est efficace pendant un temps, mais tourne vite en rond, et l'issue du roman se révèle très décevante, pour ne pas dire complètement bâclée (d'autant plus que la sophistication des crimes ne me semble pas coller avec la personnalité de la tueuse). Am Stram Gram est un ouvrage qui se lit très (trop ?) rapidement (moins de trois heures en ce qui me concerne), et dont on ne peut s'empêcher de tourner les pages, davantage pour connaître le dénouement que par réel intérêt pour l'intrigue (j'ai souvent été tentée de sauter des paragraphes, mais je me suis fait violence pour tout lire, afin de pouvoir vous en parler en toute sérénité).

Peut-être aurais-je été davantage "scotchée" par cette histoire si j'avais été plus facilement impressionnable (je suis d'ailleurs une anomalie, puisque la plupart de ceux qui l'ont lue semblent l'avoir appréciée)... Je remarque néanmoins que la plupart des "jeunes" auteurs de polar peinent à renouveler un genre déjà largement exploré, et compensent leur manque d'inspiration par des intrigues inutilement extravagantes et tordues, ne générant aucune émotion durable chez le lecteur. Pour ne rien arranger, la qualité littéraire n'est pas non plus au rendez-vous (ce n'est pas ce que je recherche en premier lieu dans un roman, mais encore faut-il que l'histoire fonctionne, ce qui n'est pas le cas ici). Je note toutefois qu'il s'agit d'un premier roman, aussi serais-je tentée d'accorder le bénéfice du doute à cet écrivain débutant. Sait-on jamais...


Un thriller tout juste divertissant, qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.


Livre lu et chroniqué dans le cadre de ma participation au club de lecture des Escales.

Je ne l'avais pas demandé, craignant justement de ne pas y trouver mon compte, mais j'en ai tout de même reçu un exemplaire dédicacé. Je dois dire que je ne suis pour l'instant guère convaincue par la collection "noire" des Escales, éditeur que j'apprécie beaucoup par ailleurs (voir mon billet sur Tolstoï, oncle Gricha et moi, ainsi que celui à venir sur Dissidences, que j'espère publier avant la fin de la semaine).